| identifiant | CG15-40090.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1817/10/07 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon à lord Liverpool, premier ministre du Royaume-Uni |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 40090. - </b>À lord Liverpool, premier ministre du Royaume-Uni</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Longwood, 7 octobre 1817</h2><p style="margin-bottom: 0cm">J’approuve ces
observations. Je désire qu’elles soient placées sous les yeux du
Souverain et du peuple d’Angleterre.</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="margin-bottom: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps">
Observations</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Le comte
Bathurst dit :…Il semblait qu’avec une pareille opinion le noble
lord, auteur de la motion (lord Holland), ne pouvait discuter avec le
degré d’impartialité voulu les restrictions imposées à ce
prisonnier, puisqu’il considérait toute restriction quelle qu’elle
fût, comme inhumaine et injustifiable.»</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le bill du parlement
d’Angleterre du 11 avril 1816 n’est ni une loi ni un jugement.
Une loi ne statue que sur des objets généraux ; les caractères
d’un jugement sont la compétence du tribunal, l’instruction,
l’audition, la confrontation et les débats. Ce bill est un acte de
proscription semblable à ceux de Sylla et de Marius ; aussi
nécessaire, aussi juste, mais plus barbare
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Mais Sylla et Marius,
comme consuls ou dictateurs de la république, avaient une
juridiction incontestable sur les Romains : le roi d’Angleterre
ni son peuple n’en avaient ni n’en ont aucune sur Napoléon. Ce
sont quinze millions d’hommes qui en oppriment un en temps de paix,
parce qu’il a dirigé et commandé des armées conte eux en temps
de guerre !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Mais Sylla et Marius
signèrent ces actes de proscription avec la pointe encore sanglante
de leur épée, au milieu du tumulte et de la violence des camps :
le bill du 11 avril a été signé en temps de paix, avec le sceptre
d’un grand peuple, dans le sanctuaire de la loi !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Comment désormais les
membres du parlement d’Angleterre oseraient-ils blâmer ceux qui
ont proscrit Charles I<sup>er</sup> et Louis XVI ? Ces princes
périrent du moins d’une mort prompte et sans agonie !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ce bill déclare :</p><p style="margin-bottom: 0cm">1° que Napoléon sera
traité comme s’il était prisonnier de guerre</p><p style="margin-bottom: 0cm">2° que le gouvernement
anglais aura le droit de faire toutes les restrictions qu’il jugera
nécessaires.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Par la première
stipulation on a mis ce prince sous la protection du droit des gens,
en vertu d’un principe qui, étant fondé sur la réciprocité,
n’est pas toutefois une garantie en temps de paix ; la seconde
stipulation détruit jusqu’à l’image de la garantie que l’on
paraissait avoir voulu donner par la première.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On a tout violé pour
se saisir de la personne de Napoléon, alors illustre hôte de
l’Angleterre ; le bill livre ce prince, avec précipitation, à
toute la fureur de ses ennemis personnels qu’animent les passions
les plus basses. Une assemblée législative qui abandonne un
individu, fût-ce le dernier de l’espèce humaine, à l’arbitraire,
se manque à lui-même et méconnaît son saint caractère.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On a demandé quel
besoin avaient les ministres d’être investis du droit de faire des
restrictions, puisque le droit des gens devait être leur règle ;
un d’eux répondit que c’était pour se trouver autorisé à un
traitement plus libéral qu’il n’était en usage envers les
prisonniers de guerre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ceux qui avaient fait
la question ne prirent point le change ; ils pressentirent les
vues secrètes du cabinet ; ils en furent affligés pour l’honneur
de leur nation ; les évènements ont justifié et justifient tous
les jours leurs conjectures. : Ce grand homme se meurt sur un
rocher d’une mort assez lente pour qu’elle puisse paraître
naturelle, excès de cruauté inconnu jusqu’à cette heure aux
nations.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le bill est plus
barbare que les arrêts de proscription de Sylla ; ceux-là du
moins eussent fait, d’un seul coup tomber la tête de ce fier
ennemi !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le droit de faire des
restrictions a été accordé par le bill au gouvernement, et
celui-ci ne le peut déléguer. Les restrictions doivent être
revêtues des formes d’un acte du gouvernement, votées au conseil
et signées du prince. Un seul ministre ne peut donc l’exercer.
C’est cependant ainsi sous forme de mesure prise par un seul
ministre, qu’ont été arrêtées et publiées les quatre
restrictions, qui dans le temps furent imprimées ; elles n’ont
été communiquées à Sainte-Hélène que partiellement,
verbalement, en quelques articles par écrit, extraits de la
correspondance du ministre, comme un simple acte de son
administration.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ces restrictions sont :
</p><p style="margin-bottom: 0cm">1° Détention à
Sainte-Hélène ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">2° Nom imposé de
<i>général Bonaparte</i> ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">3° Prohibition de
sortir autrement qu’accompagné d’un officier.</p><p style="margin-bottom: 0cm">4° Obligation, 1° de
n’écrire que des lettres ouvertes et remises à l’officier
préposé à la garde de Sainte-Hélène ; 2° de ne recevoir que des
lettres ouvertes qui aient passé sous les yeux du ministre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ces quatre restrictions
sont contraires au droit des gens. Ce n’est donc pas pour améliorer
le sort des détenus que les ministres se sont fait investir du droit
de faire des restrictions.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On ne citera aucun
exemple dans l’histoire de la Grande-Bretagne ou de la France, de
prisonniers de guerre envoyés pour être détenus dans un autre
monde et sur un rocher isolé au milieu des mers. Si l’on avait en
vue que la sûreté de la détention, il ne manquait pas en
Angleterre de châteaux ou de maisons ; mais c’est le climat
dévorant du tropique dont on avait besoin !</p><p style="margin-bottom: 0cm">La seconde restriction
n’a, non plus, aucun rapport avec la sûreté de la détention ;
mais elle a pour effet d’aggraver la position du prince détenu.
Les prisonniers de guerre, lorsqu’ils tombent au pouvoir de
l’ennemi, sont légitimement traités d’après le titre qu’ils
portaient chez eux. Mais les Bourbons n’ont pas cessé de régner
en France ; La République et la quatrième dynastie n’ont pas
été des gouvernements légitimes ! Sur quoi se fondent ces nouveaux
principes ? Si le gouvernement anglais reconnaît que les Bourbons
régnaient en France lors de la paix d’Amiens, en 1802, il
reconnaît que le cardinal d’York régnait en Angleterre au traité
de Paris, en 1783 ; que Charles XIII ne règne pas en Suède.
Consacrer ces principes, c’est porter le désordre sur tous les
trônes ; c’est propager les germes de révolution chez tous les
peuples.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">On savait bien que
l’Empereur ne devait, ne pouvait, ne profiterait jamais de la
faculté contenue dans la troisième restriction : on avait donc
calculé qu’il ne sortirait pas d’une demeure malsaine ?
Quel rapport cette restriction peut-elle avoir avec la sûreté de la
détention sur un rocher escarpé, à six cents lieues de tout
continent, autour duquel croisent plusieurs bricks, où il n’y a
qu’un seul mouillage, et dont la circonférence peut en outre être
cernée par dix ou douze postes d’infanterie ?</p><p style="margin-bottom: 0cm">On savait aussi que
pour ne pas se soumettre à l’humiliation prescrite dans la
quatrième restriction, il ne recevrait, n’écrirait aucune lettre.
La correspondance entre cette île éloignée et l’Europe peut
avoir lieu tout au plus deux fois par an ; il faut huit ou neuf mois
pour avoir une réponse ; comment une correspondance de cette nature
peut-elle influer sur la sûreté de la détention et sur la
tranquillité de l’Europe ? Mais une pareille prohibition ôte
toute consolation morale ; elle est à l’âme ce que le climat de
cet affreux pays est au corps. On marche au but que l’on se propose
par deux chemins à la fois !</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’officier commandant
à Sainte-Hélène ne pouvait être chargé que de la garde et de
l’exécution des restrictions ; mais il n’en est pas ainsi ; il
fait, défait, refait lui seul les règlements et les restrictions à
sa fantaisie, avec précipitation, dans des formes illégales et
obscures. Il n’a été posé aucune limite à l’arbitraire, aucun
recours contre la passion, le caprice et la folie d’un seul homme.
Il n’y a aucun conseil, aucun magistrat, aucun homme de loi, aucune
opinion publique sur ce rocher.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le ministre croit-il
donc qu’il est impossible qu’un officier préposé à la garde de
Sainte-Hélène abuse ? Mais quand il le choisit <i>ad hoc</i>, et
parmi les hommes d’un caractère connu par leurs missions
précédentes, n’est-il pas probable qu’il abusera ? Et lorsqu’il
lui dit : « Si le détenu s’échappe, votre honneur et votre
fortune sont perdus, » n’est-ce pas lui dire d’abuser,
n’est-ce pas y intéresser tout ce que l’homme a de plus cher ?
