CG13-34401.md

identifiantCG13-34401.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1813/06/02 00:00
titreNapoléon au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG13</i> - 34401. - </b>Au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Neumarkt, 2 juin 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de Vicence, le prince de Neuchâtel a été chargé de vous faire connaître mes intentions<sup>[^1]</sup>. J'espère que vous finirez enfin cette nuit. Faites en sorte que le pays neutre comprenne non-seulement ce que nous occupons, mais aussi quelque chose de ce qu'occupent les armées russes. Il faut stipuler que l'on nommera des commissaires de part et d'autre pour veiller à l'exécution des stipulations. Ayez soin de comprendre bien mes principes et de vous montrer très scrupuleux dans la rédaction de ce qui est relatif à Hambourg. Cela a pour but de faire sentir l'importance que j'attache à ce qui est constitutionnellement réuni à l'Empire.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Faites aussi en sorte que la notification de l'armistice aux places de Dantzig, Modlin, Zamosc, Stettin et Custrin soit envoyée par un officier français et un officier russe ; que l'officier puisse entrer dans la place, y donner des nouvelles, en recevoir qui me mettent bien au fait de la situation de la place, et veiller à l'exécution des stipulations. Faites connaître que les vivres doivent être donnés par l'ennemi, sauf le compte de payement qui en sera fait, par liquidation, au quartier général français. Ne stipulez point qu'on ne fera pas de travaux dans les places ; cela serait absurde et nous obligerait à recevoir dans nos places un inspecteur russe, ce qui est impossible. Il est tout simple qu'une place fasse ce qu'elle peut pour se mettre en état ; il est tout simple également que, pendant l'armistice, on ne fasse point de travaux sous le canon des places. Il vaudrait mieux ne pas parler de cette circonstance de faire des travaux, s'il devait en résulter qu'on n'en ferait pas dans les places.</p><p style="margin-bottom: 0cm">N'oubliez pas qu'il soit nommé une commission pour veiller à l'exécution de l'armistice. Cette commission pourrait se tenir à Breslau ; on y enverrait de part et d'autre les plaintes qu'on pourrait avoir à former sur la non-exécution des articles convenus et sur tous les différends qui seraient survenus.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Surtout soignez bien la ligne de démarcation aux environs de Liegnitz.</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napol</i></h3><p style="margin-bottom: 0cm"><i>P.-S.</i> Je vous ai mandé de rectifier la ligne en conservant Jauer, et de manière à nous donner Hirschberg, qui est une bonne ville ; faites comprendre Striegau dans le pays neutre. Faites en sorte qu'avant minuit je sache à quoi m'en tenir. La suspension d'armes en ce moment est tout en faveur de l'ennemi.<sup>[^2]</sup></p> [^1]: <span></span> La minute (Archives nationales, AF IV 900, juin 1813, n° 9) contient cette lettre : « Monsieur le duc de Vicence, L'Empereur me charge de répondre à votre lettre du 2 à 4 heures du matin. Les difficultés sont au nombre de 3 : 1° Hambourg et la 32<sup>e</sup> division militaire que nous voulons avoir et qu'ils ne veulent pas donner, 2° Breslau, que nous avons, que nous désirons garder et qu'ils veulent aussi avoir, 3° la durée de l'armistice que nous voulons pour deux mois et qu'ils ne veulent que pour un. Vous devez, Monsieur le duc, leur faire cette récapitulation et leur proposer pour ultimatum de partager le différend. Qu'ils cèdent sur un point ; nous céderons sur un autre. Je parlerai d'abord de la durée de l'armistice. Les deux empereurs étaient à Tilsit en personne ; ils se voyaient trois fois par jour ; la question était bien plus simple ; et cependant ils ne purent finir le traité qu'en 18 jours ! l'Empereur estime donc que l'armistice doit durer jusqu'au 24 juillet, terme indispensable pour pouvoir négocier, conclure et signer la paix, sans se trouver embarrassés par l'incidence d'un prolongement d'armistice. L'Empereur est aussi pressé que les alliés d'en finir et certes, si on n'est pas d'accord au 20 juillet, les négociations pourront se continuer, si on le veut, en même temps qu'on reprendra les hostilités, ou les négociations seront rompues parce qu'il ne sera pas possible de s'accorder. Quant à la condition de se prévenir de 6 jours, cela paraît convenable. S'ils veulent mettre 10 jours de manière que les troupes puissent se disséminer davantage, ce qui soulagerait le pays, vous le proposeriez, de sorte que les hostilités ne pourraient être reprises que le 1<sup>er</sup> août. C'est aujourd'hui le 2. Nous serons au 4 avant que l'armistice ait été signé et échangé. Nous serons au 10 avant qu'on ait pu s'entendre pour l'ouverture des négociations. Vous voyez donc que de là au 20 