CG15-38519.md

identifiantCG15-38519.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1814/03/14 00:00
titreNapoléon à Cambacérès, archichancelier de l’Empire
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38519. - </b>À Cambacérès, archichancelier de l’Empire</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Reims, 14 mars 1814, 10 h. du matin</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, il a été question de faire des adresses pour me demander la paix<sup>[^1]</sup>. Cette idée qui est un véritable crime n’a pas pu être ignorée de vous : pourquoi ne me l’avez-vous pas fait connaître et comment n’avez-vous pas fait connaître aux autres combien cette idée était criminelle et propre à faire mauvais effet sur l’opinion, sur l’étranger et sur moi. Est-ce qu’il y aurait quelqu’un assez fou pour supposer qu’ayant toute la responsabilité et les dangers des affaires, je voulusse en laisser la popularité à un autre ? Y aurait-il encore quelqu’un qui voudrait se dire le 1<sup>er</sup> citoyen de Paris. Si ces idées sont venues, comment n’avez-vous pas fait ouvrir les yeux sur l’impossibilité et même le danger personnel qu’on encourt dans de pareilles démarches ? Miot<sup>[^2]</sup> et Jaucourt<sup>[^3]</sup> ont-ils perdu la tête. Jaucourt se croit-il encore conseiller de Mademoiselle d’Alby<sup>[^4]</sup> ? Mon Dieu ! Que tout cela est bête ! Je vous en parle parce qu’il ne m’a pas échappé à la lecture du procès-verbal du conseil des ministres que le ministre d’État Regnaud<sup>[^5]</sup> voulait faire une adresse et qu’à ce sujet vous l’avez rappelé fortement à l’ordre. Je n’avais besoin que de me rappeler votre parfaite mesure, pour savoir d’avance ce que vous feriez dans cette circonstance. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous pouvez vous en expliquer auprès du Roi, qui paraît se tromper et surtout auprès de l’Impératrice dont le tact est de beaucoup supérieur à celui de tous ces messieurs, mais qui cependant doit empêcher toutes ces ridicules intriguailleries. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne sais trancher tous ces petits nœuds gordiens qu’à la manière d’Alexandre ; cette manière est toujours favorable à l’Empire. Il faut la prévenir, et c’est à vous à le faire en leur faisant connaître qui je suis : qu’on sache bien que je suis plus qu’à Austerlitz. Tous ceux qui jugeraient de moi par eux feraient un calcul dont ils seraient la dupe. Si l’adresse projetée m’était arrivée, je ferais arrêter le Roi et le ferais mettre à Vincennes parce que cette adresse ne se pouvait pas se faire sans l’ordre de la Régence et sans le désir de se populariser à mes dépens. Je suis l’homme de la Nation : personne ne m’en séparera jamais ; je sais mon pouvoir sur elle et me moque de toutes les petites coteries. Le mouvement de ces petites molécules organiques n’aurait d’autre résultat que de me faire de la peine et de produire leur perte. Quelques avis de vous à Miot, à Jaucourt et autres ne peuvent avoir qu’un bon résultat. Je commande la garde nationale ; je n’entends pas qu’on la cajole ; elle fera ce que je veux et je n’ai pas besoin d’intermédiaire. Le peuple des faubourgs et des boutiques se fera toujours gloire de faire ce que je voudrai et les hommes qui voudront faire les petits tribuns, ne feront jamais rien devant moi qui suis tribun et dictateur ! Tous les mouvements d’une machine comme Paris sont connus de l’étranger et tous les mouvements du château sont connus de la halle : aussi me revient-il que le mouvement du château est mauvais. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Le Roi ne sent pas le danger de tout cela : c’est à vous à l’éclairer avec l’adresse et les ménagements convenables.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J’ai fait connaître mon mécontentement au Roi sur les adresses projetées, il m’a répondu qu’il n’avait jamais été question d’adresses et en cela, il a menti ; ce qui est pour moi une nouvelle raison de suspicion. Je n’ai pas besoin d’embarras mais qu’on sache bien qu’avec la force de caractère que la nature m’a donnée et quelques grandes que soient les circonstances, tous ces embarras ne me sont rien, j’ai tout prévu. Je m’attends à tout ; il n’est qu’une seule peine qui attaquerait encore mon cœur : c’est si l’on égarait l’Impératrice dans les sentiments qu’elle me porte. Mais le bon esprit de cette excellente princesse et aussi les conseils que vous pouvez lui donner quelquefois la mettront à l’abri de toute fausse direction. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Dites au Roi, en forme de conversation, que hors de la vérité et d’une marche simple qui soit entièrement dans mes eaux, il n’y a pas de salut et que, qui que ce soit qui voudra acquérir de la popularité à mes dépens, en sera la dupe et perdra entièrement mes affections.<sup>[^6]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Np</i></h3> [^1]: L’affaire lui a été révélée par Marie-Louise (voir ci-dessus, n° 38513 et ci-dessous, n° 38528). [^2]: André-François Miot, comte de Melito, ancien diplomate et intendant de la maison de Joseph, dont il a aussi été le ministre à Naples. Miot a réintégré le conseil d’État, en janvier 1814. [^3]: François-Arnail de Jaucourt, ami de Talleyrand, ancien conseiller et chambellan de Joseph, très critique contre Napoléon depuis le début de la campagne. [^4]: <span></span> Personnage du roman « Adolphe et Valentine », roman moral de M<sup>me</sup> de Genlis. [^5]: Régnaud de Saint-Jean-d’Angely, en charge des affaires de la famille impériale, membre du Sénat conservateur et conseiller écouté. [^6]: Expédition, collection privée.</body>