| identifiant | CG13-34396.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1813/06/01 00:00 |
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| titre | Napoléon au général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG13</i> - 34396. - </b><span style="font-variant: normal">Au
général Caulaincourt, ministre plénipotentiaire</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Neumarkt, 1<sup>er</sup> juin 1813, dix
heures du matin</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Monsieur le duc de
Vicence, je reçois votre lettre à trois heures du matin. Les
assertions que vous tiennent les plénipotentiaires sont tout à fait
ridicules, et j'ai peine à comprendre comment ils peuvent se laisser
aller à de pareils propos. J'ai dix rapports sur l'affaire du duc de
Reggio<sup>[^1]</sup>,
et ce qui répond à tout, c'est qu'il est à trois journées du
champ de bataille. Le rapport qu'ils assiègent Wittenberg est
absurde ; j'ai des nouvelles de cette place du 31. La nouvelle qu'il
y a 2 000 hommes à Magdebourg est plaisante ; il y a dans
cette place 15 000 hommes. Quant à leur dire, que nous
sommes dans une fausse position, je ne parle pas de la position où
ils se trouvent ; il est extraordinaire qu'ils veuillent connaître
la mienne et en parler.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Toutefois les principes
que vous m'annoncez pour l'armistice ne me paraissent pas s'éloigner
des instructions que je vous avais données, puisque tous les États
de Saxe seraient délivrés. Dans les États du roi de Saxe, je
comprends ceux de Dessau, qui sont de petits fiefs enclavés. Ils
font passer la ligne de manière que je ne pourrais occuper aucune
ville, parce que, la rivière passe au milieu de Liegnitz, cette même
ligne partagerait Lœwenberg et Goldberg ; il serait donc convenable
que la ligne passât à une lieue de chacune de ces villes ; mais
c'est un objet de peu d'importance. En parlant du thalweg de l'Elbe,
il faudrait accorder une lieue sur la rive droite autour de
Magdebourg. Quant à Wittenberg, il n'est besoin d'aucune stipulation
de cette nature, puisque Wittenberg est enclavé dans la Saxe à plus
d'une lieue des frontières.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La seule difficulté
est Hambourg ; tout me porte à penser qu'au moment où la nouvelle
arrivera à Hambourg nous serons maîtres de la place, ou du moins
que nous la cernerons, puisque le prince d'Eckmühl a tenu, le 25, un
conseil avec les officiers danois et M. le comte de Kaas, ministre de
l’Intérieur, que le roi de Danemark<sup>[^2]</sup>
envoie auprès de moi ; que d'ailleurs les batteries tirent à
boulets rouges sur la ville, et que les Danois m'offrent
15 000 hommes. Mais ce point est si loin, qu'on pourrait se
tirer d'embarras en ne faisant pas d'armistice sur ce point. Il y a
un mois de marche d'ici là ; il est donc évident que des renforts
ne sauraient être dirigés de ce côté. On pourrait donc ne pas en
parler, et faire finir l'armistice à Boitzenburg, sur la frontière
de la 32<sup>e</sup> division<sup>[^3]</sup>,
vu qu'il serait contraire à la constitution que je fisse un acte
quelconque comme Empereur qui laissât l'ennemi sur le territoire
français. Ces messieurs doivent comprendre que le biais que je
propose est dans des sentiments tout à fait conciliants. Il se
passera de ce côté ce qu'on voudra ; cette partie est trop éloignée
pour avoir aucune influence, et le mode qu'on propose aura d'autant
plus d'avantages qu'il faudrait 20 articles sur Hambourg, puisqu'il y
aurait à prévoir le cas où les Français et les Danois cerneraient
la ville, celui où ils y seraient entrés, etc.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à mes convois,
vous savez que je n'en ai pas encore perdu un seul, et que la route
de l'armée depuis Mayence n'a pas encore été un moment
interceptée, vu que tout marche réuni sous des escortes de 1 500 à
2 000 hommes. Il est vrai que des voitures d'artillerie
ayant pris la route de Bayreuth ont été interceptées par des
partisans<sup>[^4]</sup> :
le matériel a été repris. Mais ces discussions sont tout à fait
vaines.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai fait dresser les
pouvoirs par le prince de Neuchâtel ; vous pouvez les échanger
aujourd'hui, afin d'avoir le temps de discuter. Vous recevrez avec
les pouvoirs des lettres du prince de Neuchâtel, qui vous autorisent
à suspendre tous les mouvements en avant que feraient les différents
corps d'armée ; vous expédierez donc un officier français et un
