| identifiant | CG15-38386.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1814/03/01 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38386. - </b>Au général Clarke, ministre de la Guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Jouarre, 1<sup>er</sup>
mars 1814</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de Feltre, je suis
arrivé aujourd’hui, à deux heures après midi, à Jouarre.
L’ennemi a repassé sur la rive droite de la Marne, mais je suis
arrivé à temps pour faire canonner son arrière-garde et lui
enlever 3 ou 400 hommes et quelques voitures de bagages. Je verrai ce
qu’on pourra faire demain. Je ne sais pas bien encore la direction
que l’ennemi a prise.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites-moi passer l’état détaillé
de ce que la Garde a envoyé au duc de Trévise en infanterie,
cavalerie et artillerie, ainsi que la ligne.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous aurez reçu le décret par lequel
je lève des gardes nationaux, acompte sur la levée en masse. J’en
ai demandé 3 000 dans l’Aube, 3 000 dans l’Yonne et
autant dans Seine-et-Marne : c’est donc dix-huit cadres de
bataillons qu’il faut que vous envoyiez.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites-en lever autant dans le Loiret,
à Chartres et dans les autres départements où l’ennemi a été.
Dans ces départements, on est prêt à tout ; on demanderait le
double d’hommes qu’on les aurait sur-le-champ.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous aurez donc besoin de beaucoup de
cadres ; c’est ce qui me porte à désirer que vous ordonniez
au duc de Raguse d’incorporer dans ses anciens cadres tous les
nouveaux bataillons que vous lui avez envoyés, en vous renvoyant les
cadres des bataillons. Il en sera ainsi de tout ce que vous aurez
envoyé à Lagny et à Saint-Maur. Vous me rendrez compte de cette
opération. Cela vous donnera quelques bataillons disponibles. Le duc
de Raguse peut aussi fournir six cadres pour la levée de Meaux, et
le duc de Tarente six pour la levée de Troyes. Pour l’Orléanais
et Chartres, il faudrait y envoyer six cadres de Paris. Faites-moi
connaître vos ressources là-dessus.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ces gardes nationaux de la levée en
masse sont une chose très importante et qui n’offrira aucune
difficulté ; car comme je le répète, on trouverait 50 000
hommes dans le département de l’Aube, si on le voulait.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Concertez-vous avec le ministre de
l’Intérieur pour, outre cela, organiser des gardes nationales
sédentaires.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Étendez la mesure de la levée en
masse aux départements de l’Yonne, de la 7<sup>e</sup> division<sup>[^1]</sup>
et de la Bourgogne, au fur et à mesure que l’ennemi en est chassé.
Vous sentez qu’il vous suffira d’abord d’avoir deux ou trois
cadres pour chaque département, et successivement on les complétera.
Je ne doute pas que la même mesure ne puisse s’opérer dans
l’Aisne, le Nord et le Pas-de-Calais ; car, partout où
l’ennemi a été, on peut faire ce qu’on veut. Les gardes
nationales ne sont bonnes que quand les cadres sont de troupes de
ligne et sont pleins ; quand ils n’en sont pas, c’est pitié
que les gardes nationaux, car sans officiers et sans cadres on n’a
réellement que de la canaille<sup>[^2]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si les gardes nationaux de Meaux
voulaient s’incorporer, aux mêmes conditions, dans le corps du duc
de Raguse, il faudrait les y incorporer.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Écrivez la même chose au duc de
Reggio et au duc de Tarente, que tous les gardes nationaux qui
voudraient s’incorporer dans leurs corps, ils les y incorporent,
avec la condition qu’ils seront licenciés le jour où notre
territoire sera affranchi.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant aux fusils, il y en a en
Piémont ; j’ai ordonné au prince Borghèse d’en envoyer
10 000. Je lui ai aussi ordonné d’envoyer une division de 7 à
8 000 hommes à Chambéry. Le prince de Lucques<sup>[^3]</sup>
a amené 3 000 hommes à Gênes. Le prince Borghèse a mal
compris mon ordre ; il a cru qu’il devait envoyer la division
au vice-roi ; faites-lui connaître mes intentions : c’est
sur Chambéry qu’il faut envoyer ces forces ; le vice-roi a
suffisamment de troupes. Après les succès que j’ai obtenus, le
roi de Naples ne bougera pas.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ordonnez qu’on traite pour les
garnisons de Rome.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faut faire venir toutes ces
garnisons à Chambéry<sup>[^4]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à la Catalogne, écrivez au duc
d’Albufera qu’il traite avec les Espagnols pour rendre toutes les
places, à la condition qu’ils rendront toutes les troupes. Il ne
traitera pas cependant pour Figuières. Cette opération est très
importante, car elle nous donnera beaucoup de vieilles troupes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je suppose que vous avez réitéré les
ordres pour que le duc d’Albufera envoie encore une division à
Lyon.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Réitérez l’ordre au général
Maison d’agir avec plus d’activité et de résolution, d’avoir
un corps volant de 4 ou 5 000 hommes, de réunir successivement
toutes les garnisons et de tomber sur les derrières de l’ennemi.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Envoyez l’ordre au commandant de
Metz<sup>[^5]</sup>
de sortir, de réunir toutes les garnisons et de tomber sur les
derrières de l’ennemi.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Envoyez le même ordre à Mayence : les
paysans y entrent comme ils veulent.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Concertez-vous avec le ministre de la
Police pour envoyer, par duplicata et triplicata, ces ordres aux
différents commandants des places. Il faut que toutes les garnisons
se réunissent, car l’ennemi laisse très peu de monde devant les
places.<sup>[^6]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.42cm">Napoléon</p>
[^1]: <span></span> La 7<sup>e</sup> division militaire, Grenoble, commandée par Jean Gabriel Marchand depuis le 15 janvier 1814.
[^2]: <span></span> La <i>Correspondance</i> (n° 21403) publiait : « rien de bon ».
[^3]: Félix Baciocchi, époux d’Élisa, sœur de Napoléon.
[^4]: La ville, qui avait été prise le 20 janvier 1814 par les Autrichiens, a été reconquise par Marchand et Dessaix le 19 février 1814.
[^5]: Durutte.
[^6]: <span></span> Copie d’expédition, S. H. D., Guerre, 17 C 329 (minute, Archives nationales, AF IV 906, mars 1814, n° 1) [<i>C</i> 21403]</body> |
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