CG15-39816.md

identifiantCG15-39816.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1815/05/27 00:00
titreNapoléon au maréchal Davout, ministre de la Guerre
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 39816. - </b>Au maréchal Davout, ministre de la Guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 27 mai 1815</h2> <p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, vous avez à Paris deux lieutenants généraux, l’un qui commande la garde nationale<sup>[^1]</sup>, l’autre qui commande les tirailleurs<sup>[^2]</sup>. Le général Hulin commandera la place. Il faudrait avoir un bon général pour commander la division à Paris, qui prendrait vos ordres pour tout ce qui est relatif à la défense de Meaux, de Melun, de Nogent, de Montereau-Fault-Yonne, de Château-Thierry, Sens, et, en général, de toutes les avenues de Paris, et qui pourrait s’y porter, selon les circonstances, sans déranger en rien l’organisation de Paris<sup>[^3]</sup>.</p> <p style="margin-bottom: 0cm">À Paris, la garde nationale est organisée ; les bataillons de tirailleurs s’organisent : il faut maintenant organiser dans les deux sous-préfectures de la Seine une bonne défense ; nommer les officiers et savoir le nombre d’hommes que chaque village doit fournir.</p> <p style="margin-bottom: 0cm">1°Génie</p> <p style="margin-bottom: 0cm">Il est nécessaire que, lundi prochain, les travaux soient commencés à Saint-Denis, pour établir les fortifications de la place et les batteries. Donnez ordre qu’on travaille également lundi aux deux flèches qui seront établies sur les grandes routes qui traversent le canal Saint-Denis, afin que ces flèches soient finies dans la semaine. Je désirerais aussi que, lundi prochain, les ouvrages de l’embouchure du canal Saint-Denis dans le bassin de l’Ourcq fussent tracés et commencés. Comme les ouvrages sur les hauteurs de la rive gauche ne sont pas tracés, il serait convenable d’y faire des traverses fermées par des palissades, à chaque barrière sur ce côté de la rivière. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">2°Artillerie</p> <p style="margin-bottom: 0cm">Donnez ordre que, lundi prochain, huit pièces d’artillerie, savoir, deux pièces de 12, quatre pièces de 6 et deux obusiers, soient transportés à Montmartre ; qu’une compagnie d’artillerie de la marine y soit casernée ; qu’un chef de bataillon soit nommé commandant de Montmartre ; qu’un capitaine et un lieutenant lui soient donnés pour adjudants ; qu’un officier de marine commande l’artillerie ; qu’il soit choisi à Montmartre trois petits magasins, dans les lieux les plus à l’abri ; qu’il y soit déposé des cartouches et deux cents coups à tirer par pièce. La compagnie et l’officier d’artillerie travailleront à arranger les plates-formes, les merlons, les magasins, et à mettre tout leur service en état. Le général d’artillerie et le général Haxo<sup>[^4]</sup> choisiront l’emplacement des magasins. Il serait convenable qu’il y eût aussi dans ces magasins des artifices et tout ce qui est nécessaire pour éclairer les remparts, au besoin les avenues, la nuit. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Donnez ordre que lundi les généraux du génie et de l’artillerie divisent les ouvrages qui sont depuis la couronne de Belleville jusqu’à Charenton, en trois parties ; qu’il soit choisi des magasins à portée et qu’on y place trois batteries d’artillerie, chacune de huit pièces, savoir : deux de 12, quatre de 6 et deux obusiers, avec seulement deux compagnies d’artillerie de marine, qui seront destinées à servir ces trois batteries. Nommez également trois officiers pour commander chacun le tiers de ces ouvrages. Les compagnies d’artillerie soigneront les magasins et commenceront à arranger les plates-formes pour mettre les pièces en batterie. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Il est nécessaire que vous nommiez un colonel ou chef de bataillon pour commander la place de Saint-Denis, et qu’une compagnie d’artillerie de marine s’y rende avec huit pièces de canon et y travaille à l’établissement des batteries. Le commandant prendra le commandement de la garde nationale, non-seulement de Saint-Denis, mais des villages voisins, de manière à réunir, en cas d’alarme, sans rien tirer de Paris, 1 500 à 2 000 hommes de la sous-préfecture de Saint-Denis. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Donnez ordre qu’il soit formé aux Invalides deux compagnies de canonniers, qui s’exerceront de manière que, le 10 juin, elles puissent aller, l’une, caserner à Montmartre avec huit autres pièces de canon, et la seconde, s’établir dans la couronne, du côté de Belleville. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Je crois que trois grands chemins traversent le canal, depuis le bassin de l’Ourcq jusqu’à son embouchure à Saint-Denis ; on mettra, dès lundi 5 juin, des canons à chacune de ces routes et quatre pièces à l’embouchure du canal, du côté de l’Ourcq. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">D’ici au 5 juin, il sera placé quatre pièces de canon à la redoute de la barrière du Trône, entre Vincennes et Paris. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Ainsi ces dispositions feront un premier emploi d’une batterie à Saint-Denis, d’une batterie le long du canal Saint-Denis, d’une batterie à Montmartre, de trois batteries dans les ouvrages de Belleville, d’une batterie dans les ouvrages de Montreuil et d’une batterie dans les ouvrages de la barrière du Trône ; total, huit batteries ou soixante-quatre pièces. Je désire voir toutes ces pièces en position, que les ouvrages soient faits ou non, et avec leurs magasins établis mardi 6, pour en passer la revue. