CS_Jourdain_16.md

identifiantCS_Jourdain_16.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1794/03/21 00:00
titreLaurent Jourdain à son beau-père M. Fourquet
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 16 - </b> Laurent Jourdain au citoyen Fourquet</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Schœnau, le 1<sup>er</sup> germinal, 2<sup>e</sup> année républicaine [21 mars 1794]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Enfin citoyen, je viens d’apprendre par ma sœur que vous étiez à Dôle. Je m’empresse de vous y écrire espérant que cette lettre aura plus de bonheur que toutes celles que je vous ai écrites depuis 8 mois, et qui probablement ne vous sont pas parvenues ; j’ai écrit dernièrement au quartier-maître Très de votre régiment en le suppliant de me donner de vos nouvelles. Je m’étonnerai toujours que, combattant dans deux armées voisines et qui même ont été réunies, il nous ait été impossible de correspondre ensemble.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma sœur m’apprend en même temps que vous êtes malade, cela m’afflige, et ne me surprend pas ; les fatigues de la campagne dernière, jointes à celles de vos anciens travaux ont dû altérer votre santé puisque celle même des plus jeunes n’y résiste pas, et je ne crois pas que vous puissiez entreprendre la campagne qui va s’ouvrir. Il faut cependant l’espérer, ce sera la dernière, mais que de sang il en coûtera encore à l’humanité ? Heureux si au prix de tant de malheurs et de travaux nous pouvons acheter notre indépendance et fonder un gouvernement libre et solide sur des bases inébranlables.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il vient de m’arriver un évènement assez malheureux, mais qui cependant peut se réparer. Un officier du régiment m’avait prêté son cheval pour aller à quelques lieues du cantonnement. Un de mes camarades voulut monter en croupe et comme il commençait à être tard, nous poussâmes un peu vivement le cheval qui creva le lendemain. Ce cheval a été estimé à 300 livres, et comme j’étais responsable, je n’ai pas hésité à faire ce que d’ailleurs l’honneur me commandait ; j’ai fait un billet de la même somme à l’officier qui me l’avait prêté. Je vais écrire à ma mère à ce sujet pour être en état de remplir mes engagements.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Nous sommes toujours cantonnés sur les bords du Rhin où nous faisons un service assez pénible, quoi qu’on le regarde comme une espèce de dédommagement des fatigues que nous avons essuyées l’année dernière à l’avant-garde ; je ne sais si nous y retournerons.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je désirerais infiniment que la proximité des lieux me permit de vous voir, et si vous rejoignez votre régiment, comme vous ne pouvez passer que par cette route, je vous supplie de vouloir bien passer par le cantonnement que nous occupons qui est précisément sur cette route. Vous ne pouvez douter du plaisir que cela me procurera.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Adieu citoyen.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je suis en attendant de vos nouvelles, votre affectionné frère d’armes,[^1]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Jourdain,<br/> fourrier au 48<sup>e</sup> régiment d’infanterie,<br/> cantonné à Schenau,<br/>division du Moyen-Rhin à 3 lieues de Schelestatt.</h3> [^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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