CG15-40070.md

identifiantCG15-40070.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1815/08/07 00:00
titreNapoléon à l’amiral Keith
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 40070. - </b>À l’amiral Keith</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">À bord du Bellérophon, 7 août 1815</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Milord, en sortant de Plymouth, je vous ai envoyé ma protestation sur la conduite tenue à mon égard ; hier, lorsque vous m’avez fait l’honneur de venir me voir avec l’amiral Cockburn, j’ai réitéré cette protestation.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Cependant il me paraît que sans connaître l’effet de ces réclamations, vous exigez que je quitte le <i>Bellérophon</i> pour passer à bord du vaisseau destiné à me conduire au lieu de ma déportation. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous envoie M. le comte de Las Cases vous prier de lui remettre :</p><p style="margin-bottom: 0cm">1° l’acte signé de l’autorité qui, sans enquête préalable, sans avoir entendu le capitaine du <i>Bellérophon</i> ni aucun de ceux qui m’ont reçu, a décidé arbitrairement que je suis prisonnier de guerre, et cela contre le fait le plus patent, puisque je suis venu à vous, librement et de bonne foi, ainsi que le prouve jusqu’à l’évidence ma lettre au prince régent, dont le capitaine a pris connaissance avant de me recevoir. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous prie, Milord, de remettre encore à M. Las Cases :</p><p style="margin-bottom: 0cm">2° la décision qui, après avoir déclaré que j’étais prisonnier, ordonne, en contradiction avec les lois du pays et celles de l’hospitalité, que je sois arraché du Bellérophon pour être transporté à deux milles lieus sur un rocher perdu de l’Océan, au milieu des chaleurs du tropique. C’est évidemment une condamnation à mort contre quelqu’un qui pourra difficilement résister à une température aussi brûlante et si soudainement nouvelle. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Milord j’ai réclamé et je réclame encore les bienfaits de vos lois, et notamment celle de l’<i>habeas corpus</i>. Placé une fois sous votre pavillon, dans vos rades, avec l’offre et la promesse du capitaine, je ne puis pas être arraché, privé de la liberté, déporté, que par vos lois et d’après leurs formes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Enfin je vous prierais également, Milord, de me remettre : </p><p style="margin-bottom: 0cm">3° La décision, signée de ceux qui, sans autre forme ni motif que leur propre volonté, veulent me priver de mes propriétés, du reste peu importantes, et m’imposer, ainsi qu’aux personnes de ma suite, des gens faits pour révolter tout homme délicat et frapper de surprise ceux qui connaissent et professent les lois.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La signification de ces pièces m’est nécessaire pour réclamer juridiquement la protection de vos lois, pour en appeler solennellement tant aux souverains qu’aux peuples sur cette étrange et singulière affaire.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous m’avez-vous-même, Milord, plusieurs fois témoigné la peine que vous faisait l’exécution de ces ordres ; je ne saurais donc compter sur un meilleur interprète pour en faire ressortir la précipitation, la rigueur et l’injustice.<sup>[^1]</sup></p> [^1]: <span></span> Copie, Bibliothèque Thiers, fonds Masson, carton 8, p. 141. [<i>C, </i>vol. 32, p. 392]</body>