CG15-40088.md

identifiantCG15-40088.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1817/07/25 00:00
titreNapoléon au général Hudson Lowe, gouverneur de Sainte-Hélène
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 40088. - </b>Au général Hudson Lowe, gouverneur de Sainte-Hélène</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Longwood, 25 juillet 1817</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Vous avez cru saisir un prétexte de faire de la peine et de donner moralement un coup de poignard. Vous avez mal calculé la hauteur ou le malheur, l’injustice et la persécution de votre gouvernement et de votre conduite ont placé l’Empereur. Il a plus qu’une couronne impériale sur la tête ; il a une couronne d’épines<sup>[^1]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il n’est pas au pouvoir de vous, ni de vos semblables, d’effacer l’éclat de cette couronne. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Ainsi vous voulez des remerciements de ce que vous n’avez pas brisé le buste du jeune Napoléon, parce qu’effectivement il pouvait contenir des papiers ; de ce que vous n’avez pas brisé le jeu d’échecs, les corbeilles et les jetons, chef-d’œuvre d’un ouvrier chinois, parce que l’on pouvait y avoir fait enfermer une lettre pour Sainte-Hélène ! Quelle absurdité ! Jamais archer, sbire ou familier de l’Inquisition n’a cru pouvoir pousser plus loin ses droits.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’abdication de Napoléon peut lui ôter le titre d’Empereur des Français, mais ne lui ôte pas le titre d’Empereur Napoléon qui est imprescriptible. La convention de Paris, si c’est celle qui a livré Paris aux alliées, vous l’avez effacée par un torrent de sang. Si c’est celle entre les Puissances, vous n’en tenez compte, car vous vous êtes engagé à fournir aux besoins, et vous ne le faites pas ! Car vous vous êtes engagé à recevoir des commissaires des puissances étrangères dans ce pays, et vous les découragez, vous les éloignez de l’Empereur par toute espèce de moyens ; vous enveloppez Longwood d’un mystère qu’ils ne peuvent pénétrer ! D’ailleurs, cette convention ne dit rien de semblable, car les empereurs d’Autriche et de Russie savent bien qu’ils se manqueraient à eux-mêmes s’ils appelaient Napoléon autrement que l’Empereur Napoléon. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Ni le bill du Parlement britannique, ni les instructions de votre gouvernement ne vous autorisent à faire de la diplomatie, mais seulement à veiller à la sureté de la détention. Vous faites mieux ; vous prenez toutes les mesures pour qu’il soit bientôt dans un tombeau. Vous y réussirez<sup>[^2]</sup> !<sup>[^3]</sup></p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p> [^1]: Hudson Lowe avait retardé la remise à Napoléon d’un jeu d’échecs et d’objets en ivoire envoyés d’Inde par John Elphinstone, directeur à Bombay de la Compagnie des Indes, dont le frère blessé à Waterloo avait été sauvé sur l’intervention de l’Empereur. Ces deux affaires ulcèrent Napoléon, déjà indigné par le fait que les Britanniques s’obstinent à le désigner sous le nom de général Bonaparte, et non celui d’empereur. [^2]: Rédigé par Napoléon, cette lettre est expédiée sous le seing de Bertrand. [^3]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III, </i>vol. 32, d’après l’original communiqué par le général Bertrand, p. 399.</body>