Un geôlier, en Europe ne peut imposer, même aux criminels, des
restrictions selon ses alarmes, son caprice ou sa passion ; il en
réfère à des magistrats dans l’ordre administratif ou
judiciaire, lesquels statuent et mettent sa responsabilité à
couvert ; autrement, il n’y aurait jamais de cachots assez
sûrs aux yeux de l’homme responsable de la détention, car enfin
des prisonniers enfermés dans des tours, les fers aux pieds et aux
mains, sont parvenus à se sauver. Dans toutes les positions où se
trouvent des hommes vivants, ils ont toujours des chances plus ou
moins nombreuses pour se restituer à la liberté. Cherchez, pour
renfermer un homme, un lieu où il n’ait aucune chance de recouvrer
la liberté, pas même une chance sur mille ? Vous n’en
trouverez qu’un, c’est un cercueil !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Est-ce là le problème
que l’on se propose ? Certes, indiquer une formule
d’instruction à donner à l’officier chargé de la garde de
Sainte-Hélène, telle qu’un détenu soit en proie à toute espèce
de vexations et de caprices, et que l’on puisse satisfaire à la
haine la plus implacable, sans cependant que le geôlier soit obligé
à se démasquer et à mettre au jour son odieux dessein ; après
avoir choisi un homme d’un caractère et d’une opinion bien
connus, lui dire : « Prenez toutes les mesures nécessaires
pour assurer la détention ; il n’y aura aucun magistrat sur les
lieux pour recevoir les plaintes qui seraient faites contre vous ;
elles ne pourront arriver que par votre canal et dans des lettres
ouvertes à un ministre éloigné de deux mille lieues ; vous seul,
juge et partie, ferez l’instruction ; cette instruction sera
secrète ; mais aussi, si le détenu s’échappe, votre honneur et
votre fortune sont perdus. : » sans nul doute, on aura
résolu le problème proposé, mais en faisant abnégation de toute
idée de justice, de tout sentiment humain, mais en déchirant le
bill, ou du moins son sens littéral et patent. Les sauvages, qui
croient avoir le droit de dévorer leurs prisonniers, désavoueraient
cet excès de cruauté !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Lorsqu’on a voulu
cacher le but qu’on se proposait dans le choix de Sainte-Hélène,
on a dit : « C’est pour que les prisonniers jouissent de plus
de liberté. » Mais, par les restrictions que l’on a faites,
les instructions que l’on a données, l’homme que l’on a
choisi, il est démontré qu’on a voulu empêcher les cris de
l’agonie d’arriver jusqu’au prince et au peuple anglais. On a
craint l’indignation des cœurs généreux et des hommes de bien
qui ont encore quelque influence sur l’opinion des nations
européennes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Lord Bathurst, dans le
discours, déclare deux choses : 1° que sir Hudson Lowe n’a pas
pris que des mesures d’exécution ; 2° que toutes les
communications du gouvernement à Sainte-Hélène ont été à
l’avantage des détenus.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ces deux assertions
sont également fausses. Voyez la pièce cotée A : elle
renferme huit ou neuf nouvelles restrictions qui seraient considérées
comme vexatoires et déshonorantes à Botany-Bay. On ne connait que
quelques pièces de la correspondance du ministre. Une lettre
communiquée en octobre par le colonel chef d’état-major du
commandant était pleine d’expressions impropres. On ordonnait de
faire incontinent prendre trois des douze domestiques qui avaient
suivi Napoléon à Sainte-Hélène, et de les envoyer au cap de
Bonne-Espérance. On ne peut pas joindre ici cette lettre, parce
qu’on refusa de la laisser ou d’en donner même copie : on
craignait qu’elle ne fût un jour publiée ; mais, en conséquence,
le chef d’escadron Piontkowski et trois domestiques furent envoyés
au Cap. On insinua que successivement tous les domestiques français
auraient le même sort, et qu’on ne laisserait auprès de
l’Empereur que des domestiques du choix du commandant de
Sainte-Hélène.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On ne dira pas que ces
domestiques avaient donné lieu à des plaintes, car ils ne furent
pas désignés nominativement. On leur fit faire douze cents lieues
au Cap et six cents pour revenir à Sainte-Hélène, c’est-à-dire
une traversée égale à celle de Sainte-Hélène en Europe. Ils
naviguèrent trente-cinq jours dans des mers orageuses pour se
trouver au même point d’où ils étaient partis cinquante jours
avant, occasionnant sans raison des embarras et des frais à
l’administration de la marine. Si on ne voulait pas que ces
domestiques débarquassent tout d’abord en Angleterre, ne
pouvait-on pas leur faire attendre les ordres du ministère dans une
rade ou à Gibraltar ? Le comte Las Cases a été soumis à cette
cruauté. Tous les Français qui voudront retourner dans leur pays
devront préalablement courir ces dangers et essuyer cette excessive
fatigue ; c’est un ordre général de service. Quel mépris de
l’homme !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Enfin la conduite
toujours plus illibérale du commandant de ce pays, toutes les fois
qu’il est arrivé des bâtiments d’Europe, ses déclarations
réitérées que ses instructions ne sont que celles de son
prédécesseur, qu’elles sont plus noires encore que sa conduite :
tout paraît démontrer que la seconde assertion de Lord Bathurst,
«que sa correspondance a été en faveur des détenus, » n’est
pas plus exacte que la première, « que sir Hudson Lowe n’a
pris que des mesures d’exécution.»</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Ainsi donc, quand
Napoléon Bonaparte prétendait qu’il lui était impossible
d’écrire à ceux auxquels il désirait écrire, cela n’était
pas vrai. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’honorable orateur
se donne un démenti à lui-même. En effet, le comte Montholon
s’exprime ainsi dans la lettre coté B et dont voici un extrait :</p><p style="margin-bottom: 0cm">« C’est le même
esprit de haine qui a ordonné que l’Empereur Napoléon ne puisse
écrire ni recevoir aucune lettre sans qu’elle soit ouverte et lue
par le ministre anglais et les officiers de Sainte-Hélène. On lui a
par-là interdit la possibilité de recevoir des nouvelles de sa
mère, de sa femme, de son fils, de ses frères. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">« La seconde
plainte était qu’il n’avait pas reçu de lettres de ses amis et
parents d’Europe, et qu’il lui était impossible d’en recevoir
; cela n’était pas vrai. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">À qui cela
s’appliquerait-t-il ? Le comte de Montholon n’a pas et ne peut
avoir porté plainte de ce que Napoléon ne recevait pas de lettres,
puisque celui-ci a déclaré qu’il n’en voulait aucune ouverte.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Comme on pouvait le
voir d’après une lettre que sir G. Cockburn écrivit à
Napoléon. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il n’y a eu et n’a
pu y avoir aucune correspondance entre Napoléon et les officiers du
gouvernement anglais, puisqu’on n’est pas d’accord sur le
titre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Mais, en même
temps, dans ce pays, où les ministres étaient responsables des
actes du souverain, il (lord Bathurst) ignorait comment il pourrait
remplir son devoir, s’il ne prenait pas connaissance de la nature
de pareilles communications »</p><p style="margin-bottom: 0cm">On a demandé au
commandant de ce pays l’assurance qu’une lettre au souverain
serait envoyée fermée en Angleterre. On savait bien qu’il ne
pouvait pas répondre de ce que l’on ferait à Londres. Si le roi
d’Angleterre ne pouvait recevoir de lettres que les ministres ne
les eussent lues, l’Angleterre ne serait pas une monarchie. À
Venise, à Raguse, à Lucques, les doges ou les gonfaloniers n’ont
jamais été soumis à une pareille humiliation. Il est probable que,
si un ministre ouvrait une lettre adressée au prince sans être muni
d’une autorisation générale ou spéciale, le prince lui
retirerait sa confiance. La constitution anglaise n’a pas imprimé
une pareille flétrissure sur la couronne d’Édouard et d’Élisabeth
; la nation en eût été flétrie elle-même. Si les ministres sont
responsables envers les tribunaux, les rois sont responsables devant
Dieu et les peuples. Comment le monarque pourrait-il être instruit
du manquement des ministres, les admonester ou les renvoyer ? Ils ne
sont pas responsables de ce que le prince connaît, apprend ou lit,
mais des ordres qu’il donne, des mesures qu’il prend ; dans cette
limite seulement ils doivent tout savoir, afin qu’ils puissent
conseiller le trône en connaissance de cause.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« La plainte
suivante du général Bonaparte est que, lorsqu’il a demandé
quelques livres en Europe, on a retenu ceux qui se rapportaient aux
temps modernes… Une plainte se rattachant à celle-là était qu’on
avait retenu des journaux. On avait à répondre que, si le noble
auteur de la motion (lord Holland) pensait qu’on dût fournir au
général Bonaparte tous les journaux qu’il désirait, il (le comte
Bathurst) avait une idée toute différente de la marche qu’il
convenait de suivre à cet égard ; et son opinion était fondée
sur la connaissance des tentatives faites pour entretenir une
correspondance avec Napoléon au moyen des journaux. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Napoléon n’a jamais
rien demandé. Arrivé à la hauteur de Madère, le comte Bertrand
s’informa si l’on pourrait y trouver des livres français, on en
avait fort peu : Il fit une liste de livres et demanda à
l’adresser à un libraire de Londres ou de Paris. L’amiral
Cockburn déclara pouvoir s’en charger. Effectivement, en juin
1816, on a reçu des caisses de livres sans catalogues, sans
explications. On s’aperçut qu’il n’y avait aucun livre du
temps, et que même la collection du <i>Moniteur</i> s’arrêtait à
1808 ; et, comme le comte de Montholon eut occasion d’écrire
la lettre du 23 août au gouverneur de cette île, il jugea
convenable d’en faire l’observation, afin de connaître si
c’était une nouvelle restriction.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ce qui prouve que cette
nouvelle restriction n’a rien d’impossible, c’est qu’on avoue
que l’on ne doit pas envoyer à Longwood les journaux qu’on
pourrait y désirer, parce que « attempts had been made through
the medium of news-papers to hold communication with Napoléon. »
Chimère ! Comment conçoit-on qu’à deux mille lieues de l’Europe,
recevant les journaux si rarement, on puisse correspondre par ce
moyen ? Mais s’imprime-t-il des journaux à Sainte-Hélène ?
