| identifiant | CG15-38341.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1814/02/26 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire de l’Empereur au congrès de Chatillon |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38341. - </b>Au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire de l’Empereur au congrès de Chatillon</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Troyes, 26 février 1814</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de
Vicence, j’ai reçu vos dépêches du 24 février, qui ne me
sont arrivées qu’aujourd’hui 26. Un autre courrier arrive avec
vos dépêches du 25 au soir ; mais celles-ci ne sont pas
encore déchiffrées.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne veux pas perdre
un moment pour vous faire connaître que vous pouvez donner les plus
fortes assurances que non seulement lord Castlereagh sera respecté,
mais encore tous les Anglais et étrangers, quels qu’ils soient,
qui seraient munis d’un sauf-conduit de sa part ; que ses
communications avec Calais n’éprouveront aucun empêchement ;
que, si elles ont éprouvé quelques retards jusqu’ici, ce n’a
été que par représailles ; que j’ai ordonné que la garde
nationale de Châtillon ferait le service de la ville, et qu’aucune
troupe n’entrera à Châtillon, à moins que les membres du congrès
ne le demandent ; que notre manière de faire n’est en rien
semblable à celle des Russes et des Autrichiens, que tout ce qui
vient sous le nom sacré de la paix a droit à nos yeux aux plus
grands respects et aux plus grands égards ; et que, quand même
les négociations viendraient à manquer, si lord Castlereagh jugeait
plus convenable de revenir de sa personne par Calais pour gagner
quelque vingt-quatre heures et arriver plus tôt pour l’ouverture
du parlement, il en serait le maître ; vous pouvez lui en
donner toute assurance.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne veux pas même
envoyer un commandant à Châtillon. Je fais écrire par le duc de
Tarente au maire que je lui donne le gouvernement de la ville, et que
je désire qu’il envoie le nom de la personne qui peut commander la
garde nationale, afin que je le brevette.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dites aussi à M. de
Stadion que les communications de leur quartier général avec
Châtillon n’éprouveront aucun obstacle, et qu’ils passeront
sans aucun détour, même au milieu d’une bataille, sauf à
prendre, dans ce cas extraordinaire, les précautions que prescriront
les usages de la guerre. Faites-leur sentir, dans le billet que vous
leur écrirez, que nos courriers ont quelquefois mis huit jours pour
nous arriver.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Tâchez de profiter de
cette circonstance pour aborder la négociation. Vous devez avoir
reçu, à l’heure qu’il est, la copie de ma lettre à l’empereur
d’Autriche<font color="#0000ff"><u><a href="#___N1"><sup>1</sup></a></u></font> ;
c’est une pièce secrète qui ne doit pas être connue ; mais
vous avez reçu aussi copie de la lettre du prince de Neuchâtel au
prince de Schwarzenberg<sup>[^1]</sup> ;
celle-ci peut être considérée comme pièce ministérielle.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si l’on veut finir,
on peut finir bien vite ! Épargner bien des malheurs et
peut-être un revirement de choses qui serait très funeste aux
alliés. Les bases de Francfort, voilà ce que j’ai accepté et ce
que la nation a approuvé.</p><p style="margin-bottom: 0cm">En parlant à lord
Aberdeen, dites que, dans aucun cas, nous ne céderons ni Anvers, ni
la Belgique.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Enfin tâchez de faire
marcher la négociation.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Flahaut est toujours à
Lusigny, où on discute les limites de l’armistice. L’ennemi a
proposé une ligne ; nous en proposons une autre ; il est
douteux qu’on s’arrange.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Nos troupes sont à
Bar-sur-Aube.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Blücher s’est porté
du côté de Sézanne ; le prince de la Moskova passe l’Aube à
Arcis pour tomber sur ses derrières.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Laissez croire que mon
quartier général est à Vendeuvre.<sup>[^2]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3>