officier russe par le plus court chemin sur Breslau, pour arrêter la
colonne où elle se trouvera, et, si on se battait, pour suspendre
les hostilités ; vous en ferez autant du côté de Jauer et du duc
de Raguse. Vous remarquerez que dans vos pouvoirs il est dit :
le <i>statu quo,</i> chacun devant conserver ce qu'il a dans ce
moment.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Aussitôt que vous
aurez pris toutes les mesures de concert avec les plénipotentiaires
russes et prussiens<sup>[^5]</sup>
pour faire cesser les hostilités, il sera convenable que vous
choisissiez une maison à mi-chemin des avant-postes, où il y aura
une garnison française et russe, et que le terrain à un quart de
lieue autour soit déclaré neutre. Cette petite circonstance n'ayant
aucune importance et pouvant se faire facilement, une compagnie de
cavalerie qu'enverra le général Latour-Maubourg et une compagnie de
voltigeurs seront suffisantes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Voici actuellement ce
qui se passe du côté de Breslau. Hier, le prince de la Moskova est
arrivé à une lieue de cette ville, à sept heures du soir, sur la
petite rivière de Lohe, et y a trouvé un corps de 10 à
12 000 hommes avec lequel il a tiré quelques coups de
fusil et de canon. Il l'aura probablement attaqué ce matin à quatre
heures, à moins que ce corps ne se soit retiré. Il est inutile de
parler de cette circonstance, mais seulement vous ferez expédier
d'abord l'ordre dans la direction de Breslau, afin que, si l'on se
battait, on suspendît le différend.</p><p style="margin-bottom: 0cm">L'avantage qu'aurait
remporté le général Saint-Priest est sans doute l'escarmouche
qu'il a eue hier avec les Wurtembergeois, où chacun cependant a
gardé ses postes. Le duc de Tarente, ayant eu pour instruction de ne
pas avancer et de garder sa position, n'a pas voulu s'engager
davantage. Tout est avantage pour ces messieurs ; il paraît qu'ils
ont l'esprit singulièrement tourné.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous sentez que vous ne
pouvez pas vous départir de la base que chacun doit garder ce qu'il
a : aussitôt que la suspension d'armes pour trente-six heures
sera arrêtée, que les ordres seront envoyés sur Breslau et sur
Jauer, vous ferez connaître aux plénipotentiaires que la
négociation de l'armistice doit avoir lieu sur cette base, et vous
leur ferez admettre cette base. Ce principe une fois admis, vous
diviserez l'armistice en trois parties :</p><p style="margin-bottom: 0cm">1<sup>o</sup> L'armée
qui est ici, pour laquelle je demande à conserver tout ce que j'ai,
en prenant une ligne qui passe par tous les postes que j'occuperai au
moment de la suspension d'armes, c'est-à-dire la ligne qu'indiquent
vos pleins pouvoirs ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">2<sup>o</sup> L'armée
du général Bülow et du duc de Reggio : ils traceront une
ligne selon la position où ils se trouveront au moment où leur
arrivera la notification de la signature de l'armistice ; on ne peut
pas les comprendre dans la première suspension d'armes, parce qu'ils
sont trop loin ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">3<sup>o</sup> Enfin les
partis sur la rive droite de l'Elbe et de l'Oder (car j'ai de forts
partis qui poursuivent sur la rive droite de l'Oder un bataillon qui
s'était réfugié sur Posen). Il sera convenable que les uns
repassent l’Oder et les autres l’Elbe. Je ne parle pas des
partisans et des patrouilles, parce qu'ils seraient exposés, mais
des corps qui auraient leurs communications : chacun pourrait
garder la position où il se trouvera au moment de la signature de
l'armistice.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à la
32<sup>e</sup> division militaire, c'est un point de délicatesse
et d'honneur dans lequel l'empereur Alexandre doit entrer plus que
personne. Vous leur représenterez que, s'ils veulent véritablement
la paix, aucune paix ne peut être faisable aux dépens du territoire
constitutionnel de l'Empire. C'est en vain qu'ils pourraient dire que
l'empereur Alexandre n'a pas reconnu la réunion de Hambourg. Je
n'avais pas reconnu la réunion de la Lituanie, et cependant
l'empereur Alexandre n'aurait pas voulu entendre à la cession de
quelques points de ce territoire lorsque je l'occupais. Pourquoi me
croirait-il ici moins de délicatesse et d'énergie ? En nous
donnant Hambourg, etc., par l'armistice, on arracherait ces
malheureuses villes aux angoisses auxquelles elles sont en proie, et
ce serait même une manière fort honorable de s'en tirer, si