C’est sur de semblables prétextes que les geôliers de
l’Inquisition et du conseil des Dix de Venise ont interdit
non-seulement les journaux et les livres, mais même le papier,
l’encre et la lumière !</p><p style="margin-bottom: 0cm">« La plainte suivante
portait qu’il ne lui était pas permis de correspondre avec un
libraire ; cela n’était pas vrai. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">La correspondance avec
un libraire pouvait être faite par des lettres ouvertes. Les
officiers correspondent tous les jours de cette manière avec leurs
familles, mais il est facile de concevoir que, si le <i>Morning
Chronicle</i> ou la <i>Revue d’Édimbourg</i> peuvent donner lieu à
une correspondance extrêmement dangereuse pour la sûreté de
l’Angleterre, la correspondance avec un libraire est bien autrement
dangereuse. En effet, ce libraire envoyant 3 ou 400 volumes à la
fois, il faudrait donc qu’on eût le temps de les parcourir tous ;
et encore n’y a-t-il pas des encres sympathiques et les alphabets ?
C’est pour cela que les livres envoyés de Londres par des auteurs
connus ont été arrêtés à Sainte-Hélène.</p><p style="margin-bottom: 0cm">C’est par le même
principe d’inquisition qu’un botaniste de Schönbrunn étant
arrivé dans ce pays<sup>[^1]</sup>,
où il a résidé plusieurs mois, et pouvant donner à un père des
nouvelles de son fils, qu’il avait vu à Vienne, on a porté le
plus grand soin à s’y opposer. En effet, on conçoit quel danger
pouvait résulter pour la Grande Bretagne : ce botaniste pouvait
être chargé de conclure une ligne offensive et défensive !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le comte de Las Cases,
arraché violemment de Longwood en décembre 1816, fut un mois au
secret avant d’être envoyé au Cap. Au moment du départ,
l’Empereur désira le voir ; mais cela ne fut pas accordé :
le comte de Las Cases pouvait recevoir des communications capables de
bouleverser l’Europe ! Cependant il était transféré au Cap de
Bonne-Espérance, où il devait attendre plusieurs mois la permission
d’aller en Europe. Il y est depuis six mois, et on ne parle pas
encore de son retour.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« On disait encore
qu’il (Napoléon) ne pouvait correspondre avec son banquier ou
agent : or il était libre, en fait, d’entretenir toute espèce
de correspondance de ce genre moyennant la restriction mentionnée…Il
(le comte Bathurst) reconnaissait que, dans une correspondance entre
amis, l’obligation d’envoyer les lettres ouvertes pouvaient être
une sévère restriction, parce qu’il était impossible de confier
au papier les chaudes effusions du cœur avec la certitude d’être
soumis à une froide inspection ; mais cela ne s’appliquait
pas à une correspondance avec un banquier. Qui a jamais entendu
parler d’une tendre traite sur une maison de banque ou d’un ordre
passionné de vendre ou d’acheter des actions ? »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Où a-t-il été dit
qu’on ne pouvait même pas correspondre avec son banquier ou son
agent ? Le comte de Montholon, dans la lettre qui est l’objet du
discours, dit l’opposé, et répond victorieusement à l’aimable
plaisanterie du noble lord. Il s’exprime ainsi :</p><p style="margin-bottom: 0cm">« J’ai eu l’honneur
de vous dire que l’Empereur n’avait pas de fonds ; que, depuis un
an, il n’avait reçu ni écrit aucune lettre, et qu’il ignorait
complètement tout ce qui se passe ou a pu se passer en Europe.
Transporté violemment sur ce rocher, à deux mille lieues, sans
pouvoir recevoir ou écrire aucune lettre, il se trouve aujourd’hui
complètement à la discrétion des agents anglais. L’Empereur a
toujours désiré et désire pourvoir lui-même à toutes ses
dépenses quelconques, et il le fera aussitôt que vous le lui
rendrez possible, en levant l’interdiction faite aux négociants de
l’île de servir à sa correspondance, et qu’elle ne sera soumise
à aucune inquisition de votre part ou d’aucun de vos agents. Dès
que l’on connaitra en Europe les besoins de l’Empereur, les
personnes qui s’intéressent à lui enverront les fonds nécessaires
pour y pourvoir, etc. ? »</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Il (le comte
Bathurst) en venait maintenant au point le plus important de
l’accusation, c’est que les lettres envoyées par le général
Bonaparte ou les personnes de sa suite étaient lues par des
officiers subalternes ; cela n’était pas vrai. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">On a manqué au respect
dû à des correspondances privées. Le ministre lui-même viole ce
secret, 1° lorsqu’il dit, à la face de l’Europe, que le prince
Joseph seul a écrit à l’Empereur, et cela même <i>was not true</i>
; 2° lorsqu’il s’est entretenu de lettres que reçoivent et
écrivent les Français de Sainte-Hélène avec des personnes qui, à
leur arrivée dans ce pays, en ont causé avec les auteurs de ces
lettres, et leur en ont rappelé le contenu. Le commandant de
Sainte-Hélène a été plus loin : non-seulement le contenu des
lettres a été l’objet des conversations, mais il en a fait des
reproches.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le comte de Las Cases
ayant demeuré dix ans en Angleterre, était un chaud enthousiaste de
la libéralité des lois anglaises ; il croyait avoir contribué
au parti que prit l’empereur Napoléon de se rendre à bord du
<i>Bellérophon</i>, et son âme en était déchirée ; Il est
presque aveugle ; son fils est attaqué d’une maladie chronique ;
sa consolation était d’épancher ses peines dans le sein de son
amie lady Clavering, qui habite Londres. Trois ou quatre fois de
suite, et à de longs intervalles, sir Hudson Lowe, après avoir lu
ces lettres, lui a fait des reproches sur des expressions plus ou
moins vives qu’elles pouvaient contenir. On reconnait l’astuce
ordinaire de cet officier à la tournure qu’il paraît avoir donné
à sa correspondance ministérielle. Des indiscrétions de choses
contenues dans des lettres ont été l’objet des conversations de
cette petite île. Il est vrai que, quelques objets d’habillement
ayant été offerts au comte Las Cases, il les refusa ; non pour
rien recevoir du gouvernement anglais, mais pour ne rien tenir de la
main qui les offrait, et qui lui était devenue si odieuse.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« La plainte
suivante était ainsi conçue : « Des lettres sont
arrivées à Sainte-Hélène pour des officiers de la suite de
l’Empereur ; le cachet en a été brisé, et elles vous ont
été transmises ; mais vous ne les avez pas communiquées,
parce qu’elles ne venaient pas par le canal du ministère anglais.
Ces lettres ont dû faire ainsi de nouveau quatre mille lieues… »
Or cette plainte était d’une fausseté positive, sans aucune
espèce de fondement. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le ministre rejette
avec indignation l’idée que les lettres venues à Sainte-Hélène
aient été renvoyées à Londres. <span lang="en-GB">Il a raison de
s’indigner, mais il s’indigne de l’exécution de ses propres
instructions ; elles sont positives : « No letter that
come to Sainte-Hélène, except through the secretary of State, must
be communicated to </span><span lang="en-GB"><i>the general</i></span><span lang="en-GB">
or his attendants, if be written by a person not residing on the
island. » </span>Le commandant de ce pays a donc dû renvoyer
les lettres qui ne lui arrivaient pas par cette voie, et, s’il ne
l’avait pas fait, il eût manqué à ces instructions. Il y a peu
de jours encore, lorsqu’il a remis au comte Bertrand une caisse
contenant des livres d’éducation et quelques objets d’enfant,
que lady Holland envoyait à la comtesse Bertrand, il a commencé par
déclarer que cette caisse lui avait été adressée directement,
qu’elle n’avait pas passé par la secrétairerie d’État, que
cependant il la remettait. S’il fallait, fondé sur cet article des
instructions, citer le nombre des lettres, des livres, des objets qui
n’ont pas été remis, on verrait que cela a eu lieu fort souvent.
