| identifiant | CG15-38108.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1814/02/13 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph, lieutenant général de l’Empereur |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 38108. - </b>À Joseph, lieutenant général de l’Empereur</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Ferme de Lumeront Château-Thierry, 13 février
1814, dix heures du matin</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, l’ennemi
a attaqué, pendant toute la journée du 11, la ville de Nogent. Le
duc de Bellune s’était porté sur la rive droite avec tout son
monde et n’avait laissé dans la ville que 1 200 hommes sous
les ordres du général Bourmont (Ce Bourmont est le fameux chef de
Chouans, dont je suis extrêmement content). L’ennemi a voulu
entrer en colonne serrée : on l’a fusillé des maisons et des
barricades. Bref, il a été repoussé à trois assauts consécutifs
et a perdu, comme cela est croyable dans une pareille échauffourée,
près de 2 à 3 000 hommes. Le général Bourmont a
été blessé ; mais, du reste, notre perte a été assez
légère<sup>[^1]</sup>.
Alors, de rage, l’ennemi a fait avancer des obusiers et mis le feu
dans la ville ; ce qui n’a rien fait, et le 12, on était
prêt à recevoir l’ennemi de la même manière. On assure que le
général Schwarzenberg, avec toute son armée, suivait ce mouvement.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je n’ai pas de
nouvelles de Montereau depuis le 11. Le général Pajol se trouvait à
Fossard, près Montereau. J’ai donné ordre au duc de Reggio de se
porter sur Montereau avec la division Rottembourg et la 9<sup>e</sup>
division arrivant d’Espagne. Mais cette 9<sup>e</sup> division, qui
devait arriver le 9, n’était pas arrivée le 10 au soir ;
le ministre de la Guerre doit savoir ce qui en est. C’est sur
Montereau que cette division doit être dirigée. J’ai appelé à
moi la division Leval, et comme je n’en ai pas eu besoin, ce
mouvement devient un faux mouvement.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Par l’état de
situation que je reçois du général Ornano, je vois que la Garde a
sous les armes 2 000 hommes de cavalerie et
8 000 d’infanterie, formant 10 000 hommes et
vingt-deux pièces de canon. J’ai ordonné qu’on y joignît deux
autres batteries, de manière à avoir trente-deux pièces. Le
ministre de la Guerre me fait des rapports et attend mon approbation
pour exécuter mes ordres : ce n’est pas ainsi qu’il faut
agir dans les circonstances actuelles ; c’était bon quand
j’étais à Paris. <u>Il faut que sur-le-champ on mette à la
disposition du général Ornano les deux compagnies d’artillerie
venant d’Espagne, avec seize bouches à feu.</u> Cela seul formera
un joli corps de réserve. Faites-les marcher dans la direction de
Fontainebleau. Les généraux Charpentier et Boyer doivent y aller.
Il manquera des généraux de brigade, il faut que le ministre de la
Guerre en désigne. Il ne faut pas cependant éloigner toutes ces
troupes de Paris ; mais, au lieu de leur faire prendre leurs
cantonnements sur la route de Meaux et de la Villette, il faut les
leur faire prendre sur Charenton, Villejuif, Essonne, et garder
toujours une division à Paris.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le ministre de la
Guerre m’a fait aussi un rapport sur la formation de deux divisions
de réserve de la ligne. Je n’ai pas encore lu ce rapport avec
attention. Le principal est d’exécuter, et de ne pas perdre de vue
qu’avec des conscrits il vaut mieux n’avoir que des bataillons de
300 hommes que d’en avoir de plus nombreux.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Expédiez un courrier à
Soissons pour avoir des nouvelles de l’ennemi, et que le commandant
de cette ville<sup>[^2]</sup>
y tienne jusqu’à extinction ; car, si l’ennemi ne peut
entrer à Soissons, il va se trouver bien embarrassé.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne pense pas que le
prince Schwarzenberg s’enfourne sur Fontainebleau tant que nous
serons maîtres du pont de Nogent ; les Autrichiens connaissent
trop ma manière d’opérer et en ont trop longtemps porté des
marques ; et ils se doutent bien que, s’ils nous laissent
maîtres du pont de Nogent, je déboucherai sur leurs derrières,
comme je l’ai fait ici. Toutefois, si le mouvement de l’ennemi
était prononcé et en grande force, je ferais dire au duc de Bellune
de se porter de Nogent à Montereau pour appuyer le duc de Reggio. Il
ferait sauter le pont de Nogent et laisserait vis-à-vis, sur la rive
droite, les troupes nécessaires pour empêcher l’ennemi de
rétablir le pont.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je ne suis pas encore
décidé sur le plan d’opération que je vais suivre aujourd’hui.
Mais, avec le corps du duc de Bellune, le duc de Reggio et la réserve
d’Ornano, je me porterai en toute diligence de ma personne sur
Montereau, si cela est nécessaire, et j’ai suffisamment de forces
pour contenir Schwarzenberg.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je tremble que ces
coquins de Russes ne me mettent le feu à Fontainebleau en
représailles.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J’espère, dans la
journée, avoir rétabli le pont de la Marne à Château-Thierry. Je
prendrai alors mon parti. Les nouvelles que j’ai reçues de Sens
prouvent que le général Allix avait repoussé l’ennemi et tenait
le 11 au soir ; il avait contraint l’ennemi à ouvrir la
tranchée.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Toute la cavalerie qui
arrive d’Espagne doit se rendre, comme je l’ai ordonné, sur
Montereau, sous les ordres du général Pajol et du duc de Reggio.<sup>[^3]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.42cm"><i>Np</i></p>
[^1]: Bourmont, employé dans le corps de Victor, a été blessé au genou le 11 février, à Nogent-sur-Seine ; il est fait général de division le 13 février.
[^2]: Jean-Claude Moreau.
[^3]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 12 (minute, Archives nationales, AF IV 906, février 1814, fol. 116). [C 21236]</body> |
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