| identifiant | CG14-35981.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1813/08/18 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 35981. - </b>Au général Clarke, ministre de la Guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Gœrlitz, 18 août 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de
Feltre, les communications du duc de Bassano vous auront fait
connaître la conduite de l’Autriche. Le général Moreau est
arrivé à l’armée des alliés<sup>[^1]</sup>,
a ainsi entièrement levé le masque et a pris les armes contre sa
patrie. Le général de brigade Jomini, chef de l’état-major du
prince de la Moskova, a déserté à l’ennemi, sans avoir
auparavant cessé ses fonctions ; il va être jugé, condamné
et exécuté par contumace.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Voici la position
actuelle de l’armée.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le quartier général
est à Gœrlitz. Le maréchal Saint-Cyr, avec les 42<sup>e</sup>,
43<sup>e</sup>, 44<sup>e </sup>et 45<sup>e</sup> divisions,
a son quartier général à Pirna, occupant de belles positions au
débouché de la Bohême, et observant la frontière jusqu’à Hof ;
sa gauche est appuyée au fort, au camp et au pont de Kœnigstein. Le
général Durosnel est dans Dresde avec dix bataillons ; la
place est armée de cent pièces de canon. J’ai fait établir sur
les deux rives de l’Elbe deux camps retranchés, où 40 000 hommes
peuvent résister à 100 000. Les remparts démolis ont été
réparés ; les fossés ont été remplis d’eau. Sur la rive
droite, la place peut soutenir un long siège ; sur la rive
gauche, le camp retranché étant forcé, elle peut encore se
défendre plusieurs jours. Torgau est en état de défense.
Wittenberg a été fort amélioré. Le général Dombrowski, avec un
corps d’observation de 4 000 hommes, est en avant de
cette ville. Magdebourg a une garnison de 16 000 hommes ;
le général Le Marois y commande, et sous lui le général Girard,
qui, avec 8 ou 10 000 hommes de la partie active de la
garnison, débouchera pour favoriser le mouvement des corps qui
opèrent sur Berlin. Le général Vandamme est à Bautzen, ayant une
de ses 3 divisions à Neustadt et pouvant en une journée et demie
joindre le maréchal Saint-Cyr au camp de Kœnigstein, ou se porter
sur Dresde. Le duc de Bellune et le prince Poniatowski sont au camp
de Zittau, occupant les districts de la Bohême, de Rumbourg et de
Friedland. Le duc de Tarente et le général Lauriston sont au camp
de Lœwenberg. Le prince de la Moskova et le duc de Raguse sont à
Bunzlau. Le général Corbineau, avec 3 000 chevaux et
4 000 hommes d’infanterie, est en observation entre
Cottbus, Crossen et Sagan, maintenant ses communications avec
Gœrlitz. Le duc de Reggio, avec le 4<sup>e</sup>, le 7<sup>e </sup>et
le 12<sup>e</sup> corps, ainsi que le corps du duc de Padoue,
qui est le 3<sup>e</sup> corps de cavalerie, marche de Luckau sur
Berlin. J’ai fait fortifier Luckau. Le prince d’Eckmühl, avec le
13<sup>e</sup> corps et le corps auxiliaire danois, débouche de
Hambourg, marchant également sur Berlin. Le général Girard,
débouchant de Magdebourg, forme l’intermédiaire entre le duc de
Reggio et le prince d’Eckmühl. Le général Margaron réunit un
corps d’observation à Leipzig, fort de 6 000 hommes,
infanterie, cavalerie et artillerie. Le général Lemoine commande à
Minden un corps d’observation de 4 à 5 000 hommes.
Erfurt a une garnison suffisante.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans cette situation,
j’attends pour voir ce que feront les ennemis ; et, pendant
que les corps réunis à Lœwenberg, à Bunzlau, à Zittau et à
Gœrlitz, tiennent en respect les armées autrichienne, prussienne et
russe, je fais manœuvrer sur Berlin. Jusqu’à cette heure, nous
n’avons que des nouvelles confuses sur les mouvements de l’ennemi.