Il est vrai aussi que quelquefois, comme dans l’occasion ci-dessus,
le commandant de ce pays a pris sur lui de s’en écarter, mais cela
suivant son caprice, c’est le pire de tout.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Sir Hudson Lowe
avait écrit à Montholon, pour lui dire que cette accusation ne
reposait sur rien, et pour le prier de citer des exemples :
aucun exemple ne fut cité ; il ne fut fait aucune réponse. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’orateur dit. « <i>No
answer had been returned</i>, » À la lettre de sir Hudson Lowe le
comte de Montholon a répondu la lettre ci-jointe, cotée C, qui est
une réponse claire et positive. On pourrait donc, empruntant son
langage, lui dire : « <i>This was not true</i>. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">« La plainte sur
ce que l’on empêchait toute communication avec les habitants
n’était pas fondée. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">La communication avec
les habitants a eu lieu pendant les neuf premiers mois ; mais elle a
cessé entièrement depuis les restrictions ci-après cotée A. Les
habitants qui ont demandé des passes ont été soumis à deux
interrogatoires forts longs, l’un pour savoir ce qu’ils avaient à
faire à Longwood, l’autre pour savoir ce qui y avait été dit et
fait. On n’a jamais voulu donner ces passes que pour un seul jour,
déterminé ; souvent on les a refusées, et il n’y a aucune
communication entre Longwood et les habitants de Sainte-Hélène.</p><p style="margin-bottom: 0cm">«Il était vrai que
les habitants ne pouvaient approcher de lui sans un laissez-passer ;
mais en aucun cas, ce laissez-passer n’avait été refusé, et les
seules personnes qu’on eût empêchées d’aller à Longwood
étaient celles qu’on avait découvertes faisant tentative pour
approcher de lui sous un déguisement ou avec de fausses qualités »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Insinuation insidieuse
! Il n’y a jamais eu une tentative de ce genre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« On avait dit encore
qu’on l’avait empêché (Napoléon) d’avoir aucune relation
avec les officiers de la garnison : ceci n’avait aucun
fondement. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Jusqu’au mois d’août,
les officiers du 53<sup>e</sup> formaient journellement la société
de Mme la comtesse Bertrand, qui, élevée en Angleterre, parle
anglais ; mais, depuis les nouvelles restrictions, dont
l’exécution a commencé en août, on n’en a plus vu, par les
mêmes raisons qui ont empêché que l’on continuât à voit les
habitants. Cette interdiction de toute communication est nécessaire
pour empêcher que le monde ne connaisse la conduite criminelle que
tient l’officier chargé de la garde de Sainte-Hélène.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Dans une certaine
circonstance, il était entré en conversation avec un officier de
53<sup>e</sup> régiment, et, après avoir fait les plus grands
éloges de ce régiment et de ses officiers, il avait exprimé le
regret que tout rapport avec eux lui fût interdit. L’officier lui
ayant assuré le regret que tout rapport avec eux lui fût interdit.
L’officier lui ayant assuré qu’il n’existait aucune
interdiction de cette espèce, cela avait paru le surprendre
beaucoup ; mais, depuis cette époque, il n’avait pas eu de
plus fréquentes communications avec eux que par le passé, quand il
supposait que la prohibition à propos de laquelle il se lamentait
tant existait. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les premières
démarches de sir Hudson Lowe dans ce pays furent des insultes ;
peu après son arrivée, il s’efforça à décider les officiers et
les domestiques de la suite de Napoléon à l’abandonner ; il
voulut changer le médecin de Longwood et en donner un de son choix<sup>[^2]</sup>
; plus tard, il renvoya une partie des domestiques français,
insinuant l’intention de les renvoyer tous successivement, et de ne
souffrir à Longwood que des domestiques de son choix, pris parmi les
habitants de l’île ou les soldats du bataillon colonial.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dès le mois d’août,
il mit en exécution les restrictions A, les faisant exécuter
clandestinement, niant même qu’il eût fait aucun changement à
l’ordre établi par son prédécesseur.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Enfin, au mois
d’octobre, il se trouva contraint de les communiquer ; mais,
persistant dans sa marche tortueuse, il n’en donna pas connaissance
aux officiers anglais, rougissant d’avouer de semblables sentiments
devant ses compatriotes, et craignant sans doute qu’eux-mêmes, à
la vue de pareilles et de si folles restrictions, ne cherchassent à
pressentir quel pouvait être son but secret.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le même mystère est
observé dans le placement des sentinelles et le changement continuel
des consignes ; souvent les officiers ne les reçoivent pas
directement, ne les apprennent que par les sergents, et l’officier
d’ordonnance à Longwood, n’en ayant pas toujours connaissance,
ne peut prévenir les Français, ce qui les expose à être insultés
par les sentinelles. Une de ces étranges consignes était d’arrêter
toute personne suspecte : or, pour un soldat anglais, quoi de
plus suspect qu’un français ? Aussi plusieurs fois, quoique dans
l’enceinte, le baron Gourgaud se trouva-t-il arrêté dans sa
promenade.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On cherchait à exalter
l’esprit anglais parmi le corps d’officiers de la garnison et à
réveiller tout ce qui pouvait rester de haine contre cet ancien
ennemi ; on lui prêtait des propos méprisants à l’égard
des soldats anglais. Il crut devoir faire appeler l’officier
d’ordonnance qui se tient à Longwood, le sieur Poppleton, comme
premier capitaine du 53<sup>e</sup> , et le chargea de dire à ses
camarades que ce qu’on leur avait dit était une calomnie, qu’il
aimait les braves soldats, et qu’il était content de la conduite
des officiers et des soldats de ce régiment. Cet officier répondit
ce que peut répondre, en pareil cas un homme d’honneur.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Durant la
première période de sa détention, il (Napoléon) avait une
circonférence, qui n’était pas de moins de douze milles, dans
laquelle il pouvait se promener à pied ou à cheval sans être
accompagné d’aucun officier. Cette circonférence n’avait été
réduite qu’après qu’on eut trouvé qu’il abusait de la
confiance qu’on avait eue en lui, et qu’il tâchait de suborner
les habitants. On avait alors réduit l’espace à huit milles au
lieu de douze ; et dans ce périmètre il pouvait circuler sans
officier. En dehors des limites, il était libre de parcourir toutes
les parties de l’île, mais accompagné d’un officier dont le
rang ne devait pas être inférieur à celui de capitaine dans
l’armée. On ne pouvait donc, sous ce rapport, objecter que la gêne
fût portée à un degré déraisonnable. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’orateur dit ceci :
« Cette circonférence n’avait été réduite qu’après
qu’on eut trouvé que, abusant de la confiance qu’on avait eue en
lui il tâchait de suborner les habitants. » Comment cela
serait-il possible, puisque depuis le mois de mai 1816, Napoléon
n’est pas monté à cheval et n’est plus sorti ? Comment
lord Bathurst accorde-t-il cette assertion avec la déclaration que
fait le commandant de ce pays par le deuxième article des
restrictions ci-après, qui prescrit la réduction de l’enceinte et
qu’il motive ainsi : « La route à gauche de Hutt’s
Gate, et retournant par la lisière du bois à Longwood, n’ayant
jamais été fréquentée par le général Bonaparte depuis l’arrivée
du gouverneur, le poste qui l’observait sera, pour la plus grande
partie, retiré immédiatement. » Comment l’accorde-t-il avec
sa propre déclaration : « Et si aucune tentative n’avait
été faite pour préparer cette évasion, on ne manquerait pas ici,
en se basant sur de faux motifs de compassion, de lui (au gouverneur)
reprocher ces restrictions, pour la plus grande partie, retire
immédiatement. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les tentatives
d’évasion n’ont donc pas été faites ! Quelle
contradiction, quelle calomnie pour justifier une conduite inhumaine
et criminelle !</p><p style="margin-bottom: 0cm">D’ailleurs l’enceinte
a été tout annulée de fait par les articles suivants des
restrictions :</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Article 1.
