CG15-38205.md

identifiantCG15-38205.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1814/02/19 00:00
titreNapoléon au maréchal Berthier, major général de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38205. - </b>Au maréchal Berthier, major général de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Château de Surville, 19 février 1814</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, donnez ordre aux généraux du génie et de l’artillerie de faire faire un pont de bateaux sur l’Yonne et un sur la Seine ; celui de l’Yonne sera mis à la hauteur de Fossard ; celui de la Seine, près de Montereau, mais de manière à ne pas être obligé de passer dans la ville. Donnez ordre au génie de raccommoder sur-le-champ le pont de l’Yonne à Pont.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le 2<sup>e</sup> corps d’armée sera composé de trois divisions, la division Duhesme, la division Hamelinaye et la division Dufour<sup>[^1]</sup>. Il paraît que le général Dufour<sup>[^2]</sup> et le général Chataux<sup>[^3]</sup> sont l’un et l’autre absents : proposez-moi un général de division et un général de brigade pour commander cette troisième division. Quant à l’artillerie de ce corps d’armée, donnez-en le commandement au général Charbonnel<sup>[^4]</sup>. Écrivez au général Sorbier de s’occuper de l’organisation de cette artillerie, qui paraît mal organisée : </p><p style="margin-bottom: 0cm">1<sup>o</sup> il n’y a point assez d’officiers supérieurs pour diriger les batteries ; </p><p style="margin-bottom: 0cm">2<sup>o</sup> il n’y a point assez de canonniers pour servir les pièces, de sorte que tout cela marche mal.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J’ai été très mécontent du service de l’artillerie dans la journée d’hier ; j’en excepte toujours la Garde ; mais le service de l’artillerie de la ligne va tout à fait mal. La ligne tient ses réserves trop éloignées, ou du moins on n’a pas la précaution de faire approcher successivement les caissons : cela tient au peu d’officiers supérieurs qu’il y a et au peu de canonniers.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Que le général Sorbier me fasse un rapport sur l’organisation de l’artillerie du 2<sup>e</sup> corps, qui aura une batterie de 12 qu’il n’avait pas.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faut aussi faire venir des canonniers de Paris, de manière qu’il y ait le nombre d’hommes nécessaire pour le service des pièces, et aussi une compagnie d’artillerie pour suppléer au déficit et garder les parcs. Je suis alarmé de ce que le service de l’artillerie ne paraît point assuré. Il l’a été jusqu’à cette heure, parce que nous n’avons eu que des escarmouches ; mais une grande bataille approche ; on tirera 60 à 80 000 coups de canon. Je ne vois pas que les divisions aient suffisamment de cartouches ; elles en manquent sans cesse. Il faut en faire venir une grande quantité ici et à Nemours et avec le nombre de caissons que comporte l’ordonnance à chaque division.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il y a beaucoup de personnel d’artillerie de trop au corps du duc de Tarente, qui se trouve composé de la réunion de deux corps d’armée ; le 5<sup>e</sup> étant supprimé, et le général Foucher<sup>[^5]</sup> commandant l’artillerie du 11<sup>e</sup>, le général Charbonnel devient disponible ; beaucoup d’officiers supérieurs doivent aussi se retrouver disponibles.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il convient que l’état-major de l’artillerie serve avec plus d’activité sur le champ de bataille ; c’est au général d’artillerie et aux états-majors à disposer l’artillerie et à la faire évacuer, à pourvoir aux consommations, à rectifier les mauvais emplacements que prennent les officiers des compagnies, enfin à lui faire faire le service qu’elle avait toujours fait avec tant de distinction et qu’elle doit faire encore de même.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Donnez ordre au général du génie de faire un projet pour palissader sur-le-champ la ville de Montereau, de manière que le pont, sur toutes les issues, soit à l’abri des troupes légères, en me supposant maître de la rive droite.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il serait nécessaire également d’ordonner aux ponts et chaussées d’établir sur-le-champ un deuxième pont à côté du pont de Moret, en l’établissant de manière qu’on ne passe pas par la ville.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si j’avais une bataille du côté de Bray ou de Nogent, et que je me misse en retraite, il est probable que je prendrais ma retraite sur Fontainebleau. J’aurais alors deux ponts sur l’Yonne, le pont de Montereau et le nouveau pont que j’ordonne que l’on construise sur l’Yonne à la hauteur de Fossard. Il nous faudrait également deux ponts sur le petit canal de Loing, celui de Moret et un autre à côté.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le palissadement de Montereau peut se faire facilement, puisqu’il y a des bois autour de Montereau ; d’ailleurs on en ferait venir de la forêt de Fontainebleau.<sup>[^6]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: François Marie Dufour. [^2]: Mauvais renseignement : le général Dufour est à son commandement, à la tête de sa division de réserve, le 19 février. [^3]: Grièvement blessé à la bataille de Montereau, le général Huguet-Chataux est hors d’état de servir. Il meurt de ses blessures le 8 mai suivant. [^4]: <span></span> Vétéran de toutes les campagnes, Égypte comprise, le général Joseph Charbonnel commande alors l’artillerie du 2<sup>e</sup> corps. [^5]: Foucher de Careil. [^6]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 21303, d’après l’original communiqué par le cabinet de Napoléon III (minute, Archives nationales, AF IV 906, février 1814, fol. 29).</body>