| identifiant | CG14-35784.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1813/08/08 00:00 |
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| titre | Napoléon au maréchal Davout, commandant le 13e corps de la Grande Armée |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 35784. - </b><span style="font-variant: normal">Au
maréchal Davout, commandant le 13e corps de la Grande Armée</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Dresde, 8 août 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, je reçois
votre lettre du 5 août. Je me suis fait rendre compte de ce qui
est relatif à vos compagnies d’artillerie à cheval ; vous
devez effectivement n’en avoir que deux.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il n’y a aucune
espèce de doute que l’ennemi dénoncera l’armistice le 10 et
que les hostilités commenceront le 16 ou le 17. Vous pouvez
donc compter là-dessus. Je vous ai dit de réunir toutes vos troupes
sur la rive droite ; cela me paraît de la plus grande
nécessité, afin de prendre l’offensive et de tenir un corps égal
en échec devant vous. Tous les renseignements m’apprennent que le
prince royal de Suède commandera dans cette partie et même à
Berlin.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous ai déjà fait
connaître que le duc de Reggio avec le général Vandamme, le
général Reynier et le duc de Padoue, ce qui fera une armée de près
de 80 000 hommes, débouchera par Luckau et Baruth, le jour
de la rupture de l’armistice, pour être en trois ou quatre jours à
Berlin. Vous sentez qu’il est nécessaire que toutes les forces qui
se trouvent sous les ordres du prince royal<sup>[^1]</sup>,
savoir l’armée suédoise, le 3<sup>e</sup> corps de l’armée
prussienne commandé par Bülow, enfin le corps auxiliaire à la
solde de l’Angleterre, et la division russe, ne puissent pas se
porter tout entières à la rencontre du corps qui débouchera par
Luckau. Il faut les obliger à tenir un corps de 30 000 hommes
vis-à-vis de vous, et ils se trouveront dans cette obligation s’ils
vous voient le 10 prêt à prendre l’offensive. Le 12, ayez
vous-même votre quartier général une lieue en avant de Hambourg ;
que les portes de Hambourg soient fermées à tout votre état-major,
et que toutes vos troupes, infanterie, cavalerie et artillerie,
soient prêtes à déboucher. Vous déboucherez effectivement si vous
vous trouvez supérieur, ou vous aurez pris une bonne position qui
couvrira Hambourg si l’ennemi se trouvait supérieur. Vous aurez
soin de poursuivre vivement l’ennemi, afin de menacer les Suédois
de leur couper la Poméranie et de les obliger d’y rentrer.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Sur cet ordre que je
vous ai déjà donné plusieurs fois, vous faites l’objection que
l’ennemi pourra donc passer l’Elbe et ravager le pays. Il n’y a
pas de remède à cela. Je ne vous crois pas assez égal en cavalerie
pour pouvoir vous y opposer avec avantage ; mais il faut que,
toutes les fois que les partisans passeront entre Hambourg et
Magdebourg, ou entre Magdebourg et Dresde, ils ne trouvent rien à
prendre à l’armée, qu’ils ne trouvent à piller que le pays. Je
pense qu’il faut replier l’artillerie qui est dans vos différents
postes, puisqu’elle pourrait y être compromise.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous proposez d’avoir
2 à 3 000 hommes d’infanterie, un millier de
chevaux et cinq à six pièces d’artillerie légère, manœuvrant
entre Harbourg, Lunebourg et Werden. Cela me paraît fort sage et
sans inconvénient. Ce corps, n’ayant aucun embarras, pourra
promptement se replier sur Harbourg et venir vous rejoindre s’il a
affaire à des troupes par trop considérables. Mais, si vous aviez
poussé l’ennemi, il passerait l’Elbe à Dœmitz et viendrait
encore vous rejoindre. Non seulement cette colonne sera utile, mais
elle est même indispensable. Il est possible que l’ennemi attende,
pour passer l’Elbe avec des forces raisonnables, qu’il ait pu