Longwood et la route qui côtoie la hauteur par Hutt’s Gate,
jusqu’au canon-signal près d’Alarm-House, seront établis comme
limites ; des sentinelles indiqueront la limite extérieure»</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Article 4. On
invite donc le général Bonaparte à s’abstenir d’entrer dans
aucune maison ou de lier conversation avec les personnes qu’il
pourra rencontrer (sauf l’échange des marques de politesse que
chacun sera invite à lui donner) à moins qu’un officier anglais
ne soit présent.»</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il est évident que ces
restrictions avaient pour but de flétrir et d’outrager le
caractère des détenus, et de faire naître des querelles avec les
sentinelles.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le ministre dit que
l’enceinte n’a été réduite que d’un tiers : elle est
restreinte à un chemin de douze pieds de large ; elle est moralement
annulée ou du moins pour le principal personnage, puisque l’effet
des mesures étant de l’outrager et de le compromettre avec les
sentinelles, on l’a obligé à ne plus sortir, pour couper court
aux méprises et se mettre à l’abri de toutes ces insultes. On
arrivera plus vite à la fin !</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Il (le
ministre) priait leurs seigneuries de bien se rendre compte de la
situation si pénible, si épineuse de sir Hudson Lowe. Si le général
Bonaparte s’évadait, la réputation et la carrière du gouverneur
étaient perdues à jamais ; et si aucune tentative d’évasion
n’était faite, combien de gens, sous de faux prétextes de
compassion, seraient prêts à lui reprocher ces restrictions qui
avaient probablement avaient empêché ces tentatives d’être
faites ! »</p><p style="margin-bottom: 0cm">De l’aveu des
militaires de terre et de mer, quand il n’y aurait à Sainte-Hélène
aucune garde de terre, les seuls bricks qui croisent autour de l’île
suffiraient pour rendre toute évasion impossible, c’est-à-dire
pour donner quatre-vingt-dix-neuf chances au gardien, et à peine une
aux prisonniers. Mais la chance augmente pour le gardien, s’il met
huit ou dix postes d’infanterie de neuf hommes chacun sur les
promontoires, ce qui, moyennant les batteries déjà existantes,
place les sentinelles à portée de la vue.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« On prétendait
ensuite dans le mémoire que la résidence assignée au général
Bonaparte était triste et malsaine. Tout ce qu’il (le ministre)
pouvait dire à cet égard, c’est que telle n’était pas
l’opinion générale. Longwood avait été autrefois la demeure du
lieutenant-gouverneur<sup>[^3]</sup>.
Et ce n’était pas la coutume des lieutenant-gouverneurs de choisir
le lieu le plus désagréable et le plus malsain pour leur
résidence. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le
lieutenant-gouverneur avait une grande et belle maison en ville où
il pouvait aller surtout l’hiver. Le comte de Montholon s’exprime
ainsi sur Longwood dans la lettre du 23 août :</p><p style="margin-bottom: 0cm">« On a établi
l’Empereur dans la position de Longwood, exposée à tous les
vents, terrain stérile, inhabité, sans eau, n’étant susceptible
d’aucune culture, etc. La maison de Longwood a été construite
pour servir de grange à la ferme de la Compagnie ; depuis, le
lieutenant-gouverneur y a fait établir quelques chambres ; elle
lui servait de maison de campagne, mais elle n’était en rien
convenable pour une habitation. Depuis un an on y a toujours
travaillé, et l’Empereur a constamment eu l’incommodité et
l’insalubrité d’habiter une maison en construction. La chambre
dans laquelle il couche est trop petite pour contenir un lit d’une
dimension ordinaire ; mais toute bâtisse à Longwood prolongerait
l’incommodité des ouvriers, etc. »</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Peu de temps
après le débarquement, le général Bonaparte s’est promené à
cheval avec sir G. Cockburn jusqu’à Longwood, dont la première
vue l’avait tellement captivé qu’il voulait y rester et ne pas
retourner à la ville. On lui répondit qu’on ne pouvait faire
déménager aussi vite la famille du lieutenant-gouverneur. Il
demanda alors qu’on lui élevât une tente sur le même
emplacement, mais on lui fit observer que cela incommoderait beaucoup
le lieutenant-gouverneur ; toutefois on lui assura que les
occupants actuels s »en iraient le plus tôt possible. À leur
retour, le général et l’amiral s’arrêtèrent près d’une
maison agréablement situé, appartenant à M. Balcombe<sup>[^4]</sup>,
et près de laquelle on avait construit un pavillon contenant une
seule chambre. Le général Bonaparte exprima le désir d’occuper
cette chambre, et, sir G. Cockburn s’étant en vain efforcé de
l’en dissuader, il y fixa sa résidence pour quelque temps. Deux
jours cependant s’étaient à peine écoulés, que les personnes de
la suite se plaignirent du manque d’égards, comme elles disaient,
qui avait fait loger l’Empereur dans une simple chambre. Ce fut de
cette manière que l’on accueillit la complaisance de sir G.
Cockburn. Tant de changements eurent lieu à Longwood, que le général
Bonaparte resta dans cette chambre trois mois. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">C’est joindre
l’ironie aux plus mauvais procédés. Napoléon n’a jamais eu le
choix de son établissement à Sainte-Hélène ; même aujourd’hui
il ne connait pas l’île. <i>Le Northumberland</i> mouilla en rade
de Jamestown le 15 octobre 1815. On était impatient de toucher terre
après trois mois de navigation ; les femmes et les enfants en
avaient un plus pressant besoin encore. Cependant l’amiral fit
connaître que, d’après les instructions de lord Bathurst, les
Français devaient rester à bord jusqu’à ce que leur
établissement fût préparé. Cette nouvelle consterna l’équipage,
qui devait être consigné pour ce temps. L’amiral débarqua ;
vingt-quatre heures après, il dit que l’île était misérable,
que toutes les maisons qu’il avait vues étaient de petits cottages
n’ayant que deux chambres ; que d’après les renseignements qu’il
avait recueillis, il n’y avait dans l’île de convenables que les
trois maisons dont le choix lui était interdit par ses instructions
: le château ou logement de ville du gouverneur, la maison de ville
du lieutenant-gouverneur, et Plantation House, maison de campagne du
gouverneur ; les deux premières, parce qu’elles étaient en ville.
Pourquoi a-t-on exclu Plantation-House ? C’est un mystère qui ne
peut s’expliquer que par l’ensemble de toutes les mesures.
L’amiral dit qu’étant ainsi lié par ses instructions, il avait
choisi Longwood ; qu’il y avait quatre chambres, et qu’en deux ou
trois mois il pouvait, avec les charpentiers de ses vaisseaux, y
établir en bois les additions nécessaires ; qu’il comprenait tout
ce qu’il y avait de barbare l’exécution de ses instructions, de
laisser les Français à bord pendant trois mois encore ; qu’il
allait donc les débarquer sous vingt-quatre heures, et avait à cet
effet retenu un hôtel garni près du château. Ce logement était
sans doute préférable au <i>Northumberland</i>, mais il était
insupportable pour l’Empereur. Il y occupa une petite chambre au
second, ou il y était exposé à toute l’incommodité de la
curiosité publique. À la pointe du jour, il monta à cheval et se
rendit à Longwood ; l’aspect lui en parut affreux, mais tout
à fait préférable à la ville ; il eût donc voulu pouvoir s’y
établir de suite, même sous une tente. De retour à la hauteur des
Briars, sa répugnance était invincible pour rentrer dans l’hôtel
garni de la ville ; il préféra occuper une chambre de quinze pieds
carrés, près du cottage de Briars ; il eût préféré la
cabane d’un paria. Puisque provisoirement, on les plaçait à la
ville, on aurait pu les y établir convenablement, en logeant tous
les Français dans le château, maison de ville du gouverneur,
celui-ci étant alors à Plantation-House. Cette maison ayant de
grandes pièces, une cour, une terrasse, n’avait aucun des
inconvénients de l’hôtel garni.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Le fait est
qu’il ne voulait pas quitter la maison de M. Balcombe, à cause de
la facilité des communications avec la ville. »</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Insinuation perfide !
On est resté cinquante-trois jours aux Briars ; on a habité
Longwood un mois trop tôt, on y est arrivé le lendemain du jour où
toute la maison avait été peinte à l’huile intérieurement et
extérieurement. Pendant plus de trois mois, quatre-vingt ou cent
ouvriers ont continué à encombrer tous les alentours de la maison
et à occasionner une grande incommodité.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Pendant qu’il
résidait là, il était limité à un petit jardin, en dehors duquel
il ne pouvait jamais sortir sans un gardien ; cependant il ne
fit à cette époque aucune plainte. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il n’y avait aucune
garde à Briars.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La plainte adressée le
24 octobre 1815, lors du départ de premier bâtiment pour
l’Angleterre, est ci-jointe, cotée D.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« On donna
l’ordre d’envoyer des matériaux, afin de construire une maison
pour le général Bonaparte. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Sept ou huit
store-ships sont arrivés en mai et juin 1816, en rade de Jamestown,
chargés d’environ 60 000 livres sterling. de matériaux, bois,
tuiles, etc.., propres à construire une maison. Plus tard, le
store-ship <i>l’Adolphus </i>a apporté pour 16 à 20 000 livres
sterling de grilles de fer. Le transport de ces matériaux de la mer
sur les montagnes, l’achat du terrain et les frais de construction
ont été évalués à 60 000 livres sterling, réparties en six ans
de travaux. C’était donc une somme de 140 000 livres .sterling qui
était destinée, par le gouvernement anglais, pour procurer dans six
ans une habitation aux détenus. Pour consentir à une dépense aussi
considérable, le ministre était donc convaincu qu’il n’y avait
pas d’autre maison convenable sur ce rocher que celle de
Plantation-house : en ce cas pourquoi l’excluait-il ? Parce
qu’elle ne peut être gardée sans beaucoup de difficulté ?
