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CS_Jourdain_06.md| identifiant | CS_Jourdain_06.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1793/03/25 00:00 |
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| titre | Laurent Jourdain à sa mère Mme Fourquet |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 6 - </b> Laurent Jourdain à sa mère la citoyenne Fourquet</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Au camp de Kreuznach sur les hauteurs de Hungerichwolf, le 25 mars 1793, l’an 2 de la République</h2>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère mère, la dernière lettre que j’ai reçue de ma sœur, et qui renfermait quelques lignes de vous, m’a fait un sensible plaisir ; je n’avais jamais douté de vos sentiments à mon égard. L’excellence de votre cœur m’assurait qu’ils m’étaient favorables, quelques torts que je pusse avoir à vos yeux ; mais cependant, le silence que vous aviez gardé jusqu’alors, me causait une inquiétude que ces lignes précieuses ont fait évanouir.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Vous voyez par le lieu d’où je date ma lettre que nous avons quitté Mayence. Nous en sommes partis le 18 mars à 8 heures du soir, nous avons marché toute la nuit et tout le jour qui l’a suivie par un temps et dans des chemins abominables. L’ennemi, étonné de cette marche précipitée, s’est retiré à une certaine distance, mais bientôt revenu de sa stupeur, il nous a forcé nous même à faire quelques pas en arrière, et nous sommes campés aujourd’hui au-dessus de Kreuznach, petite ville à 10 lieues de Mayence. Le voisinage de cette ville nous dédommage un peu des rigueurs de la saison que nous éprouvons dans un camp placé sur une hauteur et par conséquent très exposé au froid qui est encore très vif ici. Nous sommes les premiers de l’armée qui ayons campé et le général Custine, qui nous a visité hier, nous a assuré qu’il nous conduirait bientôt à l’ennemi.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Depuis quelque temps, nous ne recevons plus les nouvelles de Paris d’une manière directe. Il se répand des nouvelles assez fâcheuses sur la situation de l’armée de la Belgique. On dit Liège et Aix-la-Chapelle au pouvoir de l’ennemi. Je crois qu’il n’en sera pas de même de Mayence, et que cette place lui coûtera bien cher à acquérir.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Quoiqu’il en soit, au milieu des fatigues journalières que j’éprouve, une idée me console et me dédommage, c’est de penser que je ne suis pas indifférent à ma famille, et que mes parents prennent quelque intérêt à mon sort. J’ai su que le dernier échec que nous avons éprouvé dans le Brabant avait causé de grands mouvements à Paris, et qu’une grande quantité de personnes qui jusque-là avaient préféré l’oisiveté et la tranquillité des villes aux travaux pénibles de la guerre s’étaient déterminées à partager nos fatigues. Je voudrais savoir s’il y a dans ce nombre quelques-uns de mes parents et de mes connaissances. Vous me ferez plaisir en me l’apprenant.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Vous trouverez ci-inclus un reçu de 100 livres pour mars et avril ; comme il serait possible que des circonstances imprévues m’empêchassent d’écrire, je m’y prends à l’avance. Les assignats ne valent ici que 2 livres,50, encore a-t-on beaucoup de peine à les échanger. Cette perte énorme et cette difficulté pour s’en procurer m’engagent à vous prier d’échanger à Paris ceux que vous m’enverrez. Je ne crois pas que les frais de poste joints à la perte que vous ferez égalent celle que l’on fait ici.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il y a quelque temps que j’ai reçu une lettre de M. Fourquet datée de Bouzonville près Saarlouis. Il paraît que les fatigues de la dernière campagne ont altéré un peu sa santé. Je crains que les travaux de celle qui se prépare, et qu’il se propose de faire ne soient de nature à l’altérer encore. Quoiqu’il en soit, il pense comme moi que nous nous dédommagerons tous les deux dans les bras d’une tendre mère.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’embrasse ma sœur et sa petite Henriette. Mes compliments à toute la famille ; mes respects à maman Lhomme.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Votre affectionné fils,[^1]</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Jourdain, <br /> fourrier au 48<sup>e</sup> régiment d’infanterie, <br /> campé près de Kreuznach sur les hauteurs de Hungerichwolf, <br /> armée du Rhin.</h3>
[^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body> |
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