CS_Jourdain_21.md

identifiantCS_Jourdain_21.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1794/07/19 00:00
titreLaurent Jourdain à sa mère Mme Fourquet
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 21 - </b> Laurent Jourdain à sa mère la citoyenne Fourquet</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Lobloch, 1<sup>er</sup> thermidor, l’an II de la République une et indivisible [19 juillet 1794]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère mère, après huit jours de fatigues et de dangers, je mets la main à la plume pour vous faire part de nos travaux et de nos succès.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le 25 messidor à 8 heures du matin, notre demi-brigade composée de 3 bataillons a attaqué l’ennemi retranché dans des gorges et sur des montagnes escarpées défendues par trois étages de redoutes. Nous ne pouvions y parvenir que par des vignes et des chemins impraticables ; cependant, nous les avons attaqués dans une position extrêmement difficile ; pendant 20 heures nous avons fait un feu de mousqueterie continuel et essuyé la mitraille et les obus de 20 bouches à feu. Nous n’avions pas d’artillerie, attendu que nos pièces n’avaient pu nous suivre dans les vignes. Aussi avons-nous perdu beaucoup de monde sans compter 160 blessés. Enfin, à 8 heures du soir, l’ennemi a été tourné dans sa position par six autres bataillons qui avaient fait un circuit considérable. Son camp a été pris. 400 prisonniers ont été faits. Nous nous sommes emparés de 9 pièces de canons et les Prussiens ont abandonné leur redoute qui nous avait tant incommodés. Le 26 à 8 heures du matin, nous nous sommes mis à sa poursuite et nous avons fait trois lieues sans le rencontrer. Notre droite avait eu les mêmes succès de manière que l’ennemi a évacué Spire et Neustadt et nous attendons en avant de ces villes les ordres du Comité de salut public pour poursuivre la course de la victoire.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Attaché au chef de brigade, je ne l’ai pas quitté pendant tous les mouvements que nous avons faits.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il serait à désirer que ces succès ne fussent pas troublés par la conduite infâme de quelques individus qui se sont permis les excès les plus coupables dans les villages envahis. Edesheim, village de plus de 900 feux, a été totalement brûlé ; tous les autres ont été pillés et dévastés. Les malheureux habitants s’étaient épargné la vue de ces malheurs ; ils avaient fui à notre approche. Il ne restait pas 10 individus dans un village peuplé de 2 500 habitants.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Les représentants du peuple ont pris des mesures sévères pour réprimer les brigandages. La fusillade fera désormais justice des pillards, mais le mal est fait et le Palatinat se ressentira longtemps de cette invasion.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Vous avez sans doute reçu une lettre de moi dans laquelle je vous demandais 150 livres. J’en ai d’autant plus besoin que l’officier en question me demande souvent de l’argent.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Bien des compliments de ma part au citoyen Fourquet. Je suis sûr qu’il voudrait bien partager le plaisir de nos victoires.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mes respects à maman Lhomme et à mes parents de Poissy.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’embrasse ma sœur et ma petite nièce.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre affectionné fils,[^2]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Jourdain,<br/> caporal fourrier au 1<sup>er</sup> bataillon de la 95<sup>e</sup> ½ brigade à Lobloch, près Neustadt,<br/> armée du Rhin.</h3> [^1]: 14 juillet 1794. [^2]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
destinataire