Cette raison est ridicule et ne peut être soutenue ; la garde
de Plantation-House est plus facile que celle de Longwood. La raison
de cette singulière exclusion est donc un mystère. Mais n’était-on
pas obligé de fournir un logement à Sainte-Hélène ? Était-ce
remplir cette obligation que d’exclure les trois seules maisons
existant dans cette île propres à cette destination, et d’envoyer
une maison au carmin et à l’encre de la Chine et des matériaux,
avec l’assurance que l’on aurait une maison dans six ans ?
Sur le point le plus affreux du monde on a pris toutes les mesures
pour empêcher que l’on ne s’aidât des ressources locales de ce
pauvre pays. On est établi aussi mal que possible. Comment concevoir
que cela soit sans but ?</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Sir Hudson Lowe
écrivit au général pour lui demander s’il voulait qu’on lui
construisit une nouvelle maison ou qu’on fît des agrandissements à
l’ancienne, il ne reçut aucune réponse. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le commandant de ce
pays a écrit le 7 juillet 1816 au comte de Montholon ; celui-ci
a répondu, le lendemain 8, la lettre ci-jointe, cotée E. impossible
de répondre plus promptement et d’une manière plus positive. Il
dit en effet : « S’il est dans vos instruction de bâtir, il
serait préférable que cela fût dans la partie cultivée de l’île,
etc. L’idée d’ajouter des ailes au mauvais bâtiment de Longwood
aurait toute espèce d’inconvénients, etc. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Alors qu’il
(Napoléon) savait que, dans deux ou trois ans, ou l’administration
de ce pays serait renversée, ou un changement aurait lieu dans le
gouvernement de la France, et que, dans l’un ou l’autre cas, il
recouvrerait la liberté. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Cette réponse serait
probable dans la bouche d’un insensé ou d’un homme ivre. Est-ce
là ce qu’on voudrait faire supposer ? On a vu ci-dessus la lettre
du comte Montholon du 8 juillet 1816. Depuis cette lettre, il ne fut
plus question de cet objet. Avant cette lettre, il fut question de la
maison de bois ; l’Empereur dit qu’il ne pouvait concevoir
l’idée de cette construction que comme une moquerie ; que, si on
avait voulu le loger, on aurait pu le faire convenablement au moment
même de son arrivée ; que d’ailleurs les calculs prouvaient à
l’évidence qu’il faudrait six ans pour porter les matériaux sur
la hauteur et construire la maison ; que, dans six ans il était bien
évident qu’il n’en aurait plus besoin ; qu’on le laissait
manquer d’une habitation convenable, quoiqu’il en eût dans
l’île, quand il en avait besoin, pour lui en donner une à
l’époque où ne lui faudrait qu’un tombeau ; que tout cela
tenait à une méchante pensée » Ce propos de l’Empereur a
précédé de quinze jours ou d’un mois la lettre du comte
Montholon : la lecture attentive de cette lettre le prouve ;
cela est important, ce n’est pas sans dessein que l’on a dit que
ce propos avait été tenu après la lettre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Le général
Bonaparte n’étant pas assujetti aux mêmes obligations que le
gouverneur, 8 000 livres sterling par an semblaient une assez
simple allocation…La somme paraissait suffisante pour pourvoir le
général Bonaparte de tout ce qu’on pouvait juger convenable pour
une personne dans sa situation. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">La première
instruction du ministre fut qu’on trouverait des trésors à bord
du <i>Bellérophon</i>, que l’amiral Cockburn s’en saisirait,
qu’ils seraient placés sur la banque de Londres, et que l’intérêt
serait employé à payer tout ce que coûterait l’entretien à
Sainte-Hélène. L’amiral ne trouva pas de trésor. Arrivé à
Sainte Hélène, il fut fort embarrassé pour la dépense ; il
témoigna de l’inquiétude par son défaut d’instructions ;
cependant il alla outre ; il ne lui fut rien demandé par les
Français ; il régla les choses comme il voulut ; il évalua la
dépense ordinaire à 18 000 livres sterling Le nouveau commandant,
en mai 1816, l’évalua à 19 000 livres sterling.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">En juillet suivant il
reçut de nouveaux ordres ; il les communiqua, et, le 17 août, il
écrivit au comte Montholon la lettre suivante, cotée F, où il
s’exprimait ainsi :
</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Ayant fait tous
mes efforts pour obtenir une réduction dans ces dépenses (dépenses
de Longwood), je suis maintenant à même de vous transmettre, pour
l’information du général Bonaparte, deux états présentant des
indications suffisamment exactes pour qu’on puisse en faire la base
d’un calcul approximatif de dépense annuelle.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les instructions que
j’ai reçues du gouvernement britannique m’ordonnent de limiter
la dépense de l’établissement du général Bonaparte à 8 000
livres sterling par an, En même temps elle me laisse la liberté
d’autoriser d’autres dépenses qu’il pourra requérir pour sa
table, etc. même au-delà de la somme accordée, pourvu qu’il
fournisse les fonds qui devront défrayer le surplus. Je suis
néanmoins dans la nécessité de vous prier de lui faire connaître
l’impossibilité où je me trouve de faire cadrer les dépenses de
son établissement, tel qu’il se comporte actuellement, sous le
rapport des chiffres, avec les limites prescrite, à moins de faire
sur chaque article une réduction qui diminuera matériellement le
confortable dont jouissent maintenant les personnes qui l’entourent…
Je vous prie de me faire connaître, avant d’opérer aucune
réduction considérable qui pourrait l’incommoder, lui ou les
personnes de sa suite, s’il consent à ce que cette réduction
s’effectue, ou s’il veut mettre à ma disposition les fonds
nécessaires pour subvenir au déficit qui sans cela doivent
inévitablement avoir lieu. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Par les états qu’il
a joints à sa lettre, cet officier prouvait qu’il fallait 19 000
livres sterling pour pourvoir à toutes les dépenses ; que sur cette
somme 5 500 livres sterling étaient une dépense fixe pour
l’entretien des bâtiments, qui sont en fort mauvais état, pour
les gages du fournisseur, pour les transports de la ville sur la
montagne, pour la table des officiers de garde et pour l’écurie ;
qu’il lui restait donc 13.500 livres sterling qui, réparties entre
trente-neuf individus qui composaient la maison de Longwood,
donnaient par jour et par tête 14 shillings ; ce qui, dans ce
pays, vu que les prix y sont quadruples de ceux de Londres, équivaut
à 3 shillings 6 pence pour fournir à tous les besoins d’éclairage,
de chauffage, de table et autres d’une maison.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On répondit à cette
demande de sir Hudson Lowe par le post-scriptum de la lettre du 23
août, et par la deuxième partie de la lettre du 9 septembre cotées
B et C. Ces deux réponses sont positives. On était fort mal, alors
même que l’officier chargé de la garde de Sainte-Hélène avait
un crédit de 20 000 livres sterling ; mais, lorsqu’il
n’est plus que 8 000 livres sterling en conséquence de la décision
de lord Bathurst, il n’y eut plus physiquement le nécessaire. De
cette somme de 8 000 livres sterling il faut ôter 5 500 l.st
qui sont les dépenses fixes ; il restait donc 2 500 l.st pour les
besoins de la maison, ou 10 pence par homme et par jour. C’est ce
qui est alloué à un soldat. On ne continua même plus à fournir le
pain nécessaire.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le maître d’hôtel
fit briser de la vaisselle plate : Le 12 octobre, il en vendit 952
onces, le 5 novembre 1 227, et le 30 décembre 2 048, et moyennant
cela, il fournit aux besoins. Le gouverneur désigna le banquier qui
devait acheter cette argenterie et en fixa le taux à 5 shilling
l’once. La ressource de l’argenterie est épuisée. On vit
aujourd’hui 1<sup>er</sup> juin, avec treize lettres de change,
chacune, de 300 livres sterling, payables par mois, que le comte Las
Cases avait à Londres à sa disposition, qu’il a offertes et
prêtées en janvier 1817.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">La question est ici
fort simple : ou le gouvernement anglais est obligé de fournir aux
besoins, et ces besoins ont été déterminés par ses officiers sur
le pied du plus strict nécessaire, et très mesquinement ; ou,
s’il ne s’y croit pas obligé, qu’il laisse correspondre avec
l’Europe, comme il a été dit dans le post-scriptum de la lettre
du 23 août, et qu’il permette d’expédier des bâtiments pour se
procurer ce dont on manque. Il n’y a rien dans ce pays, pas même
du bois. Les combustibles viennent d’Angleterre, et la viande
d’Afrique. Mais ne pas vouloir fournir ce qui est nécessaire et ne
pas permettre qu’on se le procure, c’est le comble de l’injustice
et de la tyrannie ; c’est se jouer de ses obligations et de
tous ses devoirs ; c’est laisser deviner ce qu’on a dans
l’âme ! Il vaudrait mieux l’avouer ouvertement.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Si un surcroît
de luxe au-delà de celui qu’on pouvait se procurer pour la somme
fixée dans ce pays, lui paraissait nécessaire, les ministres de Sa
Majesté étaient disposés à l’accorder. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Voyez le paragraphe
ci-dessus de la lettre du commandant de ce pays : « Les
instructions que j’ai reçues, etc., page 422 »</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Le général
Bonaparte entra en négociation avec sir Hudson Lowe. Il offrit de
pourvoir lui-même à toute sa dépense, montant, disait-il, à 17 ou
18 000 livres sterling, si on lui permettait de correspondre
avec un banquier, pourvu que les lettres fussent cachetées et qu’on
le laissât à son gré disposer de l’argent qu’il recevrait. Il
avait tellement confiance de pouvoir se procurer cet argent, qu’il
offrit de faire tout de suite des traites pour le montant, et il
affirma à sir Hudson Lowe qu’il pouvait avancer l’argent en
toute sûreté, parce qu’il ne doutait pas que ses traites ne
fussent acceptées. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Fable pour masquer une
conduite honteuse ! On n’a jamais pu offrir de tirer des lettres de
change, puisqu’on a pas de banquier, et que l’on a positivement
déclaré, dans la lettre du 23 août ; Napoléon a eu à ses
ordres des caisses tenues par des lords de trésoreries, à Paris,
Amsterdam, Milan, mais il n’a jamais eu de banquiers. L’on
ignorait d’ailleurs complètement tout ce qui se passe en Europe.
