CS_Jourdain_34.md

identifiantCS_Jourdain_34.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1796/05/21 00:00
titreLaurent Jourdain à son beau-père M. Fourquet
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 34 - </b> Laurent Jourdain au citoyen Fourquet</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Namur, le 2 prairial, 4<sup>e</sup> année, 2 heures du matin [21 mai 1796]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Citoyen, arrivés hier dans cette ville, nous y avons trouvé l’ordre d’aller nous réunir au demi-bataillon de droite à Liège qui est à 12 lieues d’ici. Nous avons demandé séjour, mais on nous l’a refusé. J’ai fait la route assez agréablement ; partout, nous nous sommes bien logés et bien nourris. J’ai cependant été vingt fois tenté d’entrer dans un hôpital pour y attendre de vos nouvelles. La cause en était dans les désordres dont j’étais témoin chaque jour avec l’impuissance de les réprimer car on ne répondait à mes <u>exhortations</u> que par des injures ou des provocations. Partout, les soldats qui n’étaient porteurs que d’assignats ou mandats, buvaient et mangeaient à 30 capitaux pour un, dans un pays, où le voyageur isolé ne trouverait pas un œuf pour des monceaux de papier. Il faut avouer que la cupidité du paysan et son aversion pour le papier-monnaie méritaient bien ces leçons qui seulement étaient trop fréquentes. Le bruit de notre passage avait répandu dans toutes les villes et villages une terreur incroyable. Partout nous trouvions les enseignes abattues, et les boutiques fermées. On craignait plus que les hussards autrichiens, ce qu’on appelait <u>les brigands de Paris</u>. Il est vrai que quelques-uns (et j’étais de ce nombre) détruisaient bientôt ces impressions défavorables par une conduite douce et honnête envers leurs hôtes, mais il fallait avoir du numéraire.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> « L’argent, l’argent, ici où sans lui tout est stérile. La vertu sans l’argent n’est qu’un meuble inutile ». Nous avons bien reconnu la vérité de ces deux vers[^1].</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> De 400 hommes, nous sommes réduits à 130. Il en est de même du demi-bataillon de droite. Il en résulte qu’un bataillon de 1 000 hommes va tout au plus former 250 hommes. Le général Jourdan voulait à ce qu’il paraît nous envoyer de suite à l’armée. Je ne sais si une diminution aussi considérable ne changera pas son projet. Il y a des compagnies de 25 hommes commandées par des caporaux.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Quoi qu’il en soit, je vous prie de vouloir bien au reçu de la présente me faire part du résultat de vos démarches auprès du ministre, et de m’envoyer l’autorisation de rejoindre mon corps, si toutefois vous l’avez obtenue. Je ne serai tranquille que quand j’aurai cette pièce. Vous pouvez me l’adresser à Liège, <u>1<sup>e</sup> bataillon de la ci-devant légion de police, 6<sup>e</sup> compagnie</u>. Dans le cas où nous en serions partis quand votre lettre arrivera, elle me sera remise partout où nous pourrions être.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mes respects à ma mère s’il vous plait.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mille choses honnêtes et amicales de ma part à ma tante et à ma sœur que j’embrasse ainsi que sa petite.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mes respects à toute la famille.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis avec un sincère attachement votre concitoyen, </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Jourdain</h3> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><i>PS</i> : <i>Sine dubio excusatum me habuisti quod te et carissimum avunculum reliqui in domo <u>Bondinensi</u>. Res erat urgentissima, et eram custos rei pretiosissimae. Eripui me amplexibus Laurentis qui me invitum in Melvinensem urbem sequi volebat. Quot voluptates, sed quot pericula Bauhus suis generat amicis.</i>Mille amitiés à mon oncle Laurent[^2].[^3]</p> [^1]: Épître 5. de Nicolas Boileau. [^2]: Traduction de ce passage en latin qui comporte plusieurs appellations propres à Laurent Jourdain : « Sans doute m’excuserez-vous que je vous ai, ainsi que mon très cher oncle, abandonné à la maison [Bondin]. L’affaire était urgente, et j’étais le gardien d’une chose très précieuse. Je me suis arraché des bras de Laurent qui voulait me suivre contre mon grè à la ville de [Melvin]. Combien de plaisir mais combien de péril [Bauhus] génère pour ses amis. [^3]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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