| identifiant | CG15-38239.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1814/02/20 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38239. - </b>Au général Clarke, ministre de la Guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Montereau, 20 février 1814</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de
Feltre, je me suis fait rendre compte de la situation de mon
artillerie, car il faut que j’entre dans tous les détails des
services. Le temps où l’artillerie était commandée par les
généraux La Riboisière et Éblé est déjà loin de nous. Les
officiers d’artillerie sont d’une imprévoyance extrême ; dans
les derniers combats <...> le service de l’artillerie n’a
pas été bien fait ; j’en excepte toujours l’artillerie de ma
Garde. Cependant, je suis à la veille d’une grande bataille où je
consommerai 50 ou 60 mille coups de canon ; le lendemain, je me
trouverai avec tous les caissons vides. La situation de mon
artillerie n’est nullement satisfaisante. Mon intention est donc
que vous exécutiez demain les dispositions suivantes : envoyez au 2<sup>e</sup>
corps une compagnie d’artillerie à pied complète avec 3 caissons
de 6, 7 caissons d’obus de 24 et 4 caissons d’infanterie, le tout
chargé et bien attelé et pourvu des recharges nécessaires.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Envoyez à la division
Pacthod une batterie de 8 bouches à feu (six pièces de 6 et 2
obusiers de 24) et six caissons d’infanterie, le tout attelé et
approvisionné, avec une bonne compagnie d’artillerie à pied pour
le service de la batterie. Envoyez pour le grand parc 100 caissons
chargés et attelés, dont 40 d’infanterie et 60 à canons. La
proportion des munitions à canon sera celle-ci : 15 caissons de 12,
15 <i>idem</i> d’obus de 24, 4 <i>idem</i> de 8, 4 <i>idem</i> de
4, et 22 idem de 6. Vous ferez partir avec ce parc cinq compagnies
d’artillerie bien complètes ; savoir 2 d’artillerie à pied de
la ligne, 2 de canonniers garde-côtes et une d’artillerie à
cheval. Vous y joindrez un détachement d’ouvriers d’artillerie
d’au moins 50 hommes, ce qui formera une escorte de 7 à 800 hommes
d’artillerie. Vous ferez partir 2 batteries de 12 (composées de 16
pièces de 12, si vous n’avez pas d’obusiers à grande portée à
leur donner). Ces 2 batteries seront servies par deux compagnies de
canonniers marins dans lesquelles vous placerez un lieutenant en 1<sup>er</sup>
et un lieutenant en 2<sup>e</sup> pour faciliter à ces marins tous
les détails du service de terre. Il partira donc demain de Paris
environ 240 voitures d’artillerie. Le général Neigre<sup>[^1]</sup>
marchera à la tête de ce parc où il y aura près de 1 000
canonniers qui en formeront naturellement l’escorte, mais vous y
joindrez cependant un ou deux bataillons de garde nationale, soit de
l’Ain, soit de Paris ou d’autres, et la valeur de 200 chevaux du
dépôt de Versailles, commandés par un bon colonel de cavalerie qui
sera sous les ordres du général Neigre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous ferez aussi partir
un détachement de 120 soldats du train pour compléter les
compagnies à l’armée. Les coups de canon que vous allez envoyer,
réunis à ceux qui sont en ce moment au parc de l’armée,
formeront environ 10 mille coups de canon ou le 1/6<sup>e</sup> de
l’approvisionnement total de l’armée. Ce sixième
d’approvisionnement sera consommé avant la bataille. J’arriverai
donc pour la livrer avec un approvisionnement complet. Seulement,
vous sentez que s’il n’y avait que ceci, la position ne serait
pas belle, car le lendemain de la bataille, je serai sans munition.
Vous enverrez donc demain à Brie-Comte-Robert 10 mille coups de
canon et un million de cartouches d’infanterie en caisses avec un
garde-magasin chargé de ce dépôt et une compagnie de canonniers
garde-côtes. Vous enverrez également un convoi semblable à Nangis.
Enfin, après-demain, vous enverrez aussi, au moyen des voitures du
commerce, 10 mille coups de canon et 500 mille cartouches
d’infanterie qui prendront la route de Brie-Comte-Robert, Nangis ;
ils suivront le parc général de l’armée.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Par ce moyen, j’aurai
30 mille coups de canon pour remplacer les consommations. Les
caissons des divisions vides se rendront au parc où ils seront
remplacés par d’autres caissons pleins. Les caissons vides du parc
seront chargés avec les munitions amenées par les voitures du
commerce et alors, ces dernières voitures vides se rendront au dépôt
de Nangis pour s’y charger de nouveau et reviendront ensuite
rejoindre le parc. D’ailleurs, le général d’artillerie requerra
des voitures dans le pays. Les convois seront escortés par les
canonniers que vous aurez placés dans les dépôts de munitions.
Vous ferez partir une compagnie de canonniers garde-côtes avec
chacun des convois que vous allez expédier de Paris. Vous ordonnerez
au sous-directeur du parc d’obtempérer à tous les ordres qu’il
recevra du général Neigre pour le remplacement des munitions dans
chaque dépôt au fur et à mesure des consommations.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne vois rien qui
puisse empêcher l’exécution des dispositions que je vous
prescris, si ce n’est les chevaux ; mais vous avez des soldats du
train et des harnais et vous devez avoir déjà reçu au moins 1 000
chevaux et il vous sera facile dans les circonstances où l’on se
trouve de vous procurer 2 ou 300 autres chevaux. Il y a à Paris des
messageries dont les chevaux ne sont pas employés en ce moment, on
pourrait les utiliser ainsi que les postillons pour le service de
l’artillerie. Cela terminé, il faudra organiser promptement les
batteries que j’ai demandées. Il n’est point de cultivateur qui
ne sente la nécessité de fournir des chevaux à l’artillerie ;
envoyez des officiers d’artillerie dans les chefs-lieux des
départements voisins, écrivez le mal que fait l’ennemi dans les
campagnes où il prend et ravage tout ; enfin, s’il était
nécessaire, vous pourriez acheter un millier de chevaux, soit des
diligences, soit des rouliers, qui en ce moment ne sont pas employés.
Je ferais des fonds pour les achats de chevaux qui seraient livrés
demain ou après-demain. Vous pouvez prendre dans les bataillons des
équipages militaires à Saint-Germain les cadres et les soldats du
train qui vous sont nécessaires.<sup>[^2]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nap</h3>
[^1]: Anciennement directeur général de l’artillerie de l’armée de l’Elbe et rentré en France.
[^2]: <span></span> Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 329. Extrait [catalogue de vente], étude Gros et Delettrez, Cabinet d’expertise Valleriaux,<i> Succession Eugène Rossignol,</i> Drouot, 22-23 mai 1997, n° 577.</body> |
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