| identifiant | CG13-34424.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1813/06/03 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG13</i> - 34424. - </b>Au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Neumarkt, 3 juin 1813, 6 h. 30 du matin</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de
Vicence, le major général<sup>[^1]</sup>
vous a fait connaître mes intentions ; j'espère donc, à neuf ou
dix heures, savoir à quoi m'en tenir. Il ne faut pas se dissimuler
que cet armistice, tel que je le propose dans mon ultimatum<sup>[^2]</sup>,
n'est pas honorable pour moi. Pourquoi, en effet, abandonner pour un
armistice de six semaines un pays de l'importance de Breslau ?
C'est moi qui abandonne tout, l'ennemi rien. Le duc de Reggio couvre
la Saxe ; l'ennemi n'y a que des patrouilles ; occuperait-il quelques
villages de la Saxe, cela peut-il entrer en comparaison avec les plus
beaux pays du monde et la ville la plus grande de ce pays ?
L'ennemi voudrait-il m'humilier en me chassant, par un armistice,
d'une ville dans laquelle je suis entré par le résultat de la
bataille ? Lorsque je consens à l'abandonner, et que je
neutralise cette ville, j'accorde tout ce que l'honneur peut
accorder, et ce qui est contraire au <i>statu quo.</i></p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à ce que les
plénipotentiaires disent que l'ennemi a sur la rive gauche de
l'Elbe : le duc de Padoue est à Leipzig avec 30 000 hommes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il faudrait donc que
l'ennemi fût absurde pour cacher de l'autre côté de l'Elbe autre
chose que des partisans et des corps francs.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Dites-leur donc, en
rompant, que c'est dans le seul désir de la paix que j'ai consenti à
un armistice aussi désavantageux, et par pure cajolerie j'ai
consenti à abandonner la capitale de la Silésie ; dites-leur
qu'avant huit jours je serai à Berlin ; qu'ils ne seront pas plus
heureux dans la bataille qui va avoir lieu que dans les deux
précédentes, et qu'enfin ils auront montré, au lieu de
dispositions pacifiques, qu'ils ne voulaient que m'amuser et gagner
quelques jours, puisque aucun intérêt qu'un intérêt de vanité ne
peut les porter à demander Breslau. En effet, si la paix ne se fait
pas, et si l'armistice vient à se rompre, les armées alliées se
trouvent à une demi-marche de Breslau, et l'armée française à
deux marches ; il est clair par-là que, militairement parlant,
Breslau leur appartient.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant au délai de
l'armistice, le terme proposé est une insulte. Ne dirait-on pas que
je suis dans une place assiégée, et comment souffrez-vous qu'on
emploie de pareils termes vis-à-vis de vous ? Je veux un
armistice, mais je le veux en homme d'État et en souverain ; je
voulais l'armistice avant la bataille de Wurschen comme je le veux
après. Mais veut-on y mettre un terme ? Il faut que ce terme
donne le temps de commencer et de finir la négociation. Nous sommes
aujourd'hui au 3 juin, l'armistice ne sera pas ratifié avant le
5 ; avant le 10 on ne sera pas d'accord sur la manière de
négocier ; du 10 juin au 20 juillet il n'y a que quarante
jours pour négocier et conclure. Nous avons employé dix-huit jours
à Tilsit ; les souverains étaient en présence ; ils se voyaient
trois fois par jour ; ici les souverains sont éloignés, et la
négociation est bien autrement compliquée. Je veux négocier la
paix et non la recevoir comme une capitulation. Les ennemis se
trompent s'ils espèrent qu'il en sera différemment que par le
passé. L'expérience leur a prouvé qu'ils s'étaient trompés
constamment. Prévenez-les qu'ils seront battus à la prochaine
bataille ; que je resterai maître de Breslau, où j'aurai de bons
cantonnements ; que je resterai maître de Berlin ; que j'ai avec moi
et derrière moi des forces telles que rien ne peut m'empêcher
d'arriver de tous côtés sur l'Oder ; que je ne fais aucun cas de
tout le terrain qu'ils me donnent, et que je comprends très bien que
c'est moi qui donne tout ; qu'enfin j'ai été jusqu'aux limites de
ce que l'honneur me permettait de faire.<sup>[^3]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Nap</i></h3>
[^1]: Berthier.
[^2]: Voir lettre CG13-34411. Les plénipotentiaires alliés acceptent un armistice à condition que l’armée française se retire de Breslau et renonce à Hambourg.
[^3]: <span></span> Expédition, Archives nationales, fonds Caulaincourt, 95 AP 13.<i>
</i>[<i>C </i>20072]</body> |
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