CG15-38193.md

identifiantCG15-38193.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1814/02/18 00:00
titreNapoléon à Joseph, lieutenant général de l’Empereur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38193. - </b>À Joseph, lieutenant général de l’Empereur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Nangis, 18 février 1814</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, le prince de Schwarzenberg vient enfin de nous donner signe de vie. Il vient d’envoyer un parlementaire pour demander une suspension d’armes. Il est difficile d’être lâche à ce point ! Il avait constamment refusé, dans les termes les plus insultants, toute espèce de suspension d’armes, d’armistice, même de recevoir mes parlementaires après la capitulation de Dantzig, celle de Dresde, chose horrible dont on trouverait peu d’exemples dans l’histoire. Ces misérables, au premier échec, tombent à genoux ! Heureusement qu’on n’a pas laissé entrer l’aide de camp du prince de Schwarzenberg. Je n’ai reçu que sa lettre, à laquelle je répondrai à mon aise. Je n’accorderai aucun armistice qu’ils n’aient purgé mon territoire.</p><p style="margin-bottom: 0cm">D’après les nouvelles que j’ai, tout a changé chez les alliés. L’empereur de Russie, qui, il y a peu de jours, avait rompu les négociations, parce qu’il voulait pour la France des conditions pires que les anciennes limites, désire les renouer, et j’ai l’espérance que j’arriverai promptement à une paix fondée sur les bases de Francfort<sup>[^1]</sup>, ce qui est le <i>minimum</i> de la paix que je puisse faire avec honneur.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Avant de commencer mes opérations, je leur ai fait offrir de signer, sous la condition des anciennes limites, pourvu qu’ils s’arrêtassent sur-le-champ. Cette démarche a été faite par le duc de Vicence le 8. Ils ont répondu négativement, en disant que même la signature des préliminaires n’arrêterait point les hostilités, lesquelles ne pouvaient l’être que lorsque tous les articles de paix seraient signés. Cette inconcevable réponse a été punie, et hier 17 ils me demandent un armistice ! Vous concevez que, me voyant à la veille d’une bataille dans laquelle j’étais décidé à vaincre ou à périr, et dans laquelle, si je cédais, ma capitale eût été prise, j’eusse consenti à tout pour éviter cette grande chance. Je devais ce sacrifice de mon amour-propre à ma famille et à mon peuple. Mais, dès qu’ils ont refusé, et que la chance de la bataille a eu lieu et que tout est rentré dans les chances d’une guerre ordinaire, où le résultat d’une bataille ne peut plus menacer ma capitale et que toutes les données possibles sont pour moi, je dois à l’intérêt de l’Empire et à ma gloire de négocier une véritable paix.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si j’avais signé les anciennes limites, j’aurais couru aux armes deux ans après, et j’aurais dit à la nation que ce n’était point une paix que j’avais signée, mais une capitulation. Je ne pourrais le dire d’après le nouvel état de choses, puisque, la fortune étant revenue de mon côté, je suis maître de mes conditions.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’ennemi est dans une position bien différente de celle où il se trouvait lors des bases de Francfort, et avec l’espèce de certitude qu’il ramènera bien peu de monde au-delà des frontières. Sa cavalerie est excessivement fatiguée et à bas ; son infanterie est lasse de ses mouvements et contre-mouvements ; enfin il est entièrement découragé. J’espère donc pouvoir faire une paix telle que tout homme raisonnable peut la désirer, et mes désirs ne vont pas au-delà des propositions de Francfort.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dites sourdement que l’ennemi embarrassé a demandé un armistice ou une suspension d’armes, ce qui était une chose absurde, puisque c’était m’ôter les avantages de mes manœuvres. Ajoutez que cela fait voir à quel point il est décontenancé. Que l’on n’imprime pas cela, mais qu’on le dise partout.<sup>[^2]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napolé</i></h3> [^1]: Les bases de Francfort sont les propositions faites à Napoléon par Metternich en novembre 1813 pour une paix reposant sur une France revenue à ses frontières naturelles. [^2]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 12 (minute, Archives nationales, AF IV 906, février 1814, fol 47). [C 21293]</body>