CG14-35976.md

identifiantCG14-35976.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1813/08/18 00:00
titreNapoléon au maréchal Berthier, major général de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 35976. - </b><span style="font-variant: normal">Au maréchal Berthier, major général de la Grande Armée</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Reichenbach, 18 août 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, faites connaître au duc de Castiglione que la situation de l’armée est la suivante :</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le quartier général à Gœrlitz, le prince de la Moskova et le duc de Raguse au camp de Bunzlau ; le duc de Tarente et le comte Lauriston au camp de Lœwenberg ; le duc de Bellune et le prince Poniatowski au camp de Zittau, occupant les districts de Bohême, de Friedland et de Rumbourg ; la Garde avec le quartier général à Gœrlitz. Les 4<sup>e</sup>, 7<sup>e</sup> et 12<sup>e</sup> corps débouchent aujourd’hui de Baruth sur Berlin ; le maréchal Saint-Cyr est à Pirna ; le général Vandamme entre l’Elbe et Bautzen ; le général Durosnel occupe avec une bonne garnison Dresde, qui a été fortifié et mis en état de bien se défendre. Le prince d’Eckmühl débouche de son côté de Hambourg sur Berlin. Le général Girard, avec une division de 10 000 hommes, débouche de Magdebourg. Le général Margaron réunit à Leipzig une division de 6 000 hommes. Le duc de Castiglione réunit le corps de Bavière à Wurtzbourg. Le général Lemoine est avec un corps d’observation à Minden. Le général de Wrede, avec les Bavarois, est sur l’Inn. Le vice-roi, avec l’armée d’Italie, est en avant de Laybach.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dans cette situation des choses, vous ferez connaître au duc de Castiglione que j’espère que, dans les six premiers jours de septembre, le général Milhaud pourra le joindre avec 3 000 hommes de vieille cavalerie<sup>[^1]</sup> ; que je crois qu’il a déjà 4 000 hommes d’infanterie, et que j’espère que, dans les premiers jours de septembre, il aura reçu vingt bataillons de ses deux premières divisions, et se trouvera avoir un corps d’observation de 12 000 hommes, capable d’en imposer à l’ennemi, et à l’abri des partisans ; qu’il doit être écrire à mon ministre à Stuttgart<sup>[^2]</sup> pour que, en cas que les partisans se glissent de ce côté, il sache les forces que le roi de Wurtemberg pourra réunir à Mergentheim pour protéger ses États, afin que le maréchal puisse combiner ses forces avec le corps wurtembergeois ; qu’il doit instruire les généraux qui commandent à Erfurt, à Leipzig, et le général Durosnel à Dresde, de tout ce qui viendrait à sa connaissance des mouvements de l’ennemi ; qu’il doit faire courir le bruit qu’il attend 60 000 hommes de vieilles troupes, et qu’aussitôt qu’ils seront arrivés il se portera en Bohême ; qu’il faut beaucoup faire sonner dans les journaux de Francfort et de Wurtzbourg l’arrivée des régiments de cavalerie qui viennent d’Espagne ; qu’il n’est pas probable que l’ennemi puisse prodiguer beaucoup de forces à des opérations extérieures avant que les événements le lui permettent, puisqu’il est environné de forces de tous côtés ; qu’il faut que le duc de Castiglione écrive au ministre pour accélérer autant que possible la formation de son corps ; que j’espère qu’à la fin de septembre il sera de plus de 30 000 hommes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Chargez-le de laisser le général de division Turreau avec un bon général de brigade pour commander la ville et la citadelle de Wurtzbourg ; qu’il complète les cadres des bataillons du 127<sup>e</sup> et du 128<sup>e</sup>, chacun à 900 hommes, de sorte qu’ils fassent ensemble 1 800 hommes ; qu’à cet effet il y incorpore des hommes isolés sortant des hôpitaux de Wurtzbourg, d’Aschaffenbourg, à raison de 60 hommes par compagnie, ce qui fera 700 malades. On désignera les régiments auxquels ils appartiennent, pour qu’on puisse les leur restituer ; il les fera armer avec des fusils qui doivent se trouver à Wurtzbourg, et les fera habiller et équiper, en faisant venir de Mayence des effets d’habillement dans un nombre proportionné.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Recommandez-lui de faire placer tous les hôpitaux de Wurtzbourg dans la citadelle. Que, dans le cas où il serait obligé d’évacuer, il laisse dans la ville avec le général Turreau un bon général de brigade, homme de résolution et ferme ; qu’il y laisse 3 000 hommes, deux compagnies d’artillerie, une de sapeurs, un officier supérieur du génie avec trois officiers de grade inférieur, un officier supérieur d’artillerie également avec trois officiers de grade inférieur, indépendamment de ceux des compagnies. Qu’il fasse placer sans délai toutes les farines et approvisionnements de siège dans les souterrains ; qu’il s’assure que la place a le nombre de pièces et l’approvisionnement nécessaire pour soutenir un long siège ; qu’il fasse connaître au général Turreau qu’il peut aussi y conserver une centaine de chevaux ; que les sapeurs soient sur-le-champ exercés à la manœuvre du canon, et qu’il ordonne que 100 hommes de chaque bataillon soient également exercés à cette manœuvre ; que, comme on doit s’attendre à recevoir des obus, il faut mettre dans des souterrains tout ce qui est nécessaire à la défense, et qu’on démolisse les baraques et les maisons inutiles. Qu’il y laisse une batterie d’artillerie de campagne avec les chevaux nécessaires pour atteler les huit pièces, c’est-à-dire 40 chevaux : ces pièces sont spécialement destinées à garder la ville. Qu’il fasse sur-le-champ raccommoder tous les ponts-levis et relever les barbettes dans les bastions.