CG14-36225.md

identifiantCG14-36225.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1813/09/03 00:00
titreNapoléon au général Mouton, commandant le 1er corps de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 36225. - </b>Au général Mouton, commandant le 1er corps de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Dresde, 3 septembre 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous confie le commandement du 1<sup>er</sup> corps<sup>[^1]</sup>. Il faut que demain, à midi, ce corps soit réorganisé<sup>[^2]</sup> et prêt à donner un coup de main, s’il est nécessaire. Vous avez besoin de fusils ; j’ai donné ordre au commandant de l’artillerie d’en tenir 2 000 à votre disposition<sup>[^3]</sup> ; faites-les prendre dans la journée ou dans la nuit. Il vous manque des habits ; j’ai donné ordre à l’intendant<sup>[^4]</sup> de tenir à votre disposition tout ce dont vous auriez besoin<sup>[^5]</sup> ; que cela soit pris aujourd’hui ou cette nuit. Il vous manque de l’artillerie, mais vous avez les chevaux et le personnel, Sorbier<sup>[^6]</sup> a le matériel ; que cela soit à votre camp avant demain, à six heures du matin. Vous devez avoir deux batteries à cheval, cinq à pied et une batterie de 12 ; total, 72 bouches à feu.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous avez vingt-huit bataillons ; j’ai ordonné que la 42<sup>e</sup> division<sup>[^7]</sup>, qui en a quatorze, vous en fournit deux, ce qui vous fera trente, ou trois divisions à dix bataillons chacune. Il peut vous manquer des officiers ; prenez dans les régiments où il y en aurait de trop, et nommez à toutes les places vacantes. Envoyez-moi, par un officier, le décret ; je le signerai sur-le-champ ; cela peut être fait demain avant midi. Vous avez vos sapeurs ; j’ai donné des ordres pour que les outils qui vous manquent soient fournis par le général du génie<sup>[^8]</sup> ; ayez-les avant six heures du matin. Vous avez deux compagnies d’équipages militaires ; tout est sauvé, à l’exception des voitures. Voyez le général Picard<sup>[^9]</sup> pour qu’il vous donne des voitures. S’il n’en a pas, prenez des voitures du pays. Il vous faut quatre ambulances ; ayez-les demain avant six heures.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Que demain, dans la journée, vos troupes aient quatre jours de pain, quatre jours de riz, ou une livre, ce qui fera huit jours de vivres, et quinze jours de viande sur pied. Logez-vous dans une maison ou baraque près du camp, et exigez que tout le monde loge hors des portes, dans les maisons ou baraques des faubourgs, et que personne n’entre en ville sans votre ordre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Votre cavalerie n’est que de 300 chevaux ; réorganisez-la. Le 5<sup>e</sup> corps de cavalerie, commandé par le général Lhéritier, est à Grossenhain ; il n’est fort que de 2 500 chevaux ; le major général lui ordonnera d’être sous vos ordres.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le général Teste<sup>[^10]</sup> doit arriver cette nuit. C’est, je pense, la division la plus entière.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La copie de l’instruction générale, que le major général vous remettra<sup>[^11]</sup> et qui est envoyée aux maréchaux Saint-Cyr et Bellune, vous fera connaître mes projets. Le général Lhéritier a deux bataillons de la 42<sup>e</sup> division ; vous devez l’appuyer, lui ordonner d’être réuni et d’empêcher les Cosaques de passer Grossenhain ; il doit protéger la route de Torgau autant que possible.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si l’ennemi débouchait de Bohême par Neustadt, pour se placer entre Bautzen et Dresde, il se placerait sur ma ligne d’opération ; c’est alors que le rôle que vous avez à jouer serait le plus important. Vous devez, dans ce cas, occuper les hauteurs de Weissig qui s’appuient à l’Elbe du côté de Pirna. Le maréchal Saint-Cyr ayant un pont, on le ferait jeter vers Pillnitz pour établir une communication directe entre vous. Vous auriez soin que Stolpen eût une garnison suffisante, et le maréchal Saint-Cyr fournirait une garnison à Lilienstein. Par-là, toutes les avant-gardes et troupes légères de l’ennemi seraient arrêtées, et, avant que l’ennemi ait pris position et débouché, je serais prévenu et en mesure de faire toutes les dispositions nécessaires. Notre ligne de communication serait alors par Kœnigsbruck.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si l’ennemi attaquait par la rive gauche, on recommencerait alors ce qui vient de se passer : vous vous trouveriez trois corps, formant environ 60 000 hommes, et la garnison de Dresde, pour défendre le camp retranché, et, comme je serais assez près pour arriver en deux ou trois jours, l’ennemi aurait encore plus à se repentir de cette attaque que de la première, puisque je serais alors libre de toute inquiétude de l’armée alliée de Silésie, que j’espère anéantir, et je pourrais alors me livrer à des opérations plus sérieuses contre lui.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Écrivez-moi tous les jours.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J’ai ordonné qu’une brigade du général Corbineau<sup>[^12]</sup>, qui se trouve à Wilsdruff, passât de ce côté-ci ; elle va arriver à votre camp. Vous la placerez de manière à protéger la route de Bautzen et à observer les débouchés de Neustadt jusqu’à ce que je l’appelle.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Organisez votre corps et soyez en mesure. Envoyez un de vos officiers du génie à Weissig pour reconnaître la position. L’aide de camp Bernard<sup>[^13]</sup>, qui a parcouru le terrain, le connaît parfaitement ; vous pouvez lui demander des notes. Prenez l’usage d’écrire tous les jours aux maréchaux Saint-Cyr et de Bellune, pour leur donner des nouvelles et en recevoir. Placez de fortes patrouilles sur les routes pour arrêter les maraudeurs, les traînards et la canaille qui prend l’épouvante sur les derrières de l’armée. Ne laissez passer aucun homme sans fusil, à moins qu’il ne soit bien blessé.<sup>[^14]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><br/> <br/> </h3> [^1]: <span></span> Le commandement du 1<sup>er</sup> corps de la Grande Armée était vacant depuis la défaite de Vandamme, le 30 août 1813, à la bataille de Kulm. [^2]: <span></span> Du 1<sup>er</sup> au 3 septembre, Napoléon a donné plusieurs instructions pour réorganiser ce corps qui a perdu de 12 à 15 000 hommes dont 7 000 prisonniers. [^3]: Voir CG14-36229. [^4]: Daru. [^5]: Voir CG14-36214. [^6]: Commandant de l’artillerie de la Garde impériale. [^7]: <span></span> La 42<sup>e</sup> division est commandée par le général Mouton-Duvernet. [^8]: Rogniat. [^9]: Directeur général des équipages militaires de la Grande Armée. [^10]: <span></span> Commandant de la 23<sup>e</sup> division. [^11]: Voir CG14-36191. [^12]: <span></span> Le général Corbineau commande la 1<sup>e</sup> division de cavalerie légère (1<sup>er</sup> corps de réserve de la cavalerie). [^13]: Officier du génie et aide de camp de l’Empereur (depuis le 21 janvier 1813). [^14]: <span></span> Minute, Archives nationales, AF IV 903, septembre 1813, n° 66. [<i>C </i>20518]</body>