CS_Jourdain_25.md

identifiantCS_Jourdain_25.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1794/11/24 00:00
titreLaurent Jourdain à sa mère Mme Fourquet
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 25 - </b> Laurent Jourdain à sa mère la citoyenne Fourquet</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Au bivouac devant Mannheim, le 4 frimaire, l’an III de la République [24 novembre 1794]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère mère, j’ai reçu la lettre du citoyen Fourquet avec les 100 livres qu’elle renfermait. L’assurance qu’il me donne que toute la famille se porte bien m’aurait fait encore plus de plaisir s’il y avait joint quelques détails sur la situation actuelle de nos parents et amis, et celle des affaires de la capitale.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Nous venons d’apprendre la clôture des jacobins et cette nouvelle fait aux vrais amis de la chose publique, autant de plaisir qu’une bataille gagnée. Nous n’entendrons donc plus ces éternelles déclamations contre les riches, les négociants et tous les propriétaires. Ils ne pourront donc plus prêcher l’éternité de la guerre, ces hommes hardis à la tribune et tremblants devant une trentaine d’individus qui, disaient-ils ridiculement, étaient venus les assiéger et les bombarder. La révolution aura donc un terme, et notre sang ne coulera plus en vain. Heureux changement ? C’est à compter de ce jour qu’il n’est plus permis de douter de la stabilité du gouvernement républicain. Vive la Convention. Il ne fallait rien moins que des nouvelles aussi satisfaisantes pour mêler quelques douceurs aux fatigues excessives que nous supportons dans le moment.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Notre demi-brigade est bivouaquée devant Mannheim ; la ligne de circonvallation est achevée, elle a une lieue et demie d’étendue. Le 28 brumaire, [42] compagnies ont été commandées pour construire pendant la nuit 4 redoutes à 650 toises du corps de la place. Depuis ce temps, nous n’avons cessé d’y travailler le jour comme la nuit, et demain peut-être elles seront en état de recevoir l’artillerie qu’on leur destine. Le canon de la place inquiète beaucoup nos travailleurs. Les assiégés tirent à mitraille sur eux, et sans les brouillards que la providence semble nous avoir envoyés tout exprès, nous y perdrions beaucoup de monde. L’artillerie de siège vient d’arriver. Elle consiste en 20 mortiers, dix obusiers, six pièces de 24 et 10 de seize. Avant trois jours, le bombardement commencera et les beaux édifices de cette ville vont être sans doute bien endommagés. Cependant on ne peut se dissimuler que la place peut faire une très longue résistance, d’autant plus que le Rhin coule au pied de ses murs, et qu’elle est à portée de recevoir toutes sortes de secours en hommes et en munitions de tout genre, ce qui ne contribue pas peu à soutenir le courage et la patience des assiégeants au milieu de leur fatigue et des rigueurs de la saison. C’est l’exemple du représentant Ferrand qui se montre le jour comme la nuit à la tête des troupes. On dit même qu’il va se baraquer comme elles.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je viens d’être nommé sergent par ma compagnie. Quoique cette place nouvelle semble devoir m’éloigner du chef de brigade auprès duquel je travaille toujours, je l’ai acceptée parce que le refus eut pu être interprété d’une manière désavantageuse. Cependant, je suis loin de désirer de l’avancement attendu que je ne me consacre pas à l’état militaire, et que d’ailleurs le mode actuel d’avancement est une pure loterie. Le citoyen Fourquet qui le connait, a dû l’apprécier depuis longtemps, et peut-être serais-je plus avancé si l’ancien mode eut été conservé.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le citoyen Fourquet me parle dans sa lettre d’une demande qu’il a faite au bureau de la guerre. Je pense qu’elle a pour objet l’expédition de sa retraite et la fixation de sa pension. Je désire bien sincèrement que ses efforts soient couronnés du succès.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’ai appris avec bien du plaisir que mon infortuné beau-frère avait enfin donné de ses nouvelles à ma sœur. Je suis persuadé que vous en aurez vous-même ressenti quelque satisfaction. Le malheur ne perd jamais ses droits dans les âmes honnêtes et sensibles.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’embrasse ma sœur et ma petite nièce.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mes respects s’il vous plait à maman Lhomme et à mes parents de Poissy. Donnez-moi, je vous prie, de leurs nouvelles.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Bien des compliments à mes oncles et tantes. Donnez-moi, je vous prie, de leurs nouvelles avec quelques détails.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Invitez, je vous prie, le citoyen Fourquet à m’écrire plus longuement. Ceux qui ont fait la guerre ne doivent jamais s’ennuyer en s’entretenant avec ceux qui la font.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Adieu ma chère mère, soyez toujours convaincue de la sincérité des sentiments de votre affectionné fils, </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Jourdain,<br/>sergent au 1<sup>er</sup> bataillon de la 95<sup>e</sup> demi-brigade d’infanterie, bivouaquée devant Mannheim.</h3> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><i>PS</i> : Mille amitiés de ma part au citoyen Turpin.[^1]</p> [^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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