juillet, il n'y a que 40 jours. Si les alliés se refusaient à cela, vous leur feriez connaître que l'Empereur n'a pas autant d'intérêt à l'armistice qu'ils veulent bien le croire, mais qu'accoutumé à se rendre responsable de tout ce qu'il signe, il faut qu'il fasse un choix raisonnable et que la France, où l'on raisonne beaucoup, pourrait trouver extraordinaire qu'on eût l'espoir dans un mois de commencer, de suivre et de mener à bien une négociation qui comme un drame a ses divers actes, son exposition, son nœud et son dénouement. La fixation de l'expiration de l'armistice au 20 juillet paraît de la plus haute importance pour que cela n'ait pas l'air d'une capitulation ou d'une affaire mal réfléchie. Cette affaire étant faite entre souverains, l'Empereur y est pour quelque chose et dans la situation où il se trouve, il en a moralement la principale responsabilité. Une fois que les alliés auront cédé sur cela, vous leur ferez connaître que l'Empereur cédera sur Hambourg, mais avec des ménagements dans la rédaction. L'Empereur ne peut pas prendre l'engagement d'évacuer une portion du territoire français que nos troupes occuperaient. Il faut donc dire que la ligne d'armistice sera l'Elbe en laissant à l'armée française les îles qu'elle occupe, mais que si au moment où les deux officiers français et russe arriveront à Hambourg, l'armée française et danoise avait cerné la ville ou s'en était emparée, rien ne rétrograderait ; que si la ville de Hambourg était assiégée, elle serait traitée comme une ville assiégée, par exemple comme Dantzig ; que si nos troupes en sont maître, elles y resteront et que leurs commandants respectifs conviendront d'une ligne qui serait celle où se trouveraient nos avant-postes. Quant à la question de Breslau, si les deux premières modifications étaient admises, l'Empereur admettrait que tout le pays entre Breslau et la Katzbach serait neutre ; que Breslau, et Streigau seraient neutres ; on aurait 8 jours pour évacuer Breslau et rentrer dans la ligne qu'on devrait occuper ; qu'aucun quartier général, aucunes troupes des 2 armées n'entreraient dans Breslau, ni dans le pays neutralisé ; que la ville et le pays seraient gardés par leur garde bourgeoise et qu'ils ne seraient tenus à aucune prestation de vivres pour l'une, ni pour l'autre armée. Vous aurez bien soin de déterminer qu'il y ait une lieue réservée autour de Liegnitz, de Lœwenberg et de Goldberg afin que tout ce qui est position militaire ainsi que le couvent où vous avez conféré avec les plénipotentiaires, soit de notre côté. Il sera avantageux qu'il y ait ainsi entre les 2 armées un pays intermédiaire de quelques lieues. Il est un autre article important : c'est d'ajouter que le Danemark sera compris dans le dit armistice, soit pour la Norvège, soit pour le Holstein. Vous ne devez pas manquer de faire connaître à ces messieurs que s'ils avaient des corps sur la rive droite de l'Elbe, c'est ce qu'il y aurait de plus heureux pour nous puisque nous avons un corps français considérable qui se réunit à Leipzig et que par-là, ils affaibliraient d'autant le corps de Bülow ; que s'ils ont une armée russe et suédoise combinée à Hambourg, nous y avons une armée combinée danoise et française et qu'enfin, plus ils auront de forces près des limites de la France, mieux cela sera pour nous ; que dans le fait, c'est l'Empereur qui fait tous les sacrifices, que ce n'est pas eux qui nous ont donné cette communication avec Glogau, tandis que c'est l'Empereur qui évacue Breslau et qu'eux ne cèdent rien. Vous leur ferez connaître que c'est dans l'espérance de la paix que l'Empereur désire au moins autant qu'ils peuvent le désirer, que ces concessions sont accordées et que si l'armistice ne devait être que d'un mois, comme l'Empereur en est convaincu que dans cet espace de temps, il est impossible de mener bien la négociation, l'Empereur n'y verrait plus qu'un moyen de l'armée russe pour sortir de la fausse position où elle s'est placée en nous laissant maître de Breslau et des ponts de l'Oder, ce qui est le résultat de l'événement de la bataille et que dans ce cas, l'Empereur perdrait ses avantages sans pouvoir espérer ceux de la paix. Je n'ai pas besoin de vous dire que ceci est l'ultimatum ; que vous devez faire l'impossible pour conserver Breslau en proposant d'abord de ne la faire garder que par 2 bataillons afin de s'en servir pour en tirer des vivres. Enfin, on conçoit bien que Breslau est d'une grande importance et que les alliés mettront de l'intérêt à ce que nous le quittions ; mais pourquoi perdrions nous Jauer ? Tachez de garder du moins cette petite ville qui flanque l'ennemi. En résumé, ce n'est que lorsque vous verrez que toute autre proposition est impossible que vous offrirez l'ultimatum ». [^2]: <span></span> Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, M.D., France, vol. 1791.<i> </i>[<i>C </i>20069]</body>