vous rejeter dans Hambourg. Dans ce cas, ce corps sur la rive gauche
menacerait l’ennemi. Si, au contraire, l’ennemi fait passer
l’Elbe à des forces égales aux vôtres, vous aurez affaibli votre
corps principal, mais l’ennemi se sera affaibli dans la même
proportion.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous ai dit de
veiller à ce que, de tous les convois qui viennent à Hambourg, il
n’y en ait aucun de pris. Vous saisissez mal ce que je veux vous
dire et vous me répondez « qu’il est difficile de garder
tout l’Elbe ». Je vous répète que mon intention n’est pas
de garder tout l’Elbe, l’ennemi a trop de mauvaises troupes dont
il fait peu de cas pour une affaire générale, et qu’il sait
lancer en partisans pour piller ou pour faire insurger ; mais le
moyen de ne rien perdre c’est de ne rien avoir. Les convois qui se
dirigent sur Hambourg viennent de Wesel ou de Magdebourg ;
écrivez au général Le Marois qu’à dater de la reprise des
hostilités on n’expédie plus aucun convoi pour Hambourg, et
pressez l’arrivée de ceux qui sont en route. Donnez ordre
également qu’on arrête à Bremen tous les bataillons de marche,
tous les hommes à pied de la cavalerie, tous les convois
d’artillerie, tous les convois quels qu’ils soient qui seraient
en route pour se rendre à Hambourg après l’armistice ; que
le commandant de la ville de Bremen les garde pour la défense de la
ville, et qu’il ne vous envoie des convois que lorsqu’il pourra
réunir 3 ou 4 000 hommes pour leur escorte et que la
situation des choses rassurera d’ailleurs sur l’arrivée de ces
envois. Ainsi je ne prétends pas que vous défendiez tout l’Elbe,
mais qu’à l’expiration de l’armistice vous n’ayez en route
aucun convoi ou détachement d’hommes à pied, de cavalerie,
d’artillerie, d’équipages militaires ou d’infanterie, sur les
communications de Brême à Hambourg et de Magdebourg à Hambourg ;
qu’il n’y ait que les estafettes et la poste qui passent ;
qu’enfin ou ne communique, comme cela doit toujours se faire pour
les transports et convois en temps de guerre, que sous des escortes
d’une force suffisante pour résister aux partisans. Faites
parcourir par des officiers de gendarmerie les différentes routes
par où viennent les convois, pour qu’au moment de la rupture il
n’y ait rien en marche et que rien ne soit compromis. Je suppose
que maintenant vous comprenez bien mes intentions et que vous allez
agir en conséquence.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Prenez les mêmes soins
pour les convois d’argent ; il faut qu’à dater du 10 au
12 août il ne parte aucun convoi d’argent sans un ordre
spécial de vous, et que de Wesel à Hambourg, de Magdebourg à
Hambourg et de Hambourg à Magdebourg, il ne se trouve aucun convoi
d’argent. Lorsque les quinze premiers jours de la campagne seront
passés, on verra la situation des choses et les mouvements qu’il
sera convenable d’autoriser.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Écrivez à Wesel, à
Brême, à Magdebourg, à Osnabrück, à Hanovre, à mon ministre à
Cassel<sup>[^2]</sup>,
pour que tout cela soit ainsi organisé.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’officier
d’ordonnance que je vous ai expédié m’apportera la situation de
tout votre corps. Je désire surtout la situation de votre cavalerie.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">1<sup>o</sup> Votre
cavalerie consiste : dans une brigade composée du 28<sup>e </sup>de
chasseurs et d’un régiment lithuanien. Qu’est-ce que ces
régiments auront, au 16 août, à cheval et en état de se
battre ? Qu’est-ce qu’ils ont à pied à Hambourg ?
Combien ont-ils de selles et de chevaux ? Que leur manque-t-il
pour être entièrement montés ? Les colonel<sup>[^3]</sup>,
major et cadres du 28<sup>e</sup> sont-ils arrivés, ou quand
arriveront-ils ? Quand les différents détachements qui doivent
compléter ce régiment arriveront-ils ? Cela doit former
1 200 hommes.
