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CS_Jourdain_11.md| identifiant | CS_Jourdain_11.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1793/08/26 00:00 |
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| titre | Laurent Jourdain à sa mère Mme Fourquet |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 11 - </b> Laurent Jourdain à sa mère la citoyenne Fourquet</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Au bivouac sur les hauteurs de Steinfeld[^1], le 26 août 1793, l'an 2e de la République</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère mère, il s'en fait bien des mouvements dans notre armée depuis la dernière que je vous ai écrite, à laquelle je n'ai pas encore reçu de réponse. Le 20, nous avons été attaqués sur tous les points par des forces supérieures ; l'ennemi s'est emparé d'une assez grande quantité de villages où il a commis des horreurs que l'on a de la peine à concevoir dans un siècle policé. À Rorbach, village où nous étions cantonnés il y a un mois, il a crevé les yeux à un maître d'école ami de la liberté, il a prostitué les filles du maire, et assassiné une femme enceinte de 6 mois dans les bras de son mari ; on attribue ces atrocités et beaucoup d'autres encore principalement aux Autrichiens et aux émigrés.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le récit de ces cruautés a beaucoup contribué à armer contre eux les habitants de ces pays dont on vient de former plusieurs corps, il est vrai mal armés, mais plein de courage et de bonne volonté.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Depuis 6 jours, toute l'armée a bivouaqué sans tentes. Les camps ont été levés et tout était disposé pour la retraite qu'avait ordonnée le général Beauharnais ; mais ce dernier vient d'être destitué par les représentants du peuple, et l'armée garde son ancienne position, malgré la présence de l'ennemi a qui notre contenance ferme semble en avoir imposé. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Nous souffrons beaucoup dans la position où nous sommes, dénués de tout, ayant toutes les peines possibles à nous procurer du mauvais vin qu'on nous vend 4 livres la bouteille. Il nous faut faire trois quarts de lieues pour avoir de l’eau.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis plus qu'étonné de ne recevoir aucune nouvelle de M. Fourquet à qui je viens d'écrire encore. Si vous en avez reçu, marquez-le-moi s'il vous plaît.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je vous envoie un reçu de 150 livres pour les mois de septembre et octobre. J'ai perdu plusieurs effets dans les mouvements que nous avons faits. C'est ce qui augmente un peu le reçu que je vous envoie.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je serais bien curieux de savoir si dans les réquisitions que viennent de nécessiter les nouveaux dangers de la patrie, quelqu’un de la famille a été forcé de marcher.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mes respects s'il vous plaît à maman Lhomme ainsi qu'à tous mes oncles, tantes, cousines, etc.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Embrassez pour moi ma sœur et sa petite.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je suis avec respect, ma chère mère, votre affectionné fils,[^2]</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Jourdain, <br/>fourrier au 48<sup>e</sup> régiment d’infanterie,<br/> armée du Rhin à l’avant-garde.</h3>
[^1]: En Rhénanie-Palatinat.
[^2]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body> |
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