CG14-36045.md

identifiantCG14-36045.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1813/08/22 00:00
titreNapoléon à Maret, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 36045. - </b>À Maret, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Lœwenberg, 22 août 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de Bassano, je ne vois pas encore matière à faire un bulletin. Cependant on sera inquiet à Paris, et les alliés ne manqueront pas de faire courir toutes espèces de bruits. Je vous envoie une petite note pour le journal de Leipzig, et que vous enverrez partout. Il ne faut pas donner à cette note un caractère trop officiel, parce qu’alors ce serait un bulletin.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites connaître au maréchal Saint-Cyr<sup>[^1]</sup> que je suis bien loin d’avoir renoncé à mon opération de Bohême<sup>[^2]</sup>, mais que l’opération de Silésie en est un épisode. L’occupation de Gabel et de deux grands débouchés de Bohême, savoir la chaussée de Rumbourg et chaussée de Gabel, et la position de mes troupes qui s’étendent jusqu’à Kamnitz, Bœmisch-Leipa et Niemes, n’ont dû être bien connues à Prague que le 20 ; on n’a donc pas pu, le 21, connaître à Pirna le résultat de ces opérations. Le duc de Bellune, qui a trois divisions ; le général Vandamme, qui en a trois ; le maréchal Saint-Cyr, qui en a quatre ; une division de la Garde et le 8<sup>e</sup> corps qu’on comptera comme une division d’infanterie, ce qui forme douze divisions, n’ont pas bougé et occupent Zittau, Rumbourg et Pirna. Je puis moi-même être en six heures à Zittau. Le 3<sup>e</sup> corps<sup>[^3]</sup> de cavalerie, une division de cavalerie de la Garde, et une partie du 5<sup>e</sup> corps de cavalerie sont également à portée. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Les cols de Gabel ont été fortifiés. Si l’on s’avance en Bohême, ces fortifications sont indispensables pour pouvoir conserver les débouchés en cas de retraite ; car, si l’ennemi prévenait l’armée de quelques jours, et que quatre bataillons vinssent à s’y établir, on aurait peine à les débusquer. Ainsi on ne peut pas s’enfoncer en Bohême sans avoir préparé le terrain, et le 20 on le pouvait d’autant moins que l’on était encore incertain des projets de l’ennemi, sur lesquels on acquiert tous les jours des lumières.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’armée ennemie de Silésie s’est portée sur la nôtre, et le 20 l’ennemi est entré à Bunzlau, à Goldberg et à Lœwenberg. Je m’y suis rendu de ma personne sur-le-champ. J’ai fait réattaquer le même jour l’ennemi, qui a été culbuté de toutes ses positions, et nous le poursuivons l’épée dans les reins<sup>[^4]</sup>. Le duc de Tarente est dans ce moment à Goldberg. Quant aux divisions de ma Garde qui sont destinées à se joindre à l’armée que j’ai placée en Bohême, elles se reposent aujourd’hui, et demain probablement elles se mettront en marche sur Gœrlitz. Si cependant l’ennemi se portait sur Dresde, j’arriverais à temps pour l’y combattre, et rien de mes dispositions précédentes ne serait changé. Le général Vandamme n’est qu’à deux jours de Dresde ; le duc de Bellune n’en est qu’à deux jours<sup>[^5]</sup> ; les divisions de ma Garde n’en sont qu’à quatre ; ce qui ferait avec le 14<sup>e</sup> corps<sup>[^6]</sup> une réunion très considérable de forces.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les nouvelles que j’ai du duc de Reggio<sup>[^7]</sup> du 20, sont qu’il s’est détourné et s’est porté sur Luckenwalde, et qu’il craignait de ne pas pouvoir franchir les inondations que l’on supposait que l’ennemi avait tendues tout autour de Berlin, surtout de ce côté-ci.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Voici les renseignements que jusqu’à cette heure nous avons sur l’ennemi qui est ici devant nous. Le général Langeron paraît commander un corps de cinq divisions ; le général Sacken un corps de trois divisions, et les généraux Yorck et Blücher quatre divisions ; total, onze divisions<sup>[^8]</sup> ; ce qui suppose 80 à 90 000 hommes. Ce qui est satisfaisant, c’est que leur infanterie est extrêmement mauvaise. Au reste, comme on ne peut arriver à aucun résultat sans bataille, ce qui peut arriver de plus heureux c’est que l’ennemi marche sur Dresde, puisque alors il y aurait une bataille. Il paraît que leur armée de Silésie ne s’est avancée avec tant de rapidité que d’après le plan général des alliés et la croyance où ils étaient que nous repasserions l’Elbe. Ils croyaient qu’il n’y avait qu’à poursuivre, car, aussitôt qu’ils ont vu déboucher nos colonnes pour reprendre l’offensive, la terreur les a pris, et l’on a pu se convaincre que les chefs voulaient éviter un engagement sérieux. Tout le plan des alliés a été fondé sur l’assurance que leur a donnée Metternich que nous repasserions l’Elbe, et ils sont fort déconcertés de voir qu’il en est autrement. Dites-le au maréchal Saint-Cyr et au général Durosnel, afin qu’ils sachent que mes dispositions sont toujours les mêmes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">En général, ce qu’il y a de fâcheux dans la position des choses, c’est le peu de confiance qu’ont les généraux en eux-mêmes : les forces de l’ennemi leur paraissent considérables partout où je ne suis pas.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous ai mandé ce matin que j’avais autorisé le général Margaron à tenir un millier d’hommes à Dessau<sup>[^9]</sup>. Comme l’arrivée de l’ordre du major général peut tarder de quelques heures, faites-le-lui connaître directement.<sup>[^10]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Gouvion-Saint-Cyr s’inquiétait de ce que les Alliés se rapprochait dangereusement de Dresde et que Napoléon s’éloignait de la ville à la poursuite de Blücher. [^2]: Napoléon avait mis en place un mouvement de contournement des alliés en passant par les défilés de Rumbourg. Il espérait les prendre à revers soit en marche vers Leipzig, soit sous les murs de Dresde quand il comprit la destination de Schwarzenberg (voir CG14-36070). [^3]: <span></span> « 4<sup>e</sup> corps » dans [<i>C </i>20437]. [^4]: Selon le plan des Alliés, Blücher devait se retirer pour attirer Napoléon loin de Dresde qui devait être attaquée par Schwarzenberg. [^5]: « trois jours » dans la minute (Archives nationales, AF IV 902, août 1813, n° 301). [^6]: Commandé par Gouvion-Saint-Cyr. [^7]: Oudinot porte une offensive sur Berlin qu’il devait selon Napoléon occuper en quelques jours. [^8]: Le chiffre exact est douze. [^9]: Voir CG14-36038. [^10]: <span></span> Copie d’expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1792 (minute, Archives nationales, AF IV 902, août 1813, n° 301). [<i>C </i>20437]</body>