CS_Jourdain_01.md

identifiantCS_Jourdain_01.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1791/10/29 00:00
titreLaurent Jourdain à sa mère Mme Fourquet
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-JOURDAIN</i> - 1 - </b> Laurent Jourdain à sa mère la citoyenne Fourquet</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Rennes, 29 octobre 1791</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma mère, je ne voulais vous écrire que quand je saurais si les disgrâces que j’ai essuyées avaient changé vos dispositions à mon égard ; mais comme ma sœur à qui j’ai demandé ces éclaircissements persiste à me les refuser, c’est à vous-même que j’ose m’adresser. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Si vous saviez combien il m’en a coûté pour m’obstiner au silence depuis deux mois que je vous ai quittée. Si vous aviez vu les larmes que m’a arraché une séparation que vous aviez vous-même ordonnée, je suis certain que la douleur d’un fils vous aurait émue et que la rigueur extrême avec laquelle vous m’avez forcé de m’éloigner vous aurait causé quelque repentir.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Oui, ce silence est pour mon cœur un poids qu’il ne peut plus supporter ; il faut enfin que je sache si j’ai encore une mère, et si je puis compter sur son amour. Je ne sais de quelle importance sont à vos yeux les torts que vous m’imputez, je ne sais si pour avoir connu mes droits, mais pour n’en avoir pas parlé avec assez de modération, vous avez résolu de réaliser cet arrêt terrible, c'est-à-dire <u>si vous ne me regardez plus comme votre fils</u>. Ce doute est affreux pour moi et je vous supplie de le lever. Dans la situation pénible où je me trouve dans ce moment où le changement d’air et de nourriture me rend tout insupportable, et surtout les mets grossiers du régiment, je n’ai encore quelque adoucissement et quelque consolation, que dans l’amitié de mon frère. Il est malheureux et à ce titre il sait apprécier l’intérêt que je mérite ; il m’offre des secours et j’avouerai que ce n’est pas lui qui devait m’en offrir le premier. Surtout, il m’engage à ne pas rester longtemps au régiment, parce que, dit-il, l’éducation qu’on y reçoit, les sociétés qu’on est forcé d’y faire, sont absolument contraires à mes goûts et par conséquent à mes intérêts.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> À cet égard, il est loin de penser comme mon papa Bertaut, qui vient de m’écrire qu’il regardait comme une permission de Dieu le parti que j’ai pris ; il appelle cela un état et m’engage à m’y bien conduire; il s’en faut de beaucoup que je sois de son avis, et c’est aujourd’hui que je reconnais le véritable, le plus grand tort que j’ai, c’est de n’avoir puni que moi et d’avoir mieux aimé satisfaire mon ressentiment, que de poursuivre un état qui allait me devenir utile : je suis persuadé que ceux qui me connaissent bien auront la même façon de penser.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> À présent donc, que par un aveu sincère, j’expie les torts que je puis avoir, à présent que je prouve que les devoirs d’un fils m’ont toujours été chers, je crois, ma mère que vous voudrez bien faire aussi un pas vers moi et reprendre pour votre fils une tendresse qu’il n’a pas mérité de perdre.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Quant à M. Fourquet dont la conduite, au moins déplacée à mon égard, m’avait d’abord extrêmement éloigné, j’avoue que c’est la seule fois que j’ai eu des raisons pour me plaindre de lui, et que de mon côté j’ai pu y donner lieu. Donnez-moi je vous prie de vos nouvelles, ainsi que de ma tante et de toute la famille.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis, ma mère, dans les sentiments les plus respectueux.</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Votre fils Jourdain, <br />soldat au 48<sup>e</sup> régiment d’infanterie, <br />ci-devant Artois, compagnie Sermizelles<br /> en garnison à Rennes, en Bretagne.</h3> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><i>PS</i> : J’ai demandé à ma sœur quelques objets ; c’est à vous ma mère que je les demande aujourd’hui directement. Il n’est pas certain que le régiment passe l’hiver à Rennes, et je ne crois pas faire un rôle humiliant en vous avouant que mes besoins sont pressants. [^1]</p> [^1]: Archives municipales de Châtillon-sur-Seine, dépôt famille Ponsignon, 3Z.</body>
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