</p><p style="margin-bottom: 0cm">2<sup>o</sup> Vous avez
un régiment de marche de troupes légères, de dragons et de
cuirassiers, qui vous a été envoyé par le général Bourcier ;
ce régiment doit être de 1 250 hommes. Quelle est sa
composition, sa situation en officiers, soldats, chevaux et selles ?
Il me semble que vous m’avez mandé que ces 1 200 hommes
étaient montés. Le ministre de la Guerre vous a envoyé les 4<sup>es</sup>
escadrons de cuirassiers à pied, formant trois régiments, qui
composent la brigade de cuirassiers de Hambourg. Combien y aura-t-il
d’hommes arrivés au 16 août ? Où seront les autres ?
Veillez à ce qu’il ne reste sur les routes personne que l’ennemi
puisse enlever. Combien y aura-t-il de chevaux ? Combien de
selles ? Quand tous ces hommes seront-ils montés ?
</p><p style="margin-bottom: 0cm">3<sup>o</sup> Enfin le
général Bourcier a dirigé sur Hambourg, sur la demande que vous
lui en avez faite, 1 000 hommes à pied de cavalerie.
Faites-moi connaître s’ils seront arrivés le 16 et quand ils
seront montés. Le total de tout ceci vous ferait 6 500 hommes.
D’après les renseignements que vous m’avez donnés, je suis
fondé à penser que vous aurez 4 000 hommes montés et
dans le cas de se battre au 16 août, ce qui, avec les Danois,
vous fera 6 000 cavaliers. Vous en aurez en outre 2 500 à
pied, qui, pouvant faire le service de Hambourg et étant exercés au
service du canon, vous permettront d’affaiblir d’autant la
50<sup>e</sup> division.</p><p style="margin-bottom: 0cm"><span style="font-variant: small-caps"><u>50</u></span><span style="font-variant: small-caps"><sup><u>e</u></sup></span><span style="font-variant: small-caps"><u> division</u></span><sup><span style="font-variant: small-caps"><u>[^4]</u></span></sup>.
Quelle sera la situation de cette division au 16 août ? Le
5<sup>e</sup> bataillon du 33<sup>e</sup> léger sera-t-il arrivé ?
Les conscrits réfractaires de Flessingue seront-ils arrivés ?
Ceux de Wesel seront-ils arrivés ? Les 3<sup>es </sup>bataillons
du 3<sup>e</sup> et du 105<sup>e</sup>, avec les conscrits
réfractaires et les différents détachements de Strasbourg, y
seront-ils arrivés ? Où seront les autres détachements qui ne
seraient pas arrivés à l’expiration de l’armistice ?
Prenez des mesures pour qu’ils ne soient pas compromis. Selon les
données que j’ai, j’espère que la 50<sup>e</sup> division
aura une force de 9 000 hommes au 16 août. Vous en
pouvez laisser 3 000 pour la garde de Hambourg, et employer
6 000 des meilleurs à augmenter votre corps actif.</p><p style="margin-bottom: 0cm">De cette façon vous
auriez :
</p><p style="margin-bottom: 0cm">1<sup>o</sup> à
l’armée, la 3<sup>e</sup> division, la 40<sup>e</sup> et la 50<sup>e</sup>,
ce qui vous ferait plus de 20 000 hommes et 4 000 hommes
de cavalerie ; total, 24 000 hommes, plus
10 000 Danois ; en tout 34 000 hommes ;
</p><p style="margin-bottom: 0cm">2<sup>o</sup> à
Hambourg, 2 500 hommes de cavalerie à pied, 500 hommes
d’artillerie, 300 ouvriers de la marine, 1 000 hommes
des équipages de la marine, 150 gendarmes, 7 à
800 douaniers et 3 000 hommes de la 50<sup>e</sup> division ;
ce qui ferait plus de 8 000 hommes à Hambourg. Vous aurez
donc un total de près de 45 000 hommes, et, en admettant
qu’il y ait quelque chose d’exagéré dans ce calcul, et que vous
ne puissiez réunir que 30 000 hommes actifs et que
5 000 hommes de garnison à Hambourg, ce qui suffirait pour
cette ville pendant le temps que vous la couvririez, cela ferait
35 000 hommes, et vous devez en avoir 45 000.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous envoie un
général qui sort de la Garde et qui est bon ; il vous servira
pour remplacer le général Loison ou le général Thiébault. La 50<sup>e</sup>
