CG15-0002S.md

identifiantCG15-0002S.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1788/06/18 00:00
titreNapoléon à Loménie de Brienne, ministre secrétaire d'Etat ayant le département de la guerre
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CGS-15</i> - 2.S - </b>À Loménie de Brienne[^1], ministre secrétaire d'Etat ayant le département de la guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Ajaccio, 18 juin 1788</h2><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Monseigneur, la veuve de Buonaparte[^2] d'Ajaccio en Corse a l'honneur d'implorer votre bonté pour l'admission de son quatrième fils nommé Louis à une des écoles royales militaires. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Il concourut sans succès en 1787 ; mais il obtint une promesse pour la prochaine promotion, son âge l'en rendant encore susceptible ; celle-ci a eu lieu ; mais vous avez cru, Monseigneur, devoir donner la préférence à des enfants dont les familles produisaient des titres plus solides sans doute, et il a été encore exclu cette année sans pouvoir plus espérer dans le concours prochain, attendu que son âge ne le lui permettra plus à cette époque. Cependant un rayon d'espérance vient de luire aux yeux de la suppliante[^3].</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le jeune M. Jean-Grégoire de Benielli[^4], fils de M. Marc-Aurèle de Benielli d'Ajaccio, qui avait concouru avec le fils de la suppliante et qui avait été nommé à la dernière promotion élève du roi aux écoles royales et militaires, vient de mourir dans cette ville avant hier seize du courant, sans laisser de frères en âge de lui succéder à cette place.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Chargée de l'éducation de huit enfants, veuve d'un homme qui a toujours servi le roi dans l'administration des affaires de l'île de Corse, que la nation honora du titre de député à la Cour, qui dans les États a toujours donné des marques de son zèle et de son attachement à la France, qui, animé d'un zèle patriotique, a sacrifié une grande partie de sa vie au dessèchement du marais des Salines situé à un quart de lieue d'Ajaccio pour délivrer la ville de la malignité des vapeurs et qui a sacrifié des sommes considérables à seconder les vues du gouvernement, la suppliante ose espérer pouvoir renouveler avec plus de succès la demande qu'elle fait avec le même empressement d'une place pour son fils. Il pourra remplacer M. de Benielli d'autant mieux que par sa mort se trouve une place destinée à un corse et que l'âge de cet enfant qui le rend susceptible de cette grâce aujourd'hui, l'en rendra incapable à la prochaine promotion.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Il est vrai qu'en 1779 il plut à sa Majesté d'accorder une place à l'école de Brienne au second fils de la suppliante. Mais, si l'on a égard à la conduite qu'il y a menée et à la manière dont il a su profiter des bienfaits du Roi, ce qui l'a mis en état de pouvoir le servir et d'entrer dans son corps de l'artillerie dès le premier examen - loin de trouver dans cette grâce déjà reçue par un des membres d'une famille nombreuse un obstacle à la réception de celle que demande aujourd'hui la suppliante, elle pourrait être un nouveau mobile capable de vous porter à l'accorder.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">La suppliante vous semblera la mériter encore plus, si vous daignez observer, Monseigneur, que fondé sur les promesses et flatté de l'espérance de voir un autre de ses enfants remplacer celui-ci, le mari de la suppliante conduisit il y a cinq ans son troisième fils et supporta tous les frais de son éducation en espérant qu'il cesserait de lui être à charge lorsque le second serait sorti du nombre des élèves : son espérance fut frustrée, et l'enfant atteint l'âge auquel il n'est plus permis de participer à ces sortes de grâces. Elle proposa alors son quatrième ; il fut exclu au premier concours, mais avec promesse d'être nommé au prochain. Ce fils, Monseigneur, est celui pour lequel elle implore aujourd'hui votre protection. Sa nombreuse famille, les genres de services et les dépenses qui en étaient inséparables n'ont pas laissé à la suppliante les moyens de pouvoir donner à tant d'enfants une éducation conforme à leur état, et lui ont laissé le regret de ne pas pouvoir les mettre à même de servir avec succès Sa Majesté. Privée de ces secours, c'est au pied du trône et dans votre cœur sensible et vertueux qu'elle espère de les trouver.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Le fils de la suppliante ayant concouru à la dernière nomination, les pièces justificatives se trouvent au bureau de la guerre.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Huit pupilles, Monseigneur, seront les organes des vœux qu'elle adressera au Ciel pour votre conservation. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Elle est avec respect, Monseigneur, ladite suppliante.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Veuve de Buonaparte.[^5]</p><p style="text-align: left; margin-top: 0cm; margin-bottom: 0.35cm; line-height: 115%"> <br/> <br/> </p> [^1]: Etienne Charles de Loménie de Brienne (1727-1794), archevêque de Toulouse (1763) puis de Sens (1787), ministre des Finances de Louis XVI de 1787 à 1788. [^2]: Maria Letizia Bonaparte (1750-1836), mère de Napoléon. [^3]: Note sur la lettre : « Madame de Buonaparte a écrit une lettre semblable à M. le marquis de Timbrune qui lui a répondu que son fils, n'ayant point l'âge de concourir, il ne pouvait plus être proposé à nouveau. » [^4]: Benielli, famille Corse originaire de Bastelica, apparentée aux Bonaparte. [^5]: <span></span>Arthur Chuquet,<i>Feuilles d’Histoire du XVII</i><sup><i>e</i></sup><i> au XIX</i><sup><i>e</i></sup><i> siècle</i>, Paris, Librairie Roger et Chernoviz 1909, t. 1, p. 169.</body>