| identifiant | CS_Jourdain_38.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1798/09/14 00:00 |
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| titre | Laurent Jourdain au Directeur |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 38 - </b> Laurent Jourdain au citoyen Directeur</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Au quartier de Lucerne, le 28 fructidor an VI [14 septembre 1798]</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Citoyen Directeur, je n’ai pu vous donner encore qu’une idée sommaire des événements qui viennent de se passer en Suisse ; je vais vous faire un rapport plus détaillé de ceux qui ont précédés, accompagnés et suivis la défaite des rebelles d’Unterwalden et de leurs auxiliaires.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le Directoire helvétique m’avait fait part dans les premiers jours de ce mois des mouvements séditieux qui se manifestaient dans le canton de Waldstätten (ci-devant Schwytz, Uri, Zoug et Unterwalden) à l’occasion du serment de fidélité à la Constitution dont le corps législatif avait décrété la prestation dans toute la Suisse. D’après la manière généreuse et loyale avec laquelle nous en avions agi en floréal avec les petits cantons dont nous avions vaincu la résistance d’après l’acceptation qu’ils avaient faite de la Constitution, l’admission de leurs députés dans le corps législatif, la mise en activité des autorités nouvelles, on devait croire que le serment s’y prêterait sans difficulté et qu’ils ne provoqueraient pas le renouvellement d’une guerre où ils avaient pu se convaincre que des rochers et des montagnes ne sont pas des obstacles insurmontables pour la valeur française ; mais les prêtres, ces ennemis irréconciliables de tout ordre des choses qui tend à éclairer les esprits et diminuer leur influence opposèrent à la prestation du serment la même résistance qui a organisé la guerre civile en France. D’un autre côté, des émissaires étrangers profitant habilement des circonstances pour entraver l’établissement de la Constitution helvétique, s’efforcèrent d’aigrir les esprits crédules de ces montagnards et de les exalter en leur rappelant les traits héroïques de leurs ancêtres et en leur faisant envisager des secours assurés dans les troupes autrichiennes qui se renforçaient sur les frontières du Tyrol. La marche des nôtres vers le pays limitrophe des Grisons ne fit que hâter l’explosion de l’orage qui se préparait.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le préfet national du canton de Walstätten fut insulté, la chambre administrative forcée de se réfugier à Zoug, l’arbre de la liberté renversé, l’assemblée générale du peuple Landsgemeinde fut tenue. On prit les armes et des grandes gardes furent établies vis-à-vis de nos troupes réparties dans le canton de Lucerne, et des postes de Küssnacht, Zoug et Einsiedeln.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Deux partis se présentaient pour soumettre les rebelles, celui des armes n’était pas incertain, mais il devait coûter beaucoup de sang et le Directoire helvétique me proposait avant d’y recourir d’épuiser tous les moyens de douceur et de conciliation. J’adoptais cette proposition autant par l’horreur que m’inspirait une guerre civile que par l’avantage que je pouvais tirer d’un délai pour prendre des dispositions telles que les insurgés fussent enveloppés de tout côté, privés de tout moyen de communication et réduits à leur propre force. Je fis en conséquence une proclamation aux habitants des ci-devant petits cantons pour leur rappeler les engagements qu’ils avaient contractés et leur déclarer que j’étais déterminé à prévenir les suites funestes de l’anarchie à laquelle ils couraient aveuglément. Je vous ai adressé une copie de cette proclamation.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je me rendis à Aarau le 7 pour concerter avec le Directoire le mode d’exécution de ce plan. J’y reçus le même jour une députation de Schwytz ; quoiqu’elle fut sans caractère légal, je voulus bien l’admettre et la conduire devant le Directoire qui lui fit en ma présence une forte remontrance sur l’égarement de ses concitoyens ; il prit ensuite un arrêté par lequel il était enjoint aux habitants de Schwytz de respecter les autorités constitutionnelles et de livrer dans trois jours, pour gage de leur soumission, différentes personnes qui furent désignées comme les meneurs et principaux chefs de la sédition.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Cette mesure reçut son exécution. Le 10, les individus désignés arrivèrent à Lucerne où je me trouvais ; ils furent mis en prison et traduits devant le tribunal du canton transféré à Zoug.