CS_Jourdain_33.md

identifiantCS_Jourdain_33.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1795/07/28 00:00
titreLaurent Jourdain à sa mère Mme Fourquet
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 33 - </b> Laurent Jourdain à sa mère la citoyenne Fourquet</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Drusenheim, 10 thermidor an III [28 juillet 1795]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère mère, il vient de m’échapper une belle occasion d’aller à Paris, et même de m’y fixer pour toujours. L’on avait demandé, dans notre demi-brigade, 15 militaires de tout grade pour faire partie de la <u>légion de police générale</u> qui s’organisait à Paris. Sur l’observation que je fis au Conseil d’administration que mes parents étaient domiciliés dans cette ville, et que mes affaires m’y appelaient impérieusement, j’avais été nommé à l’une de ces places ; mais quelques personnes ayant demandé l’exécution de la loi qui exige vingt-cinq ans accomplis, on a consulté mon signalement, et le défaut d’âge m’a fait remplacer. C’est avec peine, je vous assure, que je me suis vu privé de cet avantage, et j’en ai été un peu consolé par les regrets que témoignaient déjà en me voyant partir, quelques officiers dont j’ai l’estime et l’amitié. Cependant, j’espère que le plaisir de vous revoir ne me sera pas toujours ravi. La paix que nous venons de conclure avec l’Espagne, deviendra peut-être générale, et je la crois également désirée par l’intérieur et par ceux qui depuis trois ans combattent sur les frontières.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Enfin, nous en sommes venus au point de regarder comme rien la paie que nous recevons de la nation. Elle ne sert pas à nous procurer la moindre chose. Il faut avoir des rames d’assignats pour se procurer quelques denrées ; le vin vaut 15 livres la bouteille. Encore, les paysans les refusent-ils très souvent. Si l’on n’apporte de prompts remèdes à la situation vraiment malheureuse où se trouvent les militaires, on mettra leur patience à de bien rudes épreuves.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> S’il vous était possible de m’envoyer un peu de numéraire, j’en tirerais beaucoup plus de profit que des assignats et j’en ai d’autant plus besoin aujourd’hui que je suis rentré à ma compagnie, vu que le chef de brigade auprès duquel je travaillais est tombé malade, et est allé au dépôt. Je vous prie de mettre dans cet envoi toute la célérité que les circonstances vous permettent.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Si le citoyen Fourquet est de retour à Paris, donnez-moi je vous prie de ses nouvelles.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’embrasse ma sœur et ma petite nièce.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mes respects à toute la famille.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis avec autant de respect que de sincère attachement, votre affectionné fils,[^1]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Jourdain, sergent au 1<sup>er</sup> bataillon de la 95<sup>e</sup> demi-brigade baraquée à Drusenheim,<br/> 4<sup>e</sup> division,<br/> armée de Rhin et Moselle.</h3> [^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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