| identifiant | CG14-35231.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1813/07/05 00:00 |
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| titre | Napoléon au maréchal Oudinot, commandant le 12e corps de la Grande Armée |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG14</i> - 35231. - </b>Au maréchal Oudinot, commandant le 12e corps de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Dresde, 5 juillet 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Comme je l’ai dit
hier, je ne trouve pas le camp retranché<sup>[^1]</sup>
et les ouvrages de la rive droite assez avancés pour entreprendre le
camp retranché de la rive gauche. Qu’est-ce que les ouvrages de ce
camp ? Ils ne forment pas un camp retranché ; le
dispositif n’en est pas bon : un cercle qui refuse ses ailes
est une mauvaise disposition de guerre. Sur la rive droite, j’ai
voulu un camp retranché, parce qu’on peut supposer que des
circonstances de guerre pourraient m’obliger à défendre la rive
droite et à y mettre 50 à 60 000 hommes. Je ne peux
plus comprendre le camp retranché sur la rive gauche ; la
droite en aval et la gauche en amont : j’y serais bloqué et
je perdrais mes communications avec la France. Si des circonstances
de guerre m’obligeaient à prendre sur cette rive la position d’un
camp retranché, j’en choisirais la direction, non pas le long de
la rivière, mais dans le sens perpendiculaire à son cours. Ce
dispositif ne servira donc à rien. Je ne dois ni ne peux prévoir le
cas où je serais obligé de défendre la rive gauche en me jetant
sur la rive droite : aussi n’est-ce pas un camp que j’ai
voulu faire, mais les faubourgs que j’ai voulu couvrir. Au reste,
on ne peut couvrir ces derniers contre une attaque sérieuse, et
c’est mal s’engager que d’entreprendre une chose qui ne serait
pas possible.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La place a 1 200 toises
de pourtour ; il y a une escarpe et une contrescarpe ; la
partie démolie peut être dans un état tel, qu’elle force
l’ennemi à ouvrir la tranchée, et, en supposant qu’il arrive
par la rive droite et qu’il vienne opérer sur la rive gauche, les
ponts, magasins, hôpitaux, manutentions sont en sureté : c’est
le résultat d’une place forte ; il ne faudrait que de 3 à
6 000 hommes pour la remplir. Si dans une guerre l’ennemi
avait une cavalerie plus nombreuse que la nôtre (ce qui le porterait
à hasarder la sienne, surtout si elle lui était inutile un jour de
bataille), et qu’elle eût l’instinct de ce genre d’opérations,
la place de Dresde rendrait-elle ses faubourgs, cette cavalerie
eût-elle les pièces légères qu’elle conduit à sa suite ?
Non. Il n’est pas de commandant sachant son devoir qui voulût
céder les faubourgs à de la simple cavalerie. Seulement il faut
aider ce commandant ; c’est le seul but que je me suis
proposé. Il faut lui préparer des fermetures, de manière que la
population et les ressources des faubourgs soient à l’abri de
toute attaque de la cavalerie légère. C’est ce qui me porte à
penser que créneler les murs, s’assurer des communications pour
que des pièces de campagne puissent parcourir au trot l’enceinte
des faubourgs, fermer par des palanques les ouvertures où il n’y a
pas de murs, ne conserver que 6 ou 8 issues pour la
circulation publique, forme l’ensemble de ce qui est à exécuter
pour préparer la défense des faubourgs. Les sorties devront être
fermées par de bonnes barrières et couvertes avec des tambours en
charpente ; les maisons doivent être crénelées, et l’on
doit désigner à l’avance celles à occuper. En cas d’insuffisance
des murailles, on aurait des palanques. Le génie demande pour cela
20 000 palissades ; c’est tout ce que l’on peut
demander.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Tous ces ouvrages une
fois faits, on sera toujours à temps de placer des lunettes en avant
des débouchés qu’on laissera ouverts. Ainsi, en résumé, je
demande un projet qui rende impraticables toutes les issues qui des
faubourgs conduisent à la campagne ; il y en a aujourd’hui
quarante à soixante ; je demande qu’elles soient rendues
impraticables en 1<sup>re</sup> et en 2<sup>e</sup> ligne,
et qu’il n’y ait que six portes au moins et douze au plus ;
les postes qui les garderont devront pouvoir communiquer entre eux et
le long des fossés où est la palanque, de manière que le service
des faubourgs se fasse comme celui de la place.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je pense que, pour le
moment, c’est tout ce que l’on peut entreprendre. Quand cela sera
exécuté, je verrai ce qu’il y aura à faire. Je tiendrais
également au projet d’abandonner le faubourg que j’habite, dans
le cas où la garnison se trouverait trop faible pour le défendre,
et de se retirer derrière la petite rivière, où une seule issue,
comme le pont, est suffisante.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Cette manière
d’envisager la question est la plus naturelle ; elle donne
moins d’ouvrage ; elle donnera une meilleure défense, parce
que des maisons qui auront des vues sur les points à défendre et
des murs qui seront crénelés seront toujours plus fortes qu’une
simple palanque. Il me faut donc un projet pour ce système de
défense.<sup>[^2]</sup></p><p style="text-align: right; margin-top: 0.42cm; page-break-inside: avoid; page-break-after: avoid">
Napoléon</p>
[^1]: La note porte sur le camp retranché de Dresde.
[^2]: Copie d’expédition, collection privée.</body> |
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