CG15-37736.md

identifiantCG15-37736.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1814/01/04 00:00
titreNapoléon au général Caulaincourt, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 lang="fr-FR" style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG15</i> - 37736. - </b>Au général Caulaincourt, ministre des Relations extérieures</h1><h2 class="style-titre-2-+-interligne-:-double-western" data-kind="letter-context;" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 4 janvier 1814</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de Vicence, j’approuve que M. de La Besnardière soit chargé du portefeuille<sup>[^1]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je pense qu’il est douteux que les alliés soient de bonne foi, et que l’Angleterre veuille la paix ; moi, je la veux, mais solide, honorable. La France sans ses limites naturelles, sans Ostende, sans Anvers, ne serait plus en rapport avec les autres États de l’Europe. L’Angleterre et toutes les puissances ont reconnu ces limites à Francfort. Les conquêtes de la France en-deçà du Rhin et des Alpes ne peuvent compenser ce que l’Autriche, la Russie, la Prusse ont acquis en Pologne, en Finlande, ce que l’Angleterre a envahi en Asie. La politique de l’Angleterre, la haine de l’empereur de Russie entraîneront l’Autriche. J’ai accepté les bases de Francfort<sup>[^2]</sup>, mais il est plus que probable que les alliés ont d’autres idées. Leurs propositions n’ont été qu’un masque. Les négociations une fois placées sous l’influence des événements militaires, on ne peut prévoir les conséquences d’un tel système.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faut tout écouter, tout observer. Il n’est pas certain qu’on vous reçoive au quartier général ; les Russes et les Anglais voudront écarter d’avance tous les moyens de conciliation et d’explication avec l’empereur d’Autriche. Il faut tâcher de connaître les vues des alliés, et me rendre compte jour par jour ce que vous apprendrez, afin de me mettre dans le cas de vous donner des instructions que je ne saurais sur quoi baser aujourd’hui. Veut-on réduire la France à ses anciennes limites ? C’est l’avilir. Cet état des choses ne peut convenir qu’aux Bourbons. L’Angleterre sent bien que cette base n’est admissible qu’avec eux.<sup>[^3]</sup> On se trompe, si on croit que les malheurs de la guerre puissent faire désirer à la nation une telle paix. Il n’est pas un cœur français qui n’en sentît l’opprobre au bout de six mois, et qui ne la reprochât au gouvernement assez lâche pour la signer.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’Italie est intacte ; le vice-roi<sup>[^4]</sup> a une belle armée. Avant huit jours j’aurai réuni de quoi livrer plusieurs batailles, même avant l’arrivée de mes troupes d’Espagne. Les dévastations des Cosaques armeront les habitants et doubleront nos forces. Si la nation me seconde, l’ennemi marche à sa perte. Si la fortune me trahit, mon parti est pris : je ne tiens pas au trône. Je n’avilirai ni la nation, ni moi, en souscrivant à des conditions honteuses.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faut savoir ce que veut Metternich<sup>[^5]</sup>. Il n’est pas de l’intérêt de l’Autriche de pousser les choses à bout ; encore un pas, et le premier rôle lui échappera.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans cet état de choses, je ne puis rien vous prescrire. Bornez-vous pour le moment à tout entendre et à me rendre compte. Je pars pour l’armée. Nous serons si près que vos premiers rapports ne seront pas un retard pour les affaires. Envoyez-moi fréquemment des courriers.<sup>[^6]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" lang="fr-FR" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Nap</i></h3> [^1]: Jean Baptiste de Gouey, comte de La Besnardière chargé du portefeuille des Relations extérieures pendant que Caulaincourt est mandaté pour négocier au congrès de Chatillon le même jour. [^2]: <span></span> Voir <i>Correspondance générale</i>, vol. 14, n° 37645. [^3]: <span></span> Les deux phrases précédentes sont absentes de la copie (archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1792, n° 104) et par extension de la <i>Correspondance</i> qui publie ce document. [^4]: Eugène de Beauharnais. [^5]: Clément Wenceslas Lothaire, prince de Metternich Beilstein, ministre des Affaires étrangères et chancelier d’Autriche. [^6]: Expédition, Archives nationales, fonds Caulaincourt, 95 AP 14. [C 21062] Il n’existe aucune minute de cette lettre et ce depuis le Second Empire comme le stipule une note placée par la Commission en 1854 (Archives nationales, AF IV 906, janvier 1814, n° 32). </body>