On prétend que 60 000 hommes de l’armée russe et
prussienne sont entrés en Bohême, et que l’empereur Alexandre est
arrivé le 15 à Prague. Si cela est, ou bien les ennemis
prendront l’offensive par Zittau, seul débouché praticable qui
existe sur la rive droite, et alors ils seront arrêtés par le camp
de Zittau et le corps du général Vandamme ainsi que la réserve de
Gœrlitz, que je puis y porter en un jour et demi ; ou bien
l’ennemi manœuvrera sur la rive gauche de l’Elbe, et débouchera
par Tœplitz et Peterswalde pour se porter sur Dresde ; alors le
maréchal Saint-Cyr, dans deux jours, peut réunir 60 000 hommes,
et en quatre jours je pourrai y être avec 150 000 ; ou
enfin l’ennemi se livrera à des opérations hors de calcul, et
entrera en Allemagne en se portant soit sur Munich, soit sur
Nuremberg ; alors ils me livreront à l’offensive toute la
Bohême. Si, au contraire, l’entrée de l’armée russe en Bohême
est fausse, ou qu’il n’y soit entré qu’un corps peu
considérable, alors en deux jours je puis réunir 200 000 hommes
contre l’armée ennemie en Silésie. Vous voyez que voilà la
guerre établie sur une grande échelle. Le général de Wrede est
avec 30 000 Bavarois sur l’Inn. Le duc de Castiglione est
à Wurtzbourg avec quatre divisions, la 51<sup>e</sup>, la 52<sup>e</sup>,
la 53<sup>e</sup> et la 54<sup>e</sup>. Vous savez mieux que moi où
en est la formation de ces divisions ; mais dès le 14 août
le duc de Castiglione avait 4 000 hommes. Je désire que ce
corps ait le plus tôt possible ses batteries d’artillerie à pied
et à cheval. Donnez des ordres à cet effet. Dans les premiers jours
de septembre, le général Milhaud, avec 3 à 4 000 hommes
de cavalerie venant d’Espagne, rejoindra le duc de Castiglione, qui
se trouve déjà en position de protéger Wurtzbourg, et supérieur à
tous les corps de troupes légères ou partisans que l’ennemi
pourrait jeter de ce côté.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il reste à prévoir le
cas où l’ennemi, oubliant les leçons du passé, se porterait avec
40 000 hommes sur Munich, et avec 25 ou 30 000 sur
Wurtzbourg, ce qui l’affaiblirait de 70 000 hommes. Voici
ce que j’ai ordonné pour la défense de Wurtzbourg, afin que vous
puissiez donner des ordres en conséquence : Le général de
division Turreau s’enfermera dans Wurtzbourg avec un général de
brigade, quatre majors et huit chefs de bataillon, et la valeur de
3 000 hommes d’infanterie ; deux compagnies
d’artillerie ayant quarante chevaux pour atteler huit pièces ;
une centaine de chevaux, une compagnie de sapeurs, un officier
supérieur du génie et trois officiers ; un officier supérieur
et trois officiers d’artillerie. Il aura des vivres pour six mois.
Le général Turreau aura en outre 400 hommes de Wurtzbourg, et
il y aura 1 100 hommes dans les hôpitaux ; cela fera
en tout une garnison de 5 000 hommes, les hommes des
hôpitaux guérissant tous les jours et renforçant la garnison. Le
général Turreau occupera la ville, qui a une très bonne enceinte ;
sa batterie attelée lui servira pour se porter sur tous les points
du rempart. Quand l’ennemi aura ouvert la tranchée devant la
ville, sur la rive gauche, et que le général Turreau l’aura
gardée le plus longtemps possible, il fera sauter une arche du pont,
si cela est nécessaire, et gardera la ville sur la rive droite, qui
dépend entièrement de la citadelle. Il est nécessaire que les
hommes isolés, sortant des hôpitaux de Hanau et d’Aschaffenbourg,
jusqu’à la concurrence de 800 hommes, se rendent à
Wurtzbourg ; il faudra qu’ils y soient envoyés armés et
habillés, et ils seront mis en subsistance, à raison de 20 hommes
par compagnie, dans les bataillons du 123<sup>e</sup> et du 124<sup>e</sup>,
de manière à les porter à 800 hommes par bataillon. Le duc de
Castiglione n’aura alors à fournir que 1 600 hommes pour
compléter cette garnison à 3 000 hommes. Prescrivez ces
dispositions au duc de Valmy. Il faudrait qu’il y eût à
Wurtzbourg quelques armes et quelques habillements pour les hommes
sortant de l’hôpital, qui, à mesure de leur guérison, seront
incorporés dans ces bataillons.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le duc de Castiglione,
avec sa cavalerie, ses quatre divisions d’infanterie et son
artillerie, prendra une position de manière à pouvoir être rejoint
par les troupes que le roi de Wurtemberg réunit pour protéger ses
États, et qui sont au nombre de 4 à 5 000 hommes, et
à maintenir ses communications avec Mayence, Strasbourg et
Stuttgart. Il se réunirait avec les Bavarois, si ceux-ci étaient
repoussés et obligés de repasser le Lech ; et, recevant tous