C’est aussi sur de semblables croyances ou prétextes qu’on a
violé les traités existants en ne soldant pas les deux millions de
francs au payement desquels on s’était engagé pour fournir aux
dépenses de l’administration et de la garde de l’île d’Elbe,
manque de foi dont on riait d’abord, et que l’on désavoue depuis
l’évènement du 20 mars 1815. Mais à quoi sert cette discussion ?
À prouver que l’on ne doit pas remplir les engagements que l’on
a contractés, ou que l’on n’y doit satisfaire qu’imparfaitement,
comme on le fait.</p><p style="margin-bottom: 0cm">« En rapportant
cela, il était loin de vouloir dire que, le général Bonaparte
possédant des fonds et même des fonds considérables, le
gouvernement de ce pays devait lui faire payer avec ces fonds les
frais de sa maison. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Oui, comme les trésors
du <i>Bellérophon</i>. !</p><p style="margin-bottom: 0cm">« »Certes, cette
somme devait suffire au général Bonaparte, et, s’il désirait
davantage, il devait le prendre sur les fonds, fonds considérables,
à sa disposition. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Mais voulez-vous
connaître les trésors, même très considérables, de Napoléon ?
Ils sont au soleil.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ce sont le beau bassin
d’Anvers, celui de Flessingue, qui peuvent contenir les plus
nombreuses escadres de guerre et les mettre à l’abri des glaces et
de la mer ; ce sont les travaux hydrauliques de Dunkerque, du Havre
et de Nice ; le bassin gigantesque de Cherbourg ; les travaux
maritimes de Venise ; les belles routes de Wesel à Hambourg,
d’Anvers à Amsterdam, de Mayence à Metz, de Bordeaux à Bayonne ;
les chaussées du Simplon, du mont Cenis, du mont Genèvre, de la
Corniche, qui ouvrent les Alpes dans quatre directions (là seulement
vous trouverez plus de 80 millions), chaussées qui surpassent en
audace, en grandeur et en travaux d’art, tous les travaux des
Romains ; les chemins des Pyrénées aux Alpes, de Parme à La
Spezia, de Savone dans le Piémont ; les ponts d’Iéna,
d’Austerlitz, des Arts, de Sèvres, de Tours, de Roanne, de Lyon,
de Turin, de l’Isère, de la Durance, de Bordeaux, de Rouen, etc. ;
le canal qui joint, par le Doubs, le Rhin au Rhône ou les mers de
Hollande et la Méditerranée ; celui qui joint l’Escaut à la
Somme, c’est-à-dire Amsterdam à Paris ; celui qui joint la Rance
à la Vilaine ; le canal d’Arles, celui de Pavie, celui du Reno ;
le dessèchement des marais de Bourgoing, du Cotentin, de Rochefort ;
la reconstruction de la plupart des églises démolies dans la
révolution ; la construction d’un grand nombre de nouvelles ;
la construction d’un grand nombre de maisons de travail pour
extirper la mendicité ; la construction du Louvre, des greniers
d’abondance, de la Bourse, du canal de l’Ourcq ; la
distribution de ses eaux dans la ville de Paris ; les égouts,
les quais, les embellissements de cette grande capitale ; les
travaux d’embellissement faits à Rome ; le rétablissement de Lyon
et de ses manufactures ; la création de plusieurs centaines de
manufactures de coton, soit pour la filature, soit pour le tissage,
où sont employés plusieurs millions de bras ; les fonds placés
pour créer plus de quatre cents manufactures de sucre de betterave
pour la consommation d’une partie de la France, et qui, encouragées
encore quatre ans, eussent suffi à toute la consommation de l’Empire
et fait vendre le sucre au prix des Indes, ; les encouragements
donnés aux établissements pour séparer la fécule du pastel et en
tirer un indigo aussi bon et aussi parfait que celui des colonies ;
le grand nombre de manufactures d’objet d’art, etc. ; 50 millions
employés à réparer les palais de la couronne et à les embellir ;
60 millions de meubles mis dans les palais de la couronne, soit en
France, et en Hollande, à Turin, à Rome ; 16 millions de diamants
de la couronne, tous achetés des deniers de Napoléon, le <i>Régent</i>
seul existant de l’ancienne couronne de France, et celui-là encore
l’avait-il retiré des juifs de Berlin, où il était engagé pour
trois millions ; le Muséum Napoléon, estimé à plus de 400
millions, et ne renfermant que des objets légitimement acquis par
achat, ou par des conditions de traités de paix, publics, ayant tenu
lieu de cession de territoire ou de contributions ; plusieurs
millions placés pour l’encouragement de l’agriculture, ce
premier intérêt de la France ; la création de races de chevaux, de
mérinos, etc. Tout cela forme un trésor de plusieurs milliards, qui
existera pendant des siècles, et sera pour confondre la calomnie !
L’histoire dira que c’est au milieu de grandes guerres, sans
aucun emprunt, en diminuant au contraire la dette publique, et la
réduisant à moins de 50 millions de rente, que tout cela a été
fait ! Des sommes très importantes existaient encore dans son trésor
particulier et lui étaient garanties par le traité de Fontainebleau
comme économies faites sur la liste civile et autres revenus
particuliers : on se les est partagées, et tout n’est pas
entré dans les trésors publics!</p><p style="margin-bottom: 0cm">« Les personnes
placées sous son contrôle s’étaient comportées de la manière
la plus insolente envers le gouvernement, et, si leurs seigneuries
voulait prêter l’oreille à chaque plainte émanant de ces mêmes
personnes, ces plaintes n’auraient pas de fin. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">On manque de tout à
Sainte-Hélène. Les calculs de lord Bathurst sur cet objet sont
erronés. L’orateur se complaît à agiter publiquement des
matières qui de leur nature, ont quelque chose de vil et prêtent au
ridicule. Que de mépris dans le ton, dans toutes les manières de
l’honorable ministre ! De même dans la partie de sa correspondance
dont on a eu communication. Dans quinze ou vingt générations, en
lisant le discours et les ordres de lord Bathurst, ses descendants se
défendront d’être du même sang que celui qui, par un mélange de
haine et de pusillanimité, a flétri le caractère moral du peuple
anglais dans le temps que les pavillons triomphants de l’Angleterre
couvrent l’univers !</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le discours du ministre
contient donc vingt fausses assertions, à chacune desquelles on
pourrait appliquer sa formule favorite : <i>Was not true</i> ;
ce qui laisse présumer que l’orateur l’a rédigé sur de faux
renseignements, qu’il est trompé par un mandataire infidèle, et
qu’il est tenu à l’obscur de ce qui se passe sur ce rocher.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le comte Montholon n’a
pas porté de plainte, savoir :
</p><p style="margin-bottom: 0cm">1° De ce qu’on ne
pouvait pas envoyer des lettres ouvertes à ses parents ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">2° De ce qu’on ne
pouvait pas recevoir de lettres ouvertes ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">3° De ce qu’on ne
pouvait pas écrire à son banquier.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ainsi on a prouvé :
</p><p style="margin-bottom: 0cm">4° Que le ministre a
donné des ordres pour empirer la position des détenus, et à cet
effet on a cité le départ de trois domestiques français, renvoyés
par ses ordres, et la lettre impropre dont on n’a voulu laisser
aucune copie ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">5° Que sir Hudson Lowe
a des instructions toutes différentes de son prédécesseur, ce qui
est prouvé par sa propre assertion publiquement réitérée ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">6° Qu’il a fait des
restrictions, et des restrictions les plus folles, si même elles ne
contiennent pas une pensée criminelle ; on a produit à l’appui
la pièce cotée A, qui paraît inconnue au ministre ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">7° Que le comte de
Montholon a répondu à la demande d’explications faite par sir
Hudson Lowe sur la partie de la dépêche du 23 août qui traite des
lettres venues dans ce pays et renvoyées en Angleterre, parce
qu’elles n’étaient pas arrivées par le canal de la
secrétairerie d’État ; et à l’appui, on produit la pièce
cotée C, contenant cette réponse dont le ministre paraît n’avoir
pas connaissance ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">8° Que le comte
Montholon a répondu à l’offre de la maison de bois, vingt-quatre
heure après avoir reçu la lettre de sir Hudson Lowe à ce sujet, et
l’on a joint à l’appui la pièce cotée D, contenant cette
réponse, dont le ministre paraît n’avoir pas connaissance ;
depuis, il n’a plus été question de cette maison ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">9° Que le respect dû
