CG14-36948.md

identifiantCG14-36948.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1813/11/06 00:00
titreNapoléon à Cambacérès, archichancelier de l’Empire
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 36948. - </b>À Cambacérès, archichancelier de l’Empire</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Mayence, 6 novembre 1813</h2><p align="justify" style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Je vous envoie sous cachet volant une lettre à Madame<sup>[^1]</sup>. Vous la lirez, la cachetterez, et vous en conférerez avec Madame.</p><p align="justify" style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Si Louis vient comme prince français, il me l’écrira, et aussitôt que vous aurez sa lettre, il pourra être présenté à l’Impératrice et entrer en jouissance de son apanage<sup>[^2]</sup>.</p><p align="justify" style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Si, au contraire, Madame ne peut rien obtenir, et qu’il vienne pour troubler ma tranquillité, et avec ce système insensé qui lui a été suggéré par l’Autriche et par les ennemis de la France<sup>[^3]</sup>, j’attends de Madame, qui, jusqu’à cette heure, ne m’a rendu aucun service auprès de ses fils, qu’elle obtienne de lui qu’il s’éloigne, et que je n’en entende plus parler.</p><p align="justify" style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Si, 48 heures après cette démarche, Louis est encore à Paris et n’a pas déclaré qu’il vient comme prince français, vous vous rendrez chez lui avec le vice-grand électeur, le président du Sénat, le grand juge et le secrétaire de la famille impériale, et vous lui ferez sommation de reconnaître les lois de l’Empire, de rester en France comme prince français, et de reconnaître le sénatus-consulte de réunion de la Hollande<sup>[^4]</sup>. À défaut de le faire, procès-verbal en sera dressé, et immédiatement après, il sera arrêté et conduit incognito au château de Compiègne.</p><p align="justify" style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Tenez un petit conseil avec le prince de Bénévent, le président du Sénat, le grand juge et le comte Regnaud<sup>[^5]</sup>. Montrez-leur la lettre que le roi m’a écrite, la lettre que j’écris à Madame, et celle-ci. Il est affreux qu’il choisisse ce moment pour venir m’insulter et déchirer mon cœur, en m’obligeant à un acte de sévérité ; mais c’est dans ma destinée de me voir constamment trahi par l’affreuse ingratitude des hommes que j’ai le plus comblés de bienfaits, surtout par celui-ci, pour l’éducation duquel je me suis privé, à l’âge de vingt ans, de tout, même du nécessaire. Vous savez que les libelles qu’il a publiés contre moi ont été imprimés avec emphase par l’Autriche, après la déclaration de guerre, et comme pour noircir mon caractère et accroître l’animosité qui éclatait de tous côtés.</p><p align="justify" style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm">Mon intention bien positive est, aussitôt que Louis aura déclaré qu’il ne reconnaît pas le sénatus-consulte, et que, dès lors, il se sera mis en rébellion contre les lois de l’État, de le déclarer déchu de ses droits au trône. Vous sentez que je n’exige pas même cette déclaration de la reconnaissance de la Hollande, s’il rend inutile votre enquête officielle et déclare, dans une lettre qu’il m’écrira, qu’il vient, comme prince français, se réunir au trône et offrir son bras pour défendre la patrie.<sup>[^6]</sup></p> [^1]: <span></span> Voir ci-dessous, n<sup>os</sup> 36938, 36954. [^2]: <span></span> L’apanage de Louis Bonaparte est fixé par sénatus-consulte du 13 décembre 1810. Lui est alloué un revenu annuel de 2 millions de francs constitué de revenus de la forêt de Montmorency, les bois de Chantilly, d’Ermenonville, de l’Ile-Adam, de Coye, de Pont-Armé et du Lys (500 000 F.), des domaines dans le département des Bouches-du-Rhin (500 000 F.) et une somme annuelle de 1 million de francs sur les fonds généraux du Trésor public (<i>Bulletin des Lois</i>, n° 6164). [^3]: <span></span> Depuis janvier 1813, Louis espérait que Napoléon lui rende sa couronne de Hollande et avait eu des contacts ambigus avec François I<sup>er</sup> alors qu’il résidait en Autriche. En août 1813, il avait cependant quitté l’Autriche pour la Suisse, quand François I<sup>er</sup> entra en guerre contre la France. C’est depuis ce pays que Louis fit la proposition à Napoléon de le remettre sur le trône de Hollande. Sans attendre la réponse de son frère, il quitte immédiatement Gratz pour se rendre chez Madame Mère. [^4]: 13 décembre 1810. [^5]: <span></span> Respectivement Talleyrand, vice-grand électeur, Barthélemy, président du Sénat depuis le 1<sup>er</sup> juillet 1813, Regnier et Regnaud de Saint-Jean-d’Angély, secrétaire d’état de la famille impériale. [^6]: <span></span> Copie, Archives nationales, AFIV *59. [<i>LEC </i>1096] Extrait [catalogue de vente], J.-P. Osenat, <i>L’Empire à Fontainebleau</i>, Fontainebleau, 9-10 décembre 2005, p. 40, n°212. </body>