CG15-38394.md

identifiantCG15-38394.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1814/03/02 00:00
titreNapoléon au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire de l’Empereur au congrès de Chatillon
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38394. - </b>Au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire de l’Empereur au congrès de Chatillon</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">La Ferté-sous-Jouarre, 2 mars 1814<sup>[^1]</sup></h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de Vicence, je reçois votre lettre du 27. Vous trouverez ci-jointe l’esquisse de la déclaration que vous devez faire. Vous pouvez l’adoucir, en changer les termes, mais conservez le fond.<sup>[^2]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.42cm"><i>Nap</i></p><p style="text-align: left; margin-top: 0.42cm; font-variant: small-caps">Projet de note</p><p style="text-align: left; margin-top: 0.42cm; font-variant: small-caps"><br/> <br/> </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Le soussigné a reçu de son gouvernement l’ordre de déclarer que la note qui a été remise par les plénipotentiaires des alliés, n’étant pas une proposition de paix mais une capitulation, et contenant des choses contre la dignité et l’honneur de la France, ne pouvait pas servir de base à la négociation ; que la vraie base de toute discussion était dans les propositions remises à Francfort par M. de Metternich, lord Aberdeen, M. de Nesselrode et au nom du chancelier Hardenberg, et qui, par l’acceptation de la France, se trouvent avoir la force d’une affaire conclue. Le soussigné a reçu ordre de joindre ici copie de ces propositions. Il est toutefois chargé<sup>[^3]</sup> de renouveler la déclaration que, dans aucun cas, la France ne renoncera à ses limites naturelles, comprises, comme l’ont très bien établi le prince de Metternich, le comte de Nesselrode et Lord Aberdeen, entre le Rhin, l’Océan, les Alpes et les Pyrénées, les alliés convenant que la France doit conserver le rang qu’elle avait parmi les puissances avant la Révolution ; les accroissements qu’elle a obtenu depuis sont beaucoup moins que l’équivalent de ce que la Russie, l’Autriche et la Prusse ont acquis par le partage de la Pologne, la sécularisation des évêchés d’Allemagne et la réunion de Venise à l’Autriche, et les acquisitions faites par l’Angleterre de l’île de Malte, d’une portion des colonies hollandaises et de toute l’immense presqu’île de l’Inde.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">L’Angleterre ne fait à la France aucune cession en lui donnant Pondichéry et les comptoirs des Indes, sans lui donner l’île de France et de la Réunion<sup>[^4]</sup>. Sans elles, la France ne retirerait aucun avantage de ces comptoirs, et elle y renoncerait. L’Angleterre conservant la possession des Saintes, celle de la Guadeloupe serait onéreuse pour la France. L’Angleterre garde Tobago. Ainsi, au lieu de ces restitutions que l’Angleterre a annoncé avec tant d’éclat vouloir faire à la paix générale, elle devait dire qu’elle ne restituera que la Martinique, petite île d’une importance secondaire pour la France, surtout depuis que le sucre est devenu pour elle une production indigène. Ce ne sont pas là les restitutions qu’elle a faites à la paix d’Amiens. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Toutes les puissances d’Europe devant être indépendantes, toutes, savoir l’Espagne, la Suède, le Danemark, la Bavière, la Saxe, le Wurtemberg, la Suisse, etc., doivent être représentées au congrès, à moins que ces puissances ne préfèrent, pour éviter des délais, donner leurs pleins pouvoirs aux ministres d’Autriche, de Russie, de Prusse ou d’Angleterre. Mais la France ne saurait reconnaître l’espèce de suprématie qui résulterait de toute autre manière de procéder, au profit des quatre puissances alliées sur les autres puissances de l’Europe, et qui exclurait la France du système européen<sup>[^5]</sup>. Ce ne serait donc que comme leurs délégués que les plénipotentiaires des quatre puissances pourraient représenter des puissances indépendantes, ce qui est conforme au principe des bases de Francfort, auquel la France a adhéré : qu’aucune puissance ne s’arrogera de suprématie directe ou indirecte sur les autres.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Personne ne veut plus la paix que la France, puisque personne, par la réunion de toutes les puissances contre elle, n’en a plus besoin. Mais le soussigné est chargé de déclarer que, quels que soient les maux qui pèsent sur la nation française et l’urgence des circonstances, rien ne la portera à faire quelque chose qui dégrade son caractère national, et puisse la faire déchoir du rang qu’elle a occupé dans le monde depuis tant de siècles.</p><p style="text-indent: 0.64cm; margin-bottom: 0cm">Lorsque l’Europe, après avoir vu les bases de Francfort, d’abord énoncées dans la Note des ministres des puissances alliées, puis dans la déclaration que les cours alliées ont publiée à Francfort, enfin dans les proclamations du prince de Schwarzenberg, et, de plus, acceptées par la France, connaîtra la capitulation déshonorante que les plénipotentiaires ont ensuite offerte à la nation française<sup>[^6]</sup>, elle jugera que ce n’est pas pour établir l’équilibre européen et donner une paix solide au monde que les puissances se sont coalisées, amis pour déshonorer ou détruire une nation de trente millions d’habitants.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p> [^1]: Sur la minute (Archives nationales, AF IV 906, mars 1814, n° 5) est noté : « Portée par M. de Rumigny parti de La Ferté le 3 mars. » [^2]: Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1792. [C 21407] [^3]: Biffé : « de ces propositions. Il est toutefois chargé de déclarer que dans aucun cas la France ne céderait Anvers ni la Belgique. Sans Anvers ni la Belgique, la France ne serait plus qu’une puissance de second ordre et n’aurait que la moitié de la puissance relative qu’elle avait avant la Révolution, puisque le partage de la Pologne, la sécularisation des évêchés d’Allemagne, la destruction de Venise et les immenses acquisitions que l’Angleterre a faites aux Indes ont doublé la puissance de l’Angleterre, de la Russie, de l’Autriche et de la Prusse. » [^4]: Biffé : « sans lui donner l’île de France et la Réunion [biffé : Pondichéry], comme si elle ne lui donnait rien et dès lors la France renoncerait à ces cessions. En donnant la Guadeloupe et en gardant les Saintes, c’est comme si l’Angleterre ne donnait rien. L’Angleterre garde Tobago. Il ne reste donc que l’île de la Martinique qui est un objet de bien peu d’importance pour la France surtout depuis que le sucre est devenu pour elle un produit indigène. Si l’Angleterre ne veut pas restituer toutes les colonies françaises, entièrement et absolument, telles qu’elles étaient à la paix d’Amiens, de fait elle ne restitue rien. Du reste le soussigné est chargé de déclarer que toutes les puissances de l’Europe devant être indépendantes » [^5]: Biffé : « Il est donc nécessaire que les dites puissances soient admises au congrès ou qu’au moment de la signature les plénipotentiaires des 4 puissances alliées puissent présenter les pouvoirs de ces souverains. » [^6]: <span></span> Biffé : « Elle jugera qui a voulu prolonger les maux du monde et qui a voulu les terminer. Il est également important à la France de connaître si, tandis qu’elle renonce à ses droits sur la Hollande, comme elle l’a fait en acceptant les bases de Francfort, l’Angleterre restituera à la Hollande toutes ses colonies, ou si les restitutions à cette puissance seront aussi illusoires que celles qu’elle veut faire à la France. Anvers et la Belgique est le <i>sine qua non</i> de toute négociation. »</body>