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Avec les 3 000 hommes d’infanterie le général Turreau doit garder Wurtzbourg jusqu’à ce que l’ennemi ait amené l’artillerie de siège et ouvert la tranchée, ce que probablement il ne fera pas, et, lorsqu’il ne pourra plus se défendre dans la ville, il faut qu’il se concentre sur la rive gauche d’où dépend la citadelle : et, à cet effet, on établira une traverse et une pièce de canon sur le pont ; il serait même nécessaire qu’à la dernière extrémité on en fît sauter une arche, sans laisser entrevoir cette intention dans ce moment. Ajoutez dans votre lettre au duc de Castiglione que, dans le nombre de 3 000 hommes nécessaire pour la défense de la place, les hommes se guérissant dans les hôpitaux, les artilleurs et les sapeurs ne sont pas compris, et qu’indépendamment du général de division Turreau et du général de brigade commandant en second il est nécessaire de laisser dans la place quatre colonels ou majors et huit chefs de bataillon ; qu’il doit y avoir des vivres pour six mois ; que les farines doivent s’y trouver, puisque j’en ai envoyé une grande quantité en réserve ; que les fourrages, bestiaux, vin, bois, sel, on se les procure promptement dans les environs ; qu’il pourra laisser 400 hommes de Wurtzbourg ; qu’obligé d’abandonner la place il emmènera avec lui toutes les autres troupes du pays ; que ces 400 hommes qu’il laissera ne doivent pas compter dans les 3 000. On peut donc évaluer de la manière suivante la garnison que le duc de Castiglione laissera dans Wurtzbourg sous le commandement du général Turreau : 3 000 hommes d’infanterie, 200 d’artillerie, 100 sapeurs, 100 ouvriers, 400 hommes de Wurtzbourg, 100 hommes de Wurtzbourg qu’on appliquera au service du canon ; total, 3 900 hommes. En supposant que le maréchal laisse dans les hôpitaux 1 100 hommes, cela fera donc une garnison de 5 000 hommes. À cet effet, il fera de préférence évacuer les malades qui ne doivent pas se rétablir promptement et ceux qui resteront hors de service ; on laissera ceux qui peuvent guérir, et, au fur et à mesure de leur guérison, ce sera autant de renfort pour la garnison. Le maréchal aura soin d’avoir 1 500 fusils de rechange destinés à réarmer les malades. Avec cette force le général Turreau doit tenir la ville et les environs fort longtemps, et tenir en échec 12 à 15 000 ennemis.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je pense que, la garnison étant suffisamment considérable, on doit construire sur-le-champ une bonne redoute sur la hauteur. La communication sera facile par le chemin creux dans le ravin. Cette redoute, faite dans toutes les règles et bien palissadée, aura l’avantage de retarder d’autant l’approche de l’ennemi de la citadelle.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Toutefois le maréchal ne doit quitter la place qu’à la dernière extrémité, et que lorsque évidemment quelque corps très considérable se présenterait pour le déborder. Dans ce cas, il manœuvrerait avec le reste de son corps pour faire sa jonction avec les troupes wurtembergeoises et prendre une position qui couvre le Wurtemberg et Mayence, et maintienne le plus longtemps possible la communication avec Wurtzbourg. Il faut que toujours il soit à même de couvrir Mayence, et d’en recevoir les divers renforts qui lui arrivent de France, ainsi que tout ce que le roi de Wurtemberg, les grands-ducs de Hesse-Darmstadt et de Bade<sup>[^3]</sup> pourraient lui envoyer, et même de se réunir aux Bavarois, si Munich était envahi et que ceux-ci fussent repoussés.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Annoncez au duc de Castiglione que, si l’ennemi s’affaiblissait ainsi d’un corps de 30 000 hommes contre les Bavarois et de 25 000 contre Wurtzbourg, il serait promptement rappelé par les opérations de la Grande Armée. Dites au maréchal que je compte sur son zèle.<sup>[^4]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Nap</i></h3> [^1]: Voir CG14-35821. [^2]: Fay de la Tour Maubourg. [^3]: <span></span> Frédéric I<sup>er</sup> de Wurtemberg, Louis I<sup>er</sup> de Hesse-Darmstadt et Charles II de Bade. [^4]: <span></span> Expédition, S.H.D., Guerre, 17 C 124 (minute, Archives nationales, AF IV 902, août 1813, n° 253). [<i>C </i>20402]</body>