| identifiant | CG15-0134bisS.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1796/05/09 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joséphine |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CGS-15</i> - 134.S<i>bis</i> - </b>À Joséphine[^1]</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Plaisance,
20 floréal an IV [9 mai 1796][^2]</h2><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Tu es
enceinte, ma douce amie. Cette idée me transporte de joie... Mais
pourquoi ne viens-tu pas enceinte de 2 mois cela n'empêche pas de
voyager. Si je ne te vois pas avec ton petit ventre je n'y croirai
pas. Cependant prends bien garde que cela ne te fasse mal. Des maux
de cœur, des journées au lit et je ne suis pas là pour te soigner
pour te distraire pour alléger tes maux, me les approprier. Mon
unique amie, comment veux-tu que je ne sois pas fou de toi,
actuellement que tu es enceinte. Ne vas pas faire une fille fais un
petit garçon. Ce pays-ci est beau rien ne t'empêcherait d'y rester
quelque chose qui arrivât [<i>sic</i>]. Je sais combattre [mais] je
ne sais ce que je veux. Si la route t'incommode reste à Paris. Mais
à Paris loin de ton époux, de celui qui ne vit, ne pense n'adore
que toi la vie est si courte le bonheur si rare. Moi, quelquefois en
me couchant, ce qui n'arrive pas toujours, je me mets dans un coin
pour te laisser ta place.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Nous
avons passé le Pô, battu l'ennemi et nous marchons sur Milan,
Pavie. Vite, vite viens à Plaisance, belle maison, bonnes gens et
belle ville, par-dessus tout un amant qui t'aime tous les jours
davantage, mais qui depuis que tu es enceinte te révère, te regarde
comme une divinité dont tous les caprices toutes les fantaisies sont
des lois pour lui. Quel jour que celui où je te serrerai dans mes
bras, où mon cœur palpitera dans ta main, où ma bouche, j'ai goûté
ce bonheur suprême et j'ai pu consentir à m'en priver. 2 mois loin
de toi c'est 2 mois perdus pour la vie et que ces mois l’impitoyable
avenir je ne le crains que pour toi. Je suis presque fâché que tu
sois enceinte tu cours des dangers si tu étais longtemps malade j'en
serais inconsolable mon adorable Joséphine. Si tu m'aimes viens vite
car je ne puis vivre sans toi et je ne puis plus longtemps rester
loin de ta charmante petite personne. Il est des fois où mon idée
te parcourt des pieds à la tête. Je suis triste alors je vois des
pays immenses et des montagnes élevées qui nous séparent. Murat[^3]
est arrivé le 15 à Paris il est parti le 20, ma douce amie avec
lui, oui, tu seras ici le 27... Malheur au moment où Murat arrivera
seul.
</p><p style="text-align: right; text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">
<i>Bp</i></p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">J'ai
reçu ta charmante lettre où toutes les personnes pour qui j'ai de
l'amitié m'écrivent à la fois. Vous me dites des choses si
honnêtes que vous me gâtez.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Je
viens t'avouer une pensée en apprenant ta grossesse je me suis dit
mais il y a plus de 9 mois que je suis parti. Tu me pardonnes
n'est-ce pas ? À tes genoux bien contrits pardon. Mille baisers
sur le petit ventre je te le presse fais un petit garçon qui soit
beau comme sa mère et fidèle comme son père.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Dans
2 heures à cheval je puis joindre mon armée qui est au-delà du Pô
et puis encore batailler. Ne crains rien. Mon sort est de te faire
avant de mourir 8 petits enfants, tous te ressemblant, et puis nous
aurons 70 ans, nous les gronderons, je leur parlerai de moi, de mes
guerres et toi des modes de ton temps, tu aimeras mieux les garçons
et moi je gâterai les filles qui seront légères, inconstantes mais
bonnes, belles de cette beauté qui va au cœur, pénétré persuadé
par le sentiment et par la mélancolie. Elles seront ton image.[^4]</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
[^1]: Marie Joseph Rose de Tascher de la Pagerie dite Joséphine
(1763-1814), veuve du général de Beauharnais, elle épouse
Napoléon Bonaparte le 9 mars 1796.
[^2]: <span></span>Cette lettre est entièrement inédite et n’avait jamais été
publiée dans aucune édition antérieure. Frédéric Masson (<i>M</i><sup><i>me</i></sup><i>
Bonaparte</i>, Paris, 1927, p. V-XIV) avait calculé que Bonaparte
écrivant quotidiennement, il aurait dut envoyer 123 lettres à
Joséphine entre le 11 mars et le 13 juillet 1796. De ce vaste
ensemble seule 15 missives étaient connues jusqu’à présent
(voir ci-dessus, n<sup>os</sup>128S et 135S<i>bis</i>).
[^3]: <span></span>Joachim Murat (1767-1815), engagé en 1787, il entre au service de
Bonaparte au moment de Vendémiaire, le suit en Italie. Il est nommé
général de brigade le 10 mai 1796.<p class="sdfootnote-western"><br/>
</p>
[^4]: Expédition autographe, collection privée.</body> |
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