CG15-38511.md

identifiantCG15-38511.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1814/03/13 00:00
titreNapoléon à Cambacérès, archichancelier de l’Empire
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38511. - </b>À Cambacérès, archichancelier de l’Empire</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Soissons, 13 mars 1814</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, je reçois votre lettre. Je suis surpris qu’un homme de votre expérience, qui me connaît depuis 20 ans, m’écrive de pareilles choses. Croyez-vous que je sois tombé en quenouille et que je sois assez faible pour que l’opinion de 2 à 3 badauds influe sur la mienne ? J’estime et j’aime le duc de Conegliano ; mais s’il était entré dans mes calculs d’envoyer le duc de Padoue<sup>[^1]</sup> et Ornano, ce qu’on m’aurait dit que cela pourrait déplaire, en m’aurait donné que plus de motifs de les envoyer. Sachez bien que quels que soient les circonstances et les événements, tant que je vivrai, je commande. Comment avez-vous pu croire de telles absurdités ? La seule raison du pays de naissance de ces deux généraux m’a ôté cette idée ! La peur vous a ôté le jugement. L’Impératrice a plus d’esprit que vous autres. Elle a refusé d’envoyer Méneval ou Molé me parler de paix. Elle a bien fait. Je les aurais renvoyés de ma chambre. Je ne puis voir que faction et l’idée de se rendre populaire dans la supposition que je ne veux pas la paix. D’ailleurs comme tout se sait, cela fait mal dans l’opinion et chez l’étranger. Est-ce qu’on ne peut pas m’écrire tout ce qu’on veut ? Qu’aurait pu me dire Molé, qui probablement ne connaît pas mes affaires mieux que moi ? </p><p style="margin-bottom: 0cm">J’ai su également bon gré à l’Impératrice d’avoir continué de passer par le souterrain et de n’avoir pas adhéré aux conseils du Roi qui prétendait que cela avait l’air d’avoir peur. L’Impératrice n’est pas une actrice : c’est son attachement à la France et à son mari qui doivent la faire aimer et estimer du public et non les détails de sa vie privée. Comment le roi pense-t-il ainsi à changer les habitudes du palais. C’est désavouer ce que j’ai fait. Vous allez voir qu’il fallait que Mesdames Miot et Jaucourt<sup>[^2]</sup> revinssent de Madrid pour nous apprendre ce que veut l’opinion et ce que je dois faire. Tout cela n’est que de petites choses mais cela me ferait craindre pour le sort de la France si le roi régnait un jour ! Car avec de la faiblesse on va à l’échafaud et c’est en parlant sans cesse à Louis XVI de la nécessité de plaire au peuple et de céder à l’opinion qu’on a perdu ce prince ! C’est aux peuples à plaire à leur souverain et non aux souverains à plaire au peuple ; il suffit que le souverain soit juste et fasse le bien de son peuple. </p><p style="margin-bottom: 0cm">À ce qu’il me semble l’Impératrice n’a pas besoin de vos conseils, cependant je crois devoir vous faire connaître que vous devez en toutes choses lui dire de ne pas s’éloigner de sa manière accoutumée ; elle est parfaite et me plaît, ce qui vaut mieux que de plaire au public et ce qui d’ailleurs n’a pas mal réussi ; qu’elle ne change donc absolument en rien aucune de ses habitudes. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Mon intention est même qu’elle tienne le Roi à une distance convenable. Elle est trop jeune pour pouvoir faire autrement. Vous voyez la confiance que j’ai en vous. Tout cela doit servir de règle à votre conduite. Je vous passe votre peur, dont j’espère que vous serez bientôt guéri ; vous vivrez tranquillement et sans orage le reste de vos jours possédant mon estime et mon entière confiance pour vos bons services pendant 20 années. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Tâchez de persuader au roi que la manière de me conduire ne sera jamais de me faire peur du public ; que je ne crains pas, que je me moque des 6 000 personnes qui font l’opinion à Paris ; et que je sais mes relations et ma manière d’être avec 39 <i>994</i> 000 habitants des provinces et des campagnes. Voilà ce que vous ne savez pas assez : le roi ignore sans doute que je ne suis pas un homme nouveau en France !<sup>[^3]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Nap</i></h3> [^1]: Des rumeurs parisiennes, relayées par Cambacérès, colportaient qu’Arrighi de Casanova, commandant la réserve de Paris, devait remplacer Moncey à la tête de la garde nationale. Rumeurs qui avaient été accueillies très négativement. [^2]: Napoléon vise ici très dédaigneusement deux conseillers très proches de Joseph et non leurs épouses. [^3]: Expédition, collection privée.</body>