CS_Jourdain_31.md

identifiantCS_Jourdain_31.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1795/05/28 00:00
titreLaurent Jourdain à sa mère Mme Fourquet
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 31 - </b> Laurent Jourdain à sa mère la citoyenne Fourquet</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Au dépôt de la demi-brigade de Bouxwiller, le 9 prairial, 3<sup>e</sup> année de la République [28 mai 1795]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère mère, il y a un mois que je vous écrivis pour vous faire part de la maladie dont j’étais attaqué et du désir que j’avais d’aller passer ma convalescence à Paris. Cependant, je vous disais que je ne ferais aucune démarche pour ce dernier objet, avant d’avoir reçu votre réponse. Je l’ai attendue jusqu’au 24 du mois dernier, époque à laquelle le chirurgien qui m’a traité a jugé à propos de me faire changer d’air et de m’envoyer au dépôt de la demi-brigade où je suis depuis 15 jours. Sans doute votre réponse est maintenant arrivée, mais comme je suis éloigné du corps, je ne crois pas devoir attendre qu’on me l’envoie pour vous donner de mes nouvelles.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Depuis 4 jours, la fièvre semble m’avoir quitté, mais les forces ne me reviennent pas. Je ne manque pas d’appétit, mais je ne peux me procurer une nourriture meilleure qu’à l’armée. Les assignats sont dans un tel discrédit qu’un assignat de 100 livres s’échange contre 6 livres en numéraire, et les paysans ne veulent rien vendre qu’en espèces. Cependant, je jouis ici de quelque tranquillité et j’ai au moins l’avantage d’avoir un lit après 3 ans d’absence.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je désirais et je désire bien vivement encore de revoir ma famille. Ce serait pour moi un dédommagement bien doux des peines et des privations sans nombre que j’ai essuyées, mais la réflexion a cependant un peu modéré ce désir ; en effet, dans quelles circonstances vous aurais-je revu ? Quel spectacle pour moi de voir ce que j’ai de plus cher réduit aux plus affreuses privations, à 4 onces de pain. L’idée seule m’est assez pénible. Quel horrible changement dans cette ville autrefois si florissante, si abondamment pourvue de toute les choses nécessaires à la vie. Instruisez-moi je vous prie, si cette disette qui approche de la famine n’est point exagérée, et s’il vous est possible de vous procurer quelques ressources d’ailleurs, de Poissy par exemple, car le pain n’est pas aussi rare dans la campagne.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Pour surcroit de peine, je viens d’apprendre l’horrible insurrection du 1<sup>er</sup> prairial où des [scélérats] ont osé tremper leurs mains dans le sang d’un représentant du peuple. Les monstres font tout ce qu’ils peuvent pour reculer l’époque de la paix si nécessaire et si désirée. Il faut à ces cannibales des troubles sans cesse renaissants, du sang et toujours du sang. Est-ce dans ce carnage qu’ils trouveront du pain ? Je vous plains bien sincèrement d’être les témoins de toutes ces horreurs.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mille amitiés au citoyen Fourquet. J’embrasse ma sœur et sa petite. Donnez-moi je vous prie de vos nouvelles aussitôt la présente reçue. C’est une satisfaction que vous ne refuserez pas à un convalescent.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je suis avec autant d’attachement que de respect votre affectionné fils,[^1]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Jourdain,<br/>sergent en convalescence au dépôt de la 95<sup>e</sup> demi-brigade à Bouxwiller, par Saverne.</h3> [^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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