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le succès de la soumission faite à Schwytz donna au Directoire l’idée d’en faire une semblable au district de Stans (ci-devant canton d’Unterwalden) où les esprits étaient les plus fanatisés et les moins susceptibles de conciliation. En attendant l’effet de cette démarche, je fis avancer deux bataillons de la 106<sup>e</sup> et partie de la 36<sup>e</sup> à Bergiswyl ; je poussais même la 14<sup>e</sup> légère jusqu’à Alpnach et je donnai ordre à l’adjudant général Lauer commandant les troupes dans cette partie, d’observer soigneusement les rebelles jusqu’à l’exécution des dispositions générales. Le 11, en traversant le canton de Lucerne pour retourner à Berne, je vis sur la route quelques communes sous les armes et déterminées à ne pas prêter le serment. Je donnai sur-le-champ des ordres au chef de bataillon Le Corps, commandant à Aarbourg pour qu’il se portât avec une colonne mobile dans la vallée de Zofingen à Lucerne pour désarmer ces communes et se faire livrer les auteurs de l’insurrection. Cette colonne remplit l’objet de sa mission : treize villages furent désarmés successivement ; des détachements suffisants furent laissés dans ces villages. Le reste fut dirigé vers l’Entlebuch où il était à craindre que les insurgés d’Unterwalden ne formassent des intelligences.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> De retour à Berne, je me suis occupé à faire filer sur Lucerne et l’Entlebuch les munitions et renforts nécessaires. J’ordonnais à la 18<sup>e</sup> légère de se porter au camp de Berne par une marche forcée, afin d’y remplacer la 44<sup>e</sup> que je destinais à pénétrer dans l’Odenwald par l’Oberland.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le 17, je donnais ordre au chef de brigade Mainoni de partir du camp de Berne avec cette dernière demi-brigade, 2 pièces d’artillerie légère et 100 chevaux du 7<sup>e</sup> hussards. Je dirigeais sa marche par Thun, Merligen et le mont Brünig. Je lui donnais pour instruction de ménager, autant que possible, les communes bien disposées et de faire en sorte d’être arrivé le 21 à Sarnen, chef-lieu de l’Odenwald où il se trouvait un petit arsenal et dont les habitants bien intentionnés n’étaient armés que pour se mettre à l’abri des incursions de leurs voisins. Je lui recommandais de se lier dans cette position avec la colonne qui d’Entlebuch avait dû s’avancer jusqu’à Bruderholz et d’établir des communications avec les avant-postes que le général Nouvion avait reçu ordre de pousser jusqu’à Alpnach. J’ajoutais qu’il tâcha s’il était possible de jeter un fort détachement dans la vallée d’Engelberg, afin de compléter le blocus du district de Stans du côté de Schwytz ; j’avais lieu de croire qu’ils ne recevraient aucun secours d’après les otages que j’avais entre les mains.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ces diverses mesures exigeaient un délai de quelques jours pour recevoir leur entière exécution. La route du mont Brünig était extrêmement difficile, les insurgés pouvaient facilement intercepter les communications précieuses et il était incertain que l’artillerie et la cavalerie puissent y passer. Voulant en outre faire un dernier effort auprès des rebelles et croyant qu’ils sentiraient enfin l’inutilité d’une résistance plus prolongée, je proposais au Directoire de leur accorder encore quelques jours pour rentrer dans l’ordre et livrer leurs principaux chefs. Le Directoire accueillit ma proposition ; il envoya une déclaration rédigée dans ce sens à Stansstadt, petit bourg situé sur la rive du lac à une lieue de Stans, chef-lieu de la révolte, mais les rebelles eurent l’insolence de renvoyer le porteur de la lettre du Directoire sans l’avoir même décachetée.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je vis alors qu’il fallait renoncer à toute espérance de les ramener sur la voie de la raison, et qu’il serait même d’autant plus dangereux de temporiser davantage, que l’incendie commençait à se propager dans le canton du Säntis (ci-devant cantons d’Appenzell et Toggenburg) où le serment était également refusé.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Toutes les colonnes devaient être arrivées le 21 à leur destination. Je fis mes dispositions pour arriver le même jour à Lucerne afin de diriger l’attaque que je fixai au 22.