[^1]: « Au prince de Schwarzenberg, commandant en chef l’armée autrichienne. Mon Prince, j’ai reçu votre lettre du 17. On a trompé Votre Altesse. Non seulement la paix n’a pu être signée le 16, mais toute la négociation rétrograde ; de sorte qu’au lieu de présenter les conditions proposées à Francfort par le prince de Metternich, le comte de Nesselrode et lord Aberdeen, que l’Empereur a acceptées et que la nation française a unanimement adoptées comme son ultimatum, on propose à l’Empereur des conditions déshonorantes et d’effacer la France du nombre des puissances maritimes. Cela n’est point conforme à la proclamation que vous avez faite en entrant en France ni à la déclaration des puissances alliées, et moins encore aux intérêts de votre monarchie. Mais ces questions, mon Prince, ne regardent ni vous ni moi. J’envoie à Votre Altesse une lettre de Sa Majesté pour l’empereur votre maître : je vous prie, mon Prince, de faire en sorte que S. M. l’empereur d’Autriche la reçoive directement. Ce prince peut, d’un mot, tout terminer. Militaires blanchis sous le harnais, personne ne sait mieux que nous ce que l’on peut attendre de l’inconstance de la fortune. Je sais que l’Empereur dit dans sa lettre que son armée est plus nombreuse en infanterie, cavalerie et artillerie que la vôtre. Cette assertion vous paraîtra singulière, mais elle est extrêmement vraie, même quand vous mettriez en ligne de compte les restes des armées d’York, de Kleist et de Blücher, sur un champ de bataille que vous auriez choisi. Indépendamment de cela, Prince, les atrocités de tout genre commises par les Cosaques et les Russes ont porté l’exaltation de Paris et de la France à l’excès. 200 000 hommes et cinq cents pièces de canon sont sous la capitale ; les hauteurs et les portes sont retranchées, et plus de 8 000 anciens officiers de ligne dirigent cette population armée. Finissons donc cette lutte, mon Prince ; rendons un calme durable à l’Europe : Votre Altesse peut y contribuer. Elle pensera que tout ce qui avilirait trente millions d’hommes, qui n’ont jamais passé pour des lâches, serait de peu de durée si la paix qui se fera n’était pas fondée sur les bases de Francfort. Est-ce pour assouvir la vengeance mal calculée de la Russie et la politique égoïste de Londres que vous devez verser encore le plus pur de votre sang ? N’avez-vous pas assez gagné, lorsqu’en une campagne vous avez acquis l’Allemagne, l’Illyrie, les provinces vénitiennes, les provinces polonaises, et réorganisé la Prusse ? Ne pensez-vous pas qu’il ne peut être dans l’intérêt bien entendu de l’Autriche de vouloir plus ? En continuant la guerre, n’y aurait-il pas de chances pour qu’elle eût moins ? N’êtes-vous pas moins forts sur la Seine que quand vous étiez sur la rive droite du Rhin ? Quelle que soit, au reste, la résolution de votre souverain, elle ne peut rien changer à la haute estime et à l’attachement que je vous porte, ainsi qu’au parti que nous avons pris de mourir plutôt que de voir la paix faite sur d’autres bases que celles de Francfort. Ce sentiment n’est pas seulement celui de l’Empereur, mais c’est celui de son armée et de toute la nation. Ce serait de ma part une jactance déplacée, si je parlais à Votre Altesse d’éviter une bataille contre une armée nombreuse et exaspérée, dont tous les soldats sont résolus à vaincre ou à mourir ; mais je me permets de vous rappeler que, par les conditions de Francfort, l’Autriche se trouve avoir beaucoup plus que ce que vous m’avez dit vous-même qu’elle désirait. Votre position est belle ne serait-il pas sage de la conserver en renonçant à une continuation d’hostilités qui vous soumet aux chances de la guerre ? Je dois, mon Prince, vous entretenir d’un objet particulier. On met obstacle à nos communications directes avec Châtillon. Il est des courriers qui ont été perdus ; il en est qui ont été près de six jours pour arriver, soit en allant, soit en revenant. Quelle importance peut-on trouver à ces entraves ? Qu’est-ce que peut voir un courrier ? Du canon et des troupes. Mais lorsque vous êtes dans notre pays, comment ne saurions-nous pas où vous êtes et ce que vous êtes ? C’est donc s’écarter sans motifs du droit des gens et retarder la marche des négociations. Le prince vice-connétable, major général des armées françaises, Alexandre. Nogent, 22 février 1814. »D’après la copie. Archives des affaires étrangères.
[^2]: Expédition, Archives du Ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1792 (copie, Archives du Ministère des Affaires étrangères, Desages, tome 3). [C 21383]</body> |
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