CG15-38307.md

identifiantCG15-38307.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1814/02/23 00:00
titreNapoléon à Joseph, lieutenant général de l’Empereur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38307. - </b>À Joseph, lieutenant général de l’Empereur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Châtres près Méry, 23 février 1814, deux heures après-midi</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, j’ai reçu vos lettres du 22. Je vois avec peine que vous vous faites toujours des tableaux. La plupart des faits que contient votre lettre ne sont pas exacts. L’ennemi n’est pas à Amiens ; le duc de Dalmatie n’a pas commencé sa retraite ; que le comte d’Artois soit à Bâle, c’est une très vieille nouvelle ; qu’il y ait 300 révoltés dans le Comtat, ce n’est pas sûr, et c’est d’ailleurs de peu de conséquence. Au surplus, il y a remède à tout avec du courage, de la patience et du sang-froid ; il n’y en a pas quand on réunit tous les faits pour en former des tableaux et qu’on se bouleverse l’imagination. Cette manière de voir n’est propre qu’à faire naître le découragement et le désespoir.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Mon avant-garde doit être en ce moment à Troyes, où je serai moi-même dans deux heures. Les alliés se retirent à Vendeuvre<sup>[^1]</sup>. Le prince de Schwarzenberg vient de renouveler la demande d’un armistice. J’ai autorisé la réunion de commissaires pour voir si l’on peut s’entendre. Ils paraissent craindre une bataille générale et ses suites. Wintzingerode, Sacken, York et Blücher ont passé l’Aube et vont tous se réunir sur Vendeuvre. Marmont n’a donc plus personne devant lui.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne me dissimule pas que les circonstances ne soient très fortes. Ne croyez pas que j’ignore rien. Mais les ministres ont en général peu de tête. Les adresses placardées des différentes communes envahies par l’ennemi seront du plus grand effet. Il n’y a aucun inconvénient à ce que le conseil général de la commune de Paris reçoive les députations, les écoute. Que ces adresses soient pleines de faits, et qu’aussitôt après on les placarde. Les habitants de Paris verront que le pillage, le vol et l’incendie les menacent.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à l’idée de doubler la garde nationale, du moment que cela vous paraît mauvais, j’y renonce. Si j’avais écouté les ministres, je n’aurais pas formé de garde nationale et je me serais méfié de Paris.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si l’on use avec adresse à Paris de ces relations des communes envahies, cela sera, je le répète, du plus grand effet. Le résultat en sera incalculable. Quand une ville dira toutes les belles promesses qu’on lui a faites en arrivant, et ensuite tout ce qu’a fait l’ennemi, l’indignation s’emparera des esprits. Donnez la plus grande activité à ces communications des pays occupés par l’ennemi avec Paris. Des placards peuvent être faits dans ce sens : « Les députés de Sens ont été admis à la séance du conseil général de la commune et lui ont présenté le procès-verbal suivant, etc. » On mettra également ce procès-verbal dans les journaux. Le résultat de tout cela sera que la peur dira aux Parisiens ce qu’ils doivent faire.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je suis mal servi dans le Nord. Le général Maison est un homme qui a l’esprit étroit et peu d’énergie. Faites-lui renouveler l’ordre par le ministre de la Guerre de sortir des places et d’attaquer l’ennemi en tombant séparément sur ses quartiers.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faut que le duc de Trévise revienne à Château-Thierry, pour se rapprocher et me rendre disponible le duc de Raguse.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J’ai fait écrire au duc de Castiglione. Je dis à l’Impératrice de parler à sa femme. Je pense que vous devez lui parler aussi et lui faire parler par les dames du Palais. Il faut qu’il marche ; qu’il fasse comme moi et se fasse honneur. L’ennemi recule partout et paraît ne plus songer à Paris. Le prince Liechtenstein<sup>[^2]</sup>, aide de camp du prince de Schwarzenberg, avec qui je viens de causer longtemps, m’a laissé entrevoir qu’ils étaient fort effrayés de ce mouvement du duc de Castiglione. Je vous enverrai de Troyes la lettre que j’ai écrite à l’empereur d’Autriche.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Voilà donc les armées ennemies rejetées à peu près sur Langres. Comme je vous l’avais prédit, Montargis et Orléans sont dégagés. Les Cosaques se sauvent en toute hâte et dans toutes les directions.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J’écris à Borghèse de diriger 6 000 hommes de sa division sur Chambéry ; faites-lui réitérer cet ordre par le ministre de la Guerre. Faites-lui réitérer également par le ministre de la Guerre l’ordre au duc de Dalmatie de ne pas abandonner le territoire sans livrer bataille.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm">Sa Majesté montant à cheval pour se rendre à Troyes, m’a ordonné d’expédier cette lettre sans signature.<sup>[^3]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.42cm"><i>Le secrétaire du cabinet, Baron Fain</i></p> [^1]: Vendeuvre-sur-Barse, arrondissement de Bar-sur-Aube, dans l’est du département de l’Aube. [^2]: Le prince Moritz (Maurice) von Liechtenstein commande un régiment de cuirassiers sous les ordres du prince de Schwarzenberg. À noter qu’un autre Liechtenstein, le prince Aloys, commande alors des troupes en lien avec Bubna dans la région de Lyon. [^3]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 12. [C 21356]</body>