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je reçus à mon arrivée dans cette ville la nouvelle que le chef de brigade Mainoni[^1] avait passé heureusement le Brüning, qu’il s’était de suite établi à Kerns, village situé à l’entrée du défilé qui conduit à Stans, qu’il s’était lié avec la 14<sup>e</sup> légère postée à Alpnach, qu’enfin il allait faire sa jonction avec les deux bataillons commandés par le chef de bataillon Le Corps qui avait reçu l’ordre de marcher d’Entlebuch à Sarnen par le défilé de Brudarey[^2]. La section d’artillerie légère n’avait pu passer le Brüning, mais le chef de brigade Mainoni y avait suppléé au moyen de quatre pièces de petit calibre qu’il avait prises dans l’arsenal de [Sarney] et qu’il fit servir par les canonniers de sa demi-brigade, en les tirant des compagnies où ils étaient rentrés. Les 100 hussards du 7<sup>e</sup> régiment avaient passé difficilement en menant les chevaux par la bride. Le citoyen Mainoni m’informait en outre que le matin du 21 les insurgés avaient eu l’audace d’attaquer toute la ligne, de s’y poster, mais qu’ils avaient été vigoureusement repoussés. J’expédiais de suite l’ordre au chef de brigade Mainoni et au général Nouvion de marcher le lendemain 22 aux rebelles. Je me rendis de bonne heure à Bergiswyl où j’étais à portée de tout diriger et d’être même témoin de toutes les attaques au moyen d’un officier que j’avais placé au sommet de la montagne de Rengg d’où il dominait sur les vallées de Kerns et Alpnach et correspondait avec moi à toute heure. Fondant principalement le succès de l’opération sur la colonne commandée par le citoyen Mainoni et forte de 9 bataillons. Je me contentais de faire canonner le poste de Stanstadt pour diviser l’attention des rebelles. J’ordonnai quelques petits embarquements sur le lac, lesquels s’avancèrent jusque sous leurs batteries en même temps qu’un radeau construit à la hâte et portant une pièce de huit s’avança audacieusement sous le feu vif et croisé des rebelles.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Cependant, à 11 heures du matin, inquiet de ne pas entendre l’attaque du chef de brigade Mainoni, j’appris qu’il était retardé parce que le chef de bataillon Le Corps ne l’avait joint que très avant dans la nuit et qu’il n’avait pas eu le temps d’assurer ses dispositions. D’ailleurs, une pluie assez abondante commençait à tomber et aurait augmenté les difficultés de la marche des troupes qui avaient à gravir des rochers très escarpés et des montagnes infiniment rapides.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je remis donc l’attaque au lendemain 23. Je continuai à faire canonner le reste de la journée du 22 le poste de Stansstad et le soir je fis embarquer un bataillon de la 76<sup>e</sup> avec ordre de s’établir la nuit s’il était possible sur la montagne de Kehrsiten. J’appris dans la nuit qu’une partie du district de Schwytz, cédant aux sollicitations du père Paul, capucin (le même qui en floréal dernier, portant un crucifix d’une main et un poignard de l’autre avait commandé l’occupation de Lucerne) venait de se joindre aux insurgés d’Unterwalden et que le reste était demeuré témoin tranquille de cette prise d’arme aussi ridicule que perfide. Je donnai sur-le-champ l’ordre à l’adjudant général Lauer qui, à la nouvelle de l’insurrection du Säntis, s’était rendu à Winterthour avec la 57<sup>e</sup> demi-brigade et un bataillon de la 109<sup>e</sup>, une section d’artillerie légère et deux escadrons du 9<sup>e</sup> de dragons, d’en partir sur-le-champ avec ces forces et de se porter par une marche forcée sur Ensidalen afin d’être rendu à Schwytz le 26 au plus tard. La jonction d’une partie de ce district et le retard de l’attaque de la veille avaient augmenté l’audace des rebelles. L’exaltation était à son comble. Les femmes, les enfants, tout était armé jusqu’aux dents ; les prêtres prêchaient de l’exemple et de la parole, débitant les fables les plus absurdes pour fortifier la confiance des insurgés. Leur force totale ne montait guère qu’à 3 500 hommes, mais si l’on considère leur enthousiasme religieux, leur habileté à se servir de leurs carabines, leur position dans des montagnes couvertes de bois et de rochers, la facilité qu’ils avaient d’en détacher des pierres énormes, la route étroite et marécageuse du défilé de pierres à Stans, enfin les retranchements et abattis dont ils l’avaient obstruée, on aura une grande idée des obstacles que nos hommes avaient à vaincre.