| identifiant | CG15-38283.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1814/02/21 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph, lieutenant général de l’Empereur |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38283. - </b>À Joseph, lieutenant général de l’Empereur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nogent-sur-Seine, 21 février 1814, au matin</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, vous devez
être sans inquiétude sur Orléans et Montargis. Le mouvement que je
fais attirera l’ennemi en toute hâte, et leurs corps se trouveront
heureux de pouvoir se retirer promptement.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il me paraîtrait d’un
bon effet que la Régente écrivît à la ville d’Orléans à peu
près en ces termes :</p><p style="margin-bottom: 0cm">« J’apprends
que la ville d’Orléans est menacée par 1 500 coureurs
de l’armée ennemie. Quoi ! La ville d’Orléans, qui
contient 40 000 habitants, peut avoir crainte de
1 500 cavaliers ! Où est donc l’énergie
française ? Formez votre garde nationale ; organisez-vous
une compagnie de canonniers ; tirez de vos écuries les
attelages nécessaires. J’ordonne au ministre de la Guerre de vous
fournir douze pièces de canon et quatre obusiers, afin que vous
soyez en mesure de défendre votre ville et vos propriétés.
L’ennemi qui nous menace est implacable ; il ravage nos
campagnes et pille nos villes. Il n’a tenu aucune de ses promesses.
Aux armes donc, habitants d’Orléans, et que, dans votre conduite,
je reconnaisse l’opinion que j’ai de vous et de l’énergie de
la nation française ! »</p><p style="margin-bottom: 0cm">De pareilles lettres,
multipliées, et signées par l’Impératrice, feraient plus d’effet
que si elles étaient signées par moi. Cette lettre serait envoyée
avec une lettre du ministre de l’Intérieur, qui l’accompagnerait.
Le corps municipal se réunira pour la recevoir, et, après l’avoir
entendue, prendra une délibération pour organiser la garde
nationale, former des compagnies de canonniers, réunir des attelages
et se mettre en état de défense. Il enverra une députation à
l’Impératrice pour rendre compte des mesures qu’il aura prises.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le duc de Trévise a
occupé le pont de Soissons<sup>[^1]</sup>.
Il faut que le ministre de l’Intérieur écrive dans cette ville
qu’on y forme la garde nationale et que cette ville soit mise en
état de défense.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je pense que
l’Impératrice pourrait écrire à Lille, à Valenciennes, à
Cambrai et autres grosses villes de la frontière du Nord, à peu
près dans le même sens que je viens d’indiquer pour la ville
d’Orléans, et en variant les expressions selon les circonstances
et les exemples que ces villes ont déjà donnés de leur zèle dans
les dernières guerres. Il serait bon que ces lettres de
l’Impératrice fussent toutes écrites de sa main.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je pense également
qu’une proclamation que l’Impératrice ferait, comme Régente, à
la Belgique, serait utile. Cette proclamation pourrait être rédigée
en forme de lettre adressée au maire de Bruxelles, au maire de Gand,
au maire de Bruges, de Mons, etc. L’Impératrice leur ferait
connaître les succès que j’ai obtenus ; que les Anglais
voudraient les détacher de la France et les soumettre au joug d’un
prince ennemi, de tout temps, de leur pays et de leur religion ;
et bientôt l’ennemi sera convaincu qu’il ne sera signé aucune
paix que l’intégrité des limites naturelles de la France ne soit
reconnue par les alliés. Ces lettres, envoyées aux différents
maires, pourraient varier dans leur expression, afin d’en faire
autant de proclamations différentes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites écrire à
Montargis et à Nemours pour qu’on y organise la garde nationale.
Que le ministre de la Guerre envoie partout des piques. Faites aussi
organiser la garde nationale de Beauvais, et surtout veillez à ce
que tout cela fasse grand bruit dans les gazettes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les ennemis ont partout
commis des horreurs. Il faut que le ministre de l’Intérieur envoie
des auditeurs, qui sachent bien écrire, dans les villes qui y ont
été au pouvoir de l’ennemi, et que partout ils rédigent
procès-verbal des atrocités qui ont été commises. Ces
procès-verbaux seront insérés au <i>Moniteur</i><sup><i>[^2]</i></sup>.
Je désire aussi que les villes de Nogent, de Provins, de Nangis,
Bray, Montereau, Sens, Épernay, Château-Thierry, Reims, Soissons,
etc., écrivent des lettres à la municipalité de Paris, pour lui
faire connaître tout ce qu’ils ont souffert, et que ces lettres
soient placardées partout, car enfin, il ne faut pas se dissimuler
et vous devez le dire, les Russes voulaient piller et brûler Paris ;
il est donc du devoir du gouvernement de le faire bien connaître aux
habitants. Je pense même qu’il serait bien que des députations de
ces villes vinssent lire leurs adresses au conseil général de
Paris. Il ne peut être que d’un bon effet que de partout on dise
aux Parisiens : « C’est à vous qu’on en voulait, c’est
vous que l’on voulait piller. »</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites mettre dans les
journaux un extrait de tout ce qui est relatif à la belle conduite
de ce brave général [<i>sic</i>] Verhuell<sup>[^3]</sup>,
et faites connaître que nous tenons toujours l’escadre et la clef
de la Hollande. Parlez-en au ministre de la Marine.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le duc de Tarente a
aujourd’hui son quartier général à Saint-Martin, Rosnay et
Romilly. Ses avant-postes sont à Châtres et Méry. Le général
Gérard est à Sens et à ses avant-postes à
Villeneuve-l’Archevêque. Mon quartier général restera
aujourd’hui à Nogent. Le pont a été tellement détruit que
j’aurai beaucoup de peine à le rétablir ; j’ai fait
établir un pont de bateaux. La route de l’armée sera désormais
de Nangis sur Nogent.<sup>[^4]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.42cm"><i>Np</i></p>
[^1]: Soissons avait été occupé par Tchernichev le
[^2]: Le Moniteur du 28 février 1814 publie le récit (un peu amplifié) des exactions des coalisés à Montereau, Sézanne, Provins, Château-Thierry etc.
[^3]: Ancien ministre et ambassadeur hollandais, au service de la France depuis 1810. Il résiste avec succès dans le Helder depuis fin 1813.
[^4]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 12. [C 21328]</body> |
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