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Voyez si on ne pourrait pas former aux Invalides quatre compagnies de canonniers, qu’on exercerait sur-le-champ au canon. Je désire que ce mouvement commence lundi prochain 29, et soit achevé, comme je viens de le dire, au 5 juin, parce que je voudrais que cela se fît avant les hostilités, afin que, l’opération se continuant ensuite jusqu’au 15 juin, il n’en résulte aucune inquiétude ni commotion dans l’opinion. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Faites-moi connaître quand les pièces de la marine du Havre arriveront. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Donnez ordre au général Hulin, commandant la place, au général Durosnel, commandant la garde nationale, au général Darricau, commandant les tirailleurs, et aux généraux d’artillerie et du génie, de se réunir et de dresser procès-verbal de l’armement qu’on doit établir sur chaque point, de régler ainsi l’emplacement de toute l’artillerie, et enfin d’arrêter la distribution des légions et des tirailleurs entre les postes qu’ils doivent défendre. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Donnez ordre également que, le lundi 5 juin, les pièces d’artillerie de 8 et de 4 soient réunies sur l’emplacement des Invalides, où on établira le parc de ces pièces irrégulières. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Je pense que la première opération de l’armement doit être de placer, à chaque saillant, des pièces de gros calibre, supérieur à celui de 12 et sur affût marin ; ensuite de placer, sur les flancs, des pièces de 6 de siège, sur affût marin ou autre ; enfin de disposer des batteries mobiles de campagne, qu’on puisse porter le long de chaque ligne. Montmartre est à peu près à l’abri de toute attaque, de sorte que je pense qu’une batterie mobile de huit pièces y sera suffisante, avec une trentaine de pièces de siège. On n’y a besoin d’artillerie que pour battre dans la plaine et protéger des troupes qui se rallieraient sur la hauteur. Il n’en est pas de même des ouvrages de la butte Chaumont et de Ménilmontant. Ces ouvrages, qui ont 2 000 toises de développement, sont faibles en beaucoup de points. On ne pourra les bien défendre que par de l’artillerie. Il faut que tous les saillants et même les flancs soient armés de pièces de siège ; qu’on ait, en outre, six batteries ou quarante-huit pièces de canon mobiles, qui puissent se porter sur les points qui seraient plus sérieusement attaqués. Saint-Denis doit avoir besoin au moins de vingt pièces de siège et de deux batteries mobiles. Indépendamment de l’artillerie qui sera placée dans toutes les redoutes, et qui sera de l’artillerie de siège de la marine, ou toute autre, on a besoin, pour parcourir la ligne du canal, au moins de quatre batteries. Indépendamment de l’armement de toutes les redoutes, depuis Charonne jusqu’à la Seine, qui seront armées avec de l’artillerie de siège, il faut aussi quatre batteries pour parcourir cette ligne. Cela fera donc l’emploi de dix-sept batteries mobiles ou environ cent trente-six pièces de canon. Il faut, après cela, deux pièces de campagne à chaque barrière. Sur la rive gauche, il faudra aussi deux pièces de campagne à chaque barrière, mais on y mettra des pièces de 4 du parc des Invalides. Nous avons, à Vincennes, cent cinquante pièces de campagne sans affût : il faut s’en procurer, en faire venir des ports et autres lieux où il y en a, ou en mettre sur-le-champ en construction à Paris. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Défense du territoire qui couvre Paris</p> <p style="margin-bottom: 0cm">La défense de Meaux, de Melun, la tête de pont à établir à Trilport, la défense de Château-Thierry, de Nogent, de Montereau, d’Arcis-sur-Aube, doivent être sous votre commandement immédiat et sous les ordres du lieutenant général de la division. Chargez une commission d’officiers d’artillerie et du génie d’établir sur-le-champ la défense de ces différents points. Il faudra un commandant à Meaux, et de l’artillerie. La sous-préfecture de Meaux fournira, sur la levée en masse, 3 ou 4 000 hommes, pour tenir garnison quand l’alarme sera sonnée dans les environs. Le pont de Nogent est de la plus haute importance. La sous-préfecture y fournira 3 000 hommes de sa levée en masse. Celle de Montereau en fournira autant pour la défense de son pont. La même chose aura lieu pour Sens. La sous-préfecture d’Arcis-sur-Aube fournira également 3 000 hommes de sa levée en masse pour la défense des redoutes qui seront construites sur ce point important. Il est donc nécessaire de faire former d’avance des compagnies d’artillerie de gardes nationales à Meaux, à Nogent, à Sens, à Montereau, etc., et d’envoyer le plus tôt possible un obusier et deux pièces dans chacun de ces endroits, pour que ces canonniers puissent s’exercer aux manœuvres. </p> <p style="margin-bottom: 0cm">Je désire que les plans qui seront arrêtés pour la défense de Meaux, de Nogent, de Montereau, de Melun, d’Arcis-sur-Aube, etc., me soient remis.[^5] </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Np</i></h3> [^1]: Durosnel. [^2]: Darricau. [^3]: Ce général ne sera pas nommé. [^4]: Chargé du renforcement des fortifications. [^5]: Expédition, collection privée [en microfilm aux Archives nationales, 398 Mi] (minute, Archives nationales, AF IV 908, mai 1815, n° 288). [C 21973]</body>