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Dans la nuit du 22 au 23, le chef de brigade Mainoni avait disposé ces troupes de manière à emporter à la fois tous les retranchements et abattis qui défendaient l’entrée de la vallée de Sarnen. Le 3<sup>e</sup> bataillon de la 5<sup>e</sup> légère et le 1<sup>er</sup> de la 44<sup>e</sup>, commandés par le chef de bataillon Le Corps, devaient s’élever sur la montagne de droite pour en descendre ensuite à un signal convenu sur les redoutes et ouvrages des insurgés et les culbuter vigoureusement jusqu’à la route qui conduit de cette montagne à Stans. L’attaque du centre devait être composée de deux compagnies de la 44<sup>e</sup> du 2<sup>e</sup> bataillon de ce corps et de la compagnie de grenadiers du second bataillon de la 106<sup>e</sup>. L’artillerie possible à conduire devait canonner de front les retranchements de pierres qu’avaient construits les rebelles et faciliter l’assaut des grenadiers. La gauche, composée du 3<sup>e</sup> bataillon de la 44<sup>e</sup>, devait gravir la montagne et décrivant ensuite un cercle, chasser tous les tirailleurs dans le creux du chemin. Par ce moyen, les rebelles chassés de droite et de gauche et agglomérés vers le centre devaient être mis en désordre et nous évitions autant que possible le danger d’être canardé des hauteurs ou écrasés par des pierres.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le second bataillon de la 106<sup>e</sup> placé en réserve devait assurer les derrières de ces colonnes et l’artillerie, après avoir facilité l’attaque de ces retranchements, devait rester sous la protection d’un escadron du 7<sup>e</sup> hussards. L’ordre était donné de ménager autant que possible notre feu, et de pousser les rebelles la baïonnette aux reins.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ces dispositions faites, à quatre heures et demie du matin, trois coups de canon donnèrent le signal de l’attaque ; le feu vif et bien soutenu de l’artillerie abattit bientôt une partie des retranchements. Les grenadiers y sautèrent aussitôt et taillèrent en pièces tout ce qui s’y trouvait ; les colonnes de droite et de gauche donnèrent alors à la fois et le combat s’engagea partout. Celle de gauche culbuta facilement tout ce qu’elle rencontra, mais la droite et le centre éprouvèrent une résistance opiniâtre, les rebelles se défendaient avec vigueur derrière les seconds abattis. Le canon ne pouvait plus servir vu les difficultés de réparer les ponts coupés sous le feu très vif de leur mousqueterie. Le bataillon de réserve renforça bientôt cette partie, nos troupes redoublèrent de courage et d’efforts et parvinrent à repousser l’ennemi dans la plaine sans cependant le mettre entièrement en désordre, il y faisait même assez bonne contenance. L’artillerie et la cavalerie s’avançaient quand les insurgés se rompirent et allèrent se former dans une colline à l’aide de deux pièces assez bien servies. Ils faisaient un feu très meurtrier. Bientôt une de ces pièces était démontée, nos troupes chargent la baïonnette en avant et chassent l’ennemi jusque sur une petite hauteur où il se forma encore en assez bon ordre.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Enfin, la 14<sup>e</sup> légère, partie d’Alpnach, après avoir traversé la montagne qui sépare ce village de la vallée de Kerns se joint à la 44<sup>e</sup> demi-brigade. Les bataillons de droite ayant fait des progrès, se portent sur les derrières de l’ennemi alors attaqué vigoureusement de front ; il se met en déroute après une perte très considérable et se jette dans Stans d’où il fut bientôt chassé jusqu’à Buochs.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Tandis que cette action se passait dans la vallée de Kerns, j’avais fait attaquer vivement du côté de Bergiswyl le poste de Stansstad ; le bataillon de la 76<sup>e</sup> embarqué la veille au soir avait côtoyé toute la nuit la montagne de Kehrsiten et beaucoup inquiété les rebelles. Je le fis remplacer par un bataillon de la 106<sup>e</sup>, commandé par le chef de brigade Delpierre. Les grenadiers de la 76<sup>e</sup> qui avaient passé la nuit sur le lac ne voulurent pas quitter leurs barques et demandèrent à partager le danger de la 106<sup>e</sup>. Protégées par un feu très vif et bien dirigé d’une batterie d’obusiers et par la pièce de huit placée sur le radeau, les barques conduites par nos soldats qui faisaient aussi le service de rameurs, remontèrent le lac vers Stansstad et dérivant ensuite vis-à-vis des batteries de l’ennemi dont elles soutinrent le feu, elles allèrent aborder sur la gauche près d’une chapelle située au pied du Kehrsiten.