les jours des renforts, ce corps pourra couvrir le Rhin. Vous sentez
que l’ennemi me donnerait de nouvelles chances s’il
s’affaiblissait de 60 000 hommes, indépendamment des
60 000 hommes qu’il faut qu’il oppose à l’armée
d’Italie.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans cet état de
choses, ayez l’œil sur Kehl. Il convient aussi qu’en attendant
les conscrits réfractaires qui doivent remplir les cadres des
bataillons du 123<sup>e</sup> et du 124<sup>e</sup>, du 127<sup>e</sup>
et du 128<sup>e</sup>, on complète ces bataillons au moyen d’hommes
isolés sortant des hôpitaux, qui seront armés et habillés, et mis
en subsistance dans ces bataillons. On en dressera procès-verbal et
on tiendra note de leurs régiments respectifs, de sorte que ces
hommes puissent par la suite les rejoindre. Cela offrira l’avantage
que ces convalescents se rétabliront et garderont en même temps les
places de Wesel, Cassel et Kehl. Si les circonstances devenaient plus
urgentes, vous lèveriez les gardes nationales sédentaires de
l’Alsace et celles des différentes places fortes de la frontière ;
mais il ne faut prendre cette mesure que lorsqu’il en vaudra
réellement la peine. Il suffit pour le moment que vous ayez un bon
commandant et deux bataillons, formés comme il a été dit
ci-dessus, dans Kehl, deux dans Cassel, un à poste fixe dans le fort
de Montebello, et quatre dans Wesel. Le cas arrivant, chaque général
commandant une division militaire réunirait une ou deux compagnies
des 5<sup>es</sup> bataillons pour en former des bataillons
provisoires de garnison, chacun de quatre compagnies, qui seraient
commandés par les chefs de bataillon et les majors.</p><p style="margin-bottom: 0cm">En cas plus urgent, et
l’ennemi ayant dépassé Wurtzbourg, on arrêterait tous les
détachements se rendant à l’armée, et on les réunirait à
Mayence, Strasbourg et Wesel, pour former des bataillons provisoires
de guerre ; cela aurait l’avantage que ces bataillons
serviraient à la défense de ces places, et qu’ensuite ils
viendraient en masse réparer les pertes que l’armée aurait faites
dans les batailles. J’ai ordonné qu’on approvisionnât Kehl et
Cassel. Je pense aussi qu’il conviendrait de mettre une pièce en
batterie sur chaque bastion de Mayence, de Strasbourg et de Huningue,
ainsi que des autres places frontières. Faites tout cela tout
doucement et sans secousse.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Pour l’Italie, les
places à garder sont Alexandrie et la citadelle de Turin. Il serait
convenable d’armer la citadelle de Turin, d’y avoir une compagnie
d’artillerie et d’y commencer un approvisionnement pour
1 000 hommes pendant deux mois. Pour l’armement, il sera
suffisant que l’artillerie nécessaire soit dans la place, et qu’il
y ait une pièce en batterie sur chaque bastion. Il faudra désigner
pour la garnison deux bataillons, chacun de quatre compagnies tirées
des 5<sup>es</sup> bataillons. Quant à Alexandrie, il faudra en
désigner six. On pourra également y mettre en subsistance tous les
hommes isolés sortant des hôpitaux. Examinez les états de
situation, et voyez le parti qu’il y a à prendre pour avoir dans
le Piémont une force mobile de quelques bataillons, de quelques cent
chevaux et de quelque artillerie. Mon intention étant de lever
(j’attends à cet effet le rapport que j’ai demandé à
l’archichancelier) 60 000 hommes sur les classes
arriérées, sans y comprendre ce que les départements du Midi
doivent fournir à l’armée d’Espagne, et de lever aussi la
conscription de 1815, et comme vous avez beaucoup de cadres à
remplir, indépendamment des 80 000 hommes qu’emploient
les 5<sup>es</sup> bataillons<sup>[^2]</sup>,
cela donnera des moyens de pourvoir à tout. Il faudra alors diriger
sur l’Italie et le Piémont la valeur de 12 000 de ces
conscrits, tous de l’ancienne France, ce qui assurerait les places
et la tranquillité du pays.<sup>[^3]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Depuis le 16 août.
[^2]: <span></span><span style="background: #ffff00">« 6</span><sup><span style="background: #ffff00">es</span></sup><span style="background: #ffff00"> bataillon »
dans [</span><i><span style="background: #ffff00">C </span></i><span style="background: #ffff00">20410].</span>
[^3]: <span></span> Copie d’expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 328 (minute, Archives nationales, AF IV 902, août 1813, n° 245). Extrait [catalogue de vente], étude Gros et Delettrez, Cabinet d’expertise Valleriaux,<i> Succession Eugène Rossignol,</i> Drouot, 22-23 mai 1997, n° 545. [<i>C </i>20410]</body> |
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