division a le général Vichery, qui peut marcher. Vous avez beaucoup
de généraux de cavalerie, puisque vous avez le général Watier et
trois autres généraux. Faites-moi donc connaître, par le retour de
l’estafette et en détail, votre position, et faites dresser un
état de la situation de vos affaires au 16 août et pendant
tout le reste d’août.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je suppose qu’avec
les Danois vous aurez cent pièces de canon. Vous devez partir du
principe qu’il est bon d’avoir un approvisionnement et demi
attelé, mais qu’un simple approvisionnement à la rigueur est
suffisant, dès l’instant que vous avez à Hambourg des munitions
pour les remplacements.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L’Autriche est contre
nous. Cette puissance a 300 000 hommes sur pied, effectifs,
ce qui lui fournit une armée de 120 000 hommes qui
marchera contre moi sur Dresde, une autre de 30 000 hommes
contre la Bavière, enfin une troisième de 50 000 hommes
contre le vice-roi, qui est à Laybach ; ce qui ferait
200 000 hommes sous les armes, et ce qui suppose 320 à
350 000 hommes effectifs. Quelque accroissement de forces
que cela donne aux alliés, je me trouve en mesure d’y faire face.
Mais vous devez sentir qu’il faut de l’énergie, et que si votre
corps de 30 000 hommes était disséminé et ne remplissait
pas absolument son rôle, qui est de tenir un nombre supérieur en
échec, cela compromettrait toutes les affaires.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Mon projet est de faire
marcher, comme je vous l’ai dit, vos 30 000 hommes et les
80 000 du duc de Reggio, ce qui fait 110 000 hommes,
sur Berlin ; cette force sera encore augmentée d’une colonne
de 6 000 hommes qui pourra sortir de Magdebourg. Je compte
que l’on sera à Berlin le quatrième jour, c’est-à-dire le
20 ou le 21 ; et, s’il y avait une affaire où l’on pût
battre l’ennemi, éparpiller la landwehr et désarmer le landsturm,
cela me mettrait à même de vous envoyer sur Stettin, pour suivre
les Suédois, en vous augmentant du corps de Vandamme, et me
permettrait de rappeler à moi soit le corps du général Reynier,
soit le corps du duc de Reggio, et me renforcerait ainsi de
30 000 hommes contre la Grande Armée autrichienne et
russe, ou bien, selon les circonstances, je vous laisserais tout ce
monde pour débloquer Custrin et Stettin, marcher sur Stettin, par-là
menacer de débloquer Dantzig et obliger les Russes à y courir en
toute diligence et à se détacher des Autrichiens. Il y a dans toute
cette armée qui vous est opposée beaucoup de canaille, qui, une
fois attaquée et battue, se dissipera, telle que la landwehr, la
légion hanséatique, la légion de Dessau, etc. ; de sorte que
huit jours de campagne, même sans de grands succès, réduiront de
moitié les troupes ennemies qui sont dans cette partie.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les circonstances sont
fortes ; le rôle que vous avez à remplir est très actif. Il
faut surtout que vous menaciez de bonne heure, afin qu’on ne se
tourne pas entièrement contre ce qui débouchera sur Berlin, et
qu’on ne vous néglige pas. Je vous le répète, aussitôt que vous
saurez que l’armistice est dénoncé, sortez avec pompe de
Hambourg, exigez que tout votre quartier général en parte et que
vos troupes soient campées ou cantonnées suivant les maximes de la
guerre.<sup>[^5]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Np</i></h3>
[^1]: Bernadotte.
[^2]: Reinhard.
[^3]: Courtier.
[^4]: Commandée par Vichery.
[^5]: <span></span> Expédition, Musée d’art et d’histoire d’Auxerre, fonds Eckmühl (minute, Archives nationales, AF IV 902, août 1813, n° 78). [<i>C </i>20339]</body> |
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