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Les insurgés y étaient avantageusement postés, mais bientôt cédant à la bravoure de nos troupes qui sautèrent vivement sur le rivage, ils se dispersèrent et gravirent la montagne en tiraillant et détachant des pierres sur les nôtres qui les suivirent intrépidement jusqu’au sommet. Le chef de brigade Delpierre reçut dans ce moment une balle qui lui traversa le bras droit ; ce brave officier n’abandonna le lieu du combat qu’après avoir vu les rebelles en fuite et transmis ses ordres à d’autres officiers.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Trois compagnies de la 76<sup>e</sup> débarquèrent en même temps plus près de Stansstad et gagnant les hauteurs qui dominent ce village, elles y descendirent dans le moment même où la colonne du chef de brigade Mainoni entra dans Stans. Dix pièces de canon, toutes les munitions des rebelles ont été le fruit de cette action. La perte de ces derniers est énorme ; nous n’avons pas fait de prisonniers. Au nombre des morts se sont trouvés des capucins et des prêtres, des femmes même qui pendant le combat avaient porté des munitions ou étaient armées de massues.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Notre perte consiste en deux officiers tués, dix blessés parmi lesquels le chef de brigade Delpierre, soixante-trois sous-officiers et soldats tués, cent-quatre-vingt-quinze blessés.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il a été impossible de maîtriser la furie des soldats. Un grand nombre des maisons d’où les rebelles s’étaient défendus ont été la proie des flammes et d’autres appartenant à des patriotes réfugiés ont été brûlées par les rebelles eux-mêmes.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le 23 au soir, le renfort de Schwytz se rembarqua précipitamment à Beckenried et rentra dans ses foyers par Brunnen. Ceux d’Unterwalden échappés au feu de nos soldats se réfugièrent dans les montagnes. Ils rentrent maintenant en assez grand nombre et nous apportent leurs armes. Ils ont même livré quelques-uns de leurs chefs subalternes. Les plus influents, entre autres le père Paul, ont trouvé le moyen de s’échapper ou sont restés sur le champ de bataille.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Depuis le 24, je m’occupe, comme je vous l’ai déjà marqué, à réparer autant qu’il est en moi les malheurs de la guerre qu’ils ont provoqués et indemniser les patriotes de ce pays des pertes qu’ils ont essuyées. Je fais fournir aux uns et aux autres des subsistances des magasins de l’armée et je suis puissamment secondé dans le soulagement dont ils ont besoin par le Directoire helvétique qui a déjà destiné une somme assez considérable à cet objet.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Cette conspiration, citoyen Directeur, avait des ramifications très étendues. Les papiers que nous avons trouvés à Stans et que j’ai fait remettre au Directoire helvétique le prouvent suffisamment. Il n’est pas possible de douter que des émissaires étrangers n’aient attisé et entretenu le feu de la sédition. La tranquillité de cette République, le sort et le salut de l’armée française, les suites plus importantes peut-être étaient attachées à l’issue du combat que nous avons livré aux rebelles d’Unterwalden. Aussi, le succès que nous avons obtenu est-il regardé de la plus haute conséquence par le Directoire helvétique et par tous ceux qui sont à portée d’apprécier les événements. Déjà nous éprouvons le complément de la journée du 23. Avant-hier 26, la colonne commandée par l’adjudant général Lauer est entrée à Schwytz et a occupé toutes les communes de ce district. Sa marche n’a été retardée par aucune résistance, tout s’est passé avec ordre et tranquillité. Le désarmement général va s’opérer successivement et vous verrez par la lettre ci-jointe du Directoire helvétique qu’il approuve la proposition que je lui ai faite de faire peser le poids des indemnités dues aux patriotes de Stans sur le district de Schwytz et notamment sur les communes qui ont marché au secours des rebelles.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Il n’est pas nécessaire de vous dire, citoyen Directeur, que nos troupes se sont conduites partout avec leur valeur ordinaire. Je vous ferai connaître par un rapport particulier les corps et les divisions qui se sont distingués dans les diverses actions et je ne tarderai pas à remplir envers eux un devoir qui m’est infiniment cher.[^3]</p>
[^1]: Mainoni Joseph Antoine Marie Michel (1757-1807). Il servit dans l’armée suisse et combattit l’ennemi à Stans.
[^2]: Brüedere Quelle.
[^3]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body> |
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