à la correspondance privée n’a pas été observé ;
</p><p style="margin-bottom: 0cm">10° Que l’on empêche
toute communication avec les habitants ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">11° Que l’on empêche
toute communication avec les officiers ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">12° Que l’on n’a
pas proposé de tirer des lettres de change sur un banquier, c’est
ce qui est une fable ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">13° Qu’on n’a
jamais varié d’opinion sur l’inconvenance de la maison de
Longwood ;
</p><p style="margin-bottom: 0cm">14° Que
Plantation-House est plus facile à garder que tout autre lieu de
l’île ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">15° Qu’on n’a pas
fourni aux besoins de l’établissement de Longwood, les calculs que
l’on voudrait établir sur cet objet sont erronés ;
</p><p style="margin-bottom: 0cm">16° Qu’aucune
correspondance n’a été essayée et ne peut être établie par les
journaux dans un pays aussi éloigné que celui-ci, et où il ne
s’imprime rien.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On a prouvé, de plus,
que ce discours contient quatre calomnies insidieuses, savoir :</p><p style="margin-bottom: 0cm">17° Que l’on a voulu
prolonger le séjour aux Briars en raison de la facilité des
communications avec la ville ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">18° Que des hommes ont
été découverts en essayant d’approcher déguisés et avec de
faux caractères ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">19° Que l’on a
resserré l’enceinte parce que des pratiques étaient faites pour
séduire les habitants ou les soldats ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">20° Qu’on a dit
qu’on savait que, dans deux ou trois ans l’administration
anglaise serait renversée, ou que des changements auraient lieu dans
le gouvernement de France, et que, dans l’un ou l’autre cas, on
serait en liberté.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Un autre ministre, dans
une réunion en Irlande, si on en croit les journaux, a rapporté que
Napoléon a déclaré à Sainte-Hélène qu’il n’avait jamais
fait ou proposé la paix avec l’Angleterre que pour la tromper, la
surprendre et la détruire : Ces calomnies contre un homme
qu’ils oppriment avec tant de barbarie, qu’ils tiennent à la
gorge pour l’empêcher de parler, seront réprouvées par tout
homme bien né et dont le cœur bat. Le même ministre a dit à la
chambre des communes, à la session de 1816, que si l’armée
française était attachée à l’Empereur, c’est qu’il mariait
les filles des plus riches familles avec ses soldats : Il serait
en peine de citer un seul fait à l’appui d’une pareille
allégation. Mais l’on peut dire tout ce qu’on veut des temps où
Napoléon était placé sur le premier trône du monde, : toute
sa conduite était publique, elle est du domaine de l’opinion et de
l’histoire ; des milliers de libelles ont paru et paraissent tous
les jours, ils ne sont d’aucun effet ; Soixante millions
d’hommes des pays les plus policés de l’univers élèvent la
voix pour les confondre, et cinquante mille Anglais qui font la
navette sur le continent rapporteront l’opinion et la vérité
parmi les peuples des trois royaumes, qui rougiront d’avoir été
si grossièrement trompés.</p><p style="margin-bottom: 0cm">On a prouvé, en outre,
que le bill du 11 avril 1816 est un acte de proscription comme ceux
de Sylla ; qu’il met la main sur un prince, illustre hôte de
l’Angleterre, pour le livrer à l’arbitraire du gouvernement sans
lui donner aucune garantie législative ; qu’il ne peut y
avoir de prisonniers de guerre en temps de paix ; que le
gouvernement a même violé le bill en déléguant à un de ses
ministres le droit de faire des restrictions dont il est seul
investi ; que ce ministre l’a violé à son tour en déléguant
à un officier particulier un pouvoir que le bill n’a accordé
qu’au gouvernement ; que le choix de l’affreux rocher de
Sainte-Hélène, celui de Longwood, la privation de tout ce qui est
nécessaire à la vie, au moral et au physique, les restrictions de
lord Bathurst, le caractère de l’homme préposé à la garde de
Sainte-Hélène, les restrictions qu’il a faites et refaites, sa
conduite à la fois insidieuse, ignoble et violente, que tout enfin
est coordonné pour faire périr ce grand homme dans les tourments
d’une agonie assez longue pour que sa mort puisse paraître
naturelle, conduite qui viole tous les préceptes de la religion et
les droits de l’homme, même dans l’état sauvage ; que le
gouvernement anglais eût été plus franc en faisant publiquement et
d’un seul coup tomber la tête de cet illustre ennemi ; une
mort prompte et sanglante eût été plus humaine ; le caractère
anglais en serait moins entaché.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les Romains
poursuivirent Annibal jusqu’au fond de la Bithynie ; Flaminius
obtint du roi Prusias la mort de ce grand homme ; mais à Rome
même, Flaminius fut accusé d’avoir agi pour satisfaire sa haine
propre. C’est en vain qu’il allégua qu’Annibal, encore dans la
force de l’âge, pouvait être dangereux, que sa perte était
utile ; mille voix lui répondirent que ce qui est injuste,
in-généreux, n’est jamais profitable à une grande nation ;
que c’est ainsi qu’on justifierait l’assassinat, le poison et
tous les crimes. Les générations suivantes ont reproché cette
lâcheté à leurs ancêtres ; elles eussent voulu effacer cette
tache de leur histoire. Depuis la renaissance des lettres parmi les
nations modernes, il n’est pas une génération qui ne se soit
associée aux imprécations qu’Annibal, sur le point d’avaler la
ciguë, prononça contre Rome, qui, dans le temps que ses flottes et
ses légions couvraient l’Europe, l’Asie et l’Afrique,
s’acharnait contre un seul homme désarmé, le redoutant ou
feignant de le redouter. Mais les romains n’ont jamais violé
l’hospitalité. Sylla trouva un refuge dans la maison de Marius ;
avant de proscrire Annibal, Flaminius ne le reçut pas à son bord.
Il ne lui déclara pas qu’il avait ordre de l’accueillir ; la
flotte romaine ne le transporta pas dans le port d’Ostie en lui
rendant tous les honneurs dus à son rang. Loin de recourir à la
protection romaine, Annibal préféra se confier aux rois de l’Asie.
Lorsqu’il fut proscrit, il ne reposait pas sous les étendards de
Rome ; il était sous les enseignes des rois ennemis du peuple romain
!
</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quand, par les
révolutions des siècles, un roi d’Angleterre sera traduit devant
le tribunal redoutable de sa nation, ses défenseurs allégueront le
caractère auguste de roi, le respect dû au trône, à toute tête
couronnée, à l’oint du Seigneur ; ses adversaires ne
pourront-il pas répondre : « Un de ses ancêtres
proscrivit son hôte en présence d’un peuple qui avait des lois
fixes et des formes publiques ; il fit exposer sa victime sur le
lieu le plus malsain d’un rocher situé au milieu de l’océan,
dans l’autre hémisphère. Cet homme y périt après une pénible
agonie, tourmenté par le climat, par le besoin, par les outrages de
toute espèce. Eh bien, cet homme était aussi un grand souverain,
élevé sur le pavois par trente-six millions de citoyens, qui fut
maître de presque toutes les capitales de l’Europe, qui vit à sa
cour les plus grands rois. Il fut généreux pour tous. Il fut vingt
ans l’arbitre des nations ; sa famille fut alliée à toutes
les familles souveraines ; il fut deux fois l’oint du
Seigneur, deux fois sacré par la religion !!<sup>[^5]</sup></p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
<br>
[^1]: Philippe Welle, botaniste autrichien, faisait partie de la suite du baron Sturmer, commissaire autrichien, et était officiellement chargé de la mission d’étudier la flore de Sainte-Hélène. Madame Marchand, mère de Louis Marchand, seule française demeurée à Schönbrunn en 1816, lui avait confié une mèche de cheveux du Roi de Rome que Napoléon reçut avec émotion.
[^2]: Hudson Lowe aurait souhaité remplacer le docteur O’Meara par le docteur Baxter, arrivé avec lui et dont il était très proche.
[^3]: <span></span><sup>
</sup>Lieutenant-colonel John Skelton.
[^4]: William Balcombe, agent de la Compagnie des indes, en poste à Sainte-Hélène, en charge de l’approvisionnement de Longwood.
[^5]: <span></span><sup>
</sup><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i>
publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III, </i>vol. 32, p. 400, d’après l’original communiqué par le général Bertrand, p. 400-430.</body> |
|---|
| |