CG14-35964.md

identifiantCG14-35964.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1813/08/17 00:00
titreNapoléon à Maret, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 35964. - </b>À Maret, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bautzen, 17 août 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de Bassano, je vous envoie la note en réponse à la déclaration de l’Autriche<sup>[^1]</sup>, avec quelques corrections. Il est important que les déclarations soient bientôt envoyées à Paris. Il me semble que, lorsque vous aurez envoyé cette note à Prague, vous pourriez envoyer le manifeste de l’Autriche et cette réponse à tous les princes de la Confédération, en annonçant que les pièces vont aussi leur être adressées. Si vous avez rédigé les Notes en réponse au manifeste, vous pourriez les communiquer aussi avec le manifeste. Si j’y fais quelques changements ce sera pour l’impression. Il est convenable également que vous donniez ordre au chargé d’affaires d’Autriche de quitter Paris.<sup>[^2]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps"> <br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps"> Note dictée par l’Empereur en réponse au manifeste de l’Autriche</p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm">Le soussigné, ministre des relations extérieurs, a mis sous les yeux de sa majesté l'Empereur et roi la déclaration du 11 août : l’Autriche dépose de médiateur dont elle avait couvert ses desseins.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Depuis le mois de février, les dispositions hostiles du cabinet de Vienne envers la Malice étaient connues de toute l’Europe. Le Danemark, la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg, Naples et la Westphalie ont dans leurs archives des pièces qui prouvent combien l’Autriche, sous les fausses apparences de l’intérêt qu’elle prenait à son allié de l’amour de la paix, nourrissait de jalousie contre la France. Le soussigné se refuse at retracer ce système de protestations prodiguées d’un côté et d’insinuations répandues de l’autre, par lequel le cabinet de Vienne compromettait la dignité de son souverain, et qui dans son développement a prostitué ce qu’il y a de plus sacré parmi les hommes ; un médiateur, un congrès et le nom de la paix. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Si l’Autriche voulait faire la guerre, qu’avait-elle besoin de se parer d’un faux langage et d’entourer la France de pièges mal tissés qui frappaient tons les regards ? Si le médiateur voulait la paix, aurait-il prétendu que des transactions si compliquées s’accomplissent en quinze ou vingt jours ? Était-ce une volonté pacifique que celle qui consistait à dicter la paix et la France en moins de temps qu’il n’en faut pour conclure la capitulation d’une place assiégée ? La paix de Teschen exigea plus de quatre mois de négociations. Plus de six semaines furent employées à Sistova avant que la discussion même sur les formes fût terminée. La négociation de la paix de Vienne, en 1809, lorsque la plus grande partie de la monarchie autrichienne était entre les mains la France, a duré deux mois. Dans les diverses transactions, les intérêts et le nombre des parties étaient circonscrits ; et lorsqu’il s’agissait, à Prague, de poser dans un congrès les bases de la pacification générale, de concilier les intérêts de la France, de l’Autriche, de la Russie, de la Prusse, du Danemark, de la Saxe et tant d’autres puissances ; lorsqu’aux complications qui naissaient de la multiplicité et de la diversité des intérêts se joignirent les difficultés résultant des prétentions ouvertes on cachées du médiateur, il était dérisoire de prétendre que tout fut terminé, montre en main, en quinze jours. Sans ln funeste intervention de l’Autriche, la paix entre la Russie, la France et la Prusse serait faite aujourd’hui.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’Autriche ennemie de la France, et couvrant son ambition du masque de médiatrice, compliquait tout et rendait toute conciliation impossible ; mais l’Autriche s’étant déclarée en état de guerre est dans une position plus vraie et toute simple. L’Europe est ainsi plus près de la paix : il y a une complication de moins. Le soussigné a donc reçu l’ordre de proposer à l’Autriche de préparer dès aujourd’hui les moyens de parvenir à la paix, d’ouvrir un congrès où toutes les puissances, grandes et petites, seront appelées, où toutes les questions seront solennellement posées, où l’on n’exigera point que cette œuvre aussi difficile que salutaire soit terminée, ni dans une semaine, ni dans un mois ; où l’on procédera avec la lenteur inséparable de toute opération de cette nature, avec la gravité qui appartient à un si grand but et à de si grands intérêts. Les négociations pourront être longues ; elles doivent l’être. Est-ce en peu de jours que les traités d’Utrecht<sup>[^3]</sup>, de Nimègue<sup>[^4]</sup>, d’Aix-la-Chapelle<sup>[^5]</sup> ont été conclus ? Dans la plupart de ces discussions mémorables, la question de la paix fut toujours indépendante de celle de la guerre. On négociait sans s’informer si l’on se battait ou non, et, puisque les alliés fondent tant d’espérances sur les chances des combats, rien n’empêche de négocier, aujourd’hui comme alors, en se battant. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Le soussigné propose de neutraliser un point sur la frontière pour le lieu des conférences ; de réunir les plénipotentiaires de la France, de l’Autriche, de la Russie, de la Prusse, de la Saxe ; de convoquer tous ceux des puissances belligérantes, et de commencer, dans cette auguste assemblée, l’œuvre de paix, si vivement ; désirée par toutes l’Europe. Les peuples éprouveront une consolation véritable en voyant les souverains s’occuper de mettre un terme aux calamités de la guerre, et confier à des hommes éclairés et sincères le soin de concilier les intérêts, de compenser les sacrifices, et de rendre la paix avantageuse et honorable à toutes les nations. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Le soussigné ne s’attache pas à répondre au manifeste de l’Autriche et au seul grief sur lequel il repose : sa réponse serait complète en un seul mot. Il citerait la date du traité d’alliance conclu le 14 mars 1812 entre les deux puissances et la garantie, stipulée par ce traité, du territoire do l’Empire tel qu’il était le 14 mars 1812.</p> [^1]: Datée du 11 août, portant que l’Autriche n’était plus médiatrice pour la paix et en rejetait la faute sur la France. Cette déclaration avait été rédigée depuis plusieurs jours avant même le terme de l’armistice. [^2]: <span></span> Copie, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1792 (minute, Archives nationales, AF IV 902, août 1813, n° 230). [<i>C </i>20395] [^3]: Le congrès d’Utrecht s’ouvrit en décembre 1712 et se solda par deux traités (11 avril) et (13 juillet) qui mettait fin à la guerre de Succession d’Espagne. [^4]: Le congrès de Nimègue donna lieu à trois traités signés entre la France, les Provinces unies (10 août 1678), l’Espagne (17 septembre 1678) et le Saint Empire Romain germanique (5 février 1679). Il mettait fin à la guerre de Hollande. [^5]: Deux traités furent signés à Aix-la-Chapelle. Le premier en 1668 mettant fin à la guerre de Dévolution entre la France et l’Espagne. Le second à l’issue d’un congrès qui s’étalé du 24 avril au 18 octobre 1748, mettant fin à la guerre de Succession d’Autriche.</body>