toutefois ces villes ne sont pas déjà occupées par nous.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je vous envoie le
dernier paquet que je reçois du prince d'Eckmühl ; vous y verrez
l'état des choses de ce côté. Une batterie de mortiers de 24 était
établie dans les îles. Le prince d'Eckmühl avait trois divisions
d'infanterie, et, le 25, un conseil s'est tenu chez le prince, où se
sont trouvés M. de Kaas, ministre de l’Intérieur danois, qui
vient auprès de moi comme envoyé extraordinaire, et les officiers
danois. On avait déjà les ordres de la cour de Danemark pour que
toute l'armée danoise qui était dans le Holstein marchât avec
l'armée française. Il est donc probable que Hambourg est pris ou
assiégé. Je ne puis donc pas stipuler pour la rive gauche de
l'Elbe :
</p><p style="margin-bottom: 0cm">1<sup>o</sup> parce
que je suis maître de Hambourg ;
</p><p style="margin-bottom: 0cm">2<sup>o </sup>parce
qu'il serait déshonorant et contraire aux principes de nos
constitutions de stipuler aucun armistice qui laisse l'ennemi sur
notre territoire, tandis que nous nous trouvons sur le territoire
étranger. Mais un biais tout simple, c'est de faire finir
l'armistice aux limites de la 32<sup>e </sup>division, entre
Lüneburg et Boitzenburg, et de laisser aller les choses sur le bas
Elbe. Comme il y a un mois de marche d'ici là pour l'une et l'autre
armée, on ne peut pas craindre qu'on fasse des détachements de ce
côté ; c'est donc réellement un autre théâtre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Quant à la durée de
l'armistice, vous ferez remarquer qu'il est difficile en un mois de
négocier la paix ; que deux mois paraissent nécessaires, d'autant
plus que depuis la signature de l'armistice il se passera au moins
cinq à six jours avant qu'on ait nommé les plénipotentiaires. Vous
devez donc proposer de mettre deux mois. S'ils ne veulent pas, il
faudrait accorder six jours comme ils le proposent pour dénoncer
l'armistice, et quinze jours pour commencer les hostilités. Vous
ferez connaître que les quinze jours permettront de disséminer les
troupes, et par là d'être moins à charge au pays, puisqu'on aura
toujours le temps de les réunir. Il faudra stipuler que les quinze
jours devront compter du moment où la notification en aura été
faite au quartier général du général commandant l'armée, et où
on en aura tiré reçu.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ainsi donc, je désire
que vous rédigiez l'armistice en trois parties :</p><p style="margin-bottom: 0cm">1<sup>o</sup> L'armée
ici où nous nous trouvons, dont la ligne est déterminée par les
points qu'occuperont les avant-postes au moment de l'échange des
pleins pouvoirs ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">2<sup>o</sup> L'armée
qui couvre Berlin, où la ligne sera déterminé par les positions
qu'occuperont les deux armées au moment de la signature de
l'armistice ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">3<sup>o</sup> La rive
gauche de l'Elbe, qu'on évacuera en même temps que la rive droite
de l'Oder ;</p><p style="margin-bottom: 0cm">4<sup>o</sup> Enfin le
territoire français ou la 32<sup>e</sup> division, où on
laissera couler les choses comme elles seront.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il sera convenable
qu'après avoir bien expliqué cela vous le mettiez par écrit, afin
que les plénipotentiaires l'envoient à leur quartier général et
qu'on en délibère. La justice de ces propositions est trop évidente
pour que l'empereur Alexandre n'y consente pas. Si on ne veut pas
accorder le léger avantage d'envoyer des lettres tous les dix jours
aux garnisons, renoncez-y. Mettez seulement qu'on ne fera aucun
ouvrage à la portée du canon, et qu'il y aura un commissaire
français près l'armée de blocus pour l'approvisionnement de la
garnison.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je n'ai pas besoin de
vous dire que, s'ils veulent stipuler pour la deuxième partie de
l'armistice, j'adopte les bases que vous proposez, c'est-à-dire
l'évacuation de la Saxe, y compris celle du pays de Dessau ; mais
ceci doit être le résultat. Le moyen d'y arriver doit être d'en
faire un article à part.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous direz un mot de la
Norvège<sup>[^6]</sup>.
Mais cette question accidentelle est tout à fait hors de ligne.</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Nap</i></h3><p style="margin-bottom: 0cm"><i>P.-S.</i> Je vous
écrirai dans une heure.<sup>[^7]</sup></p>
[^1]: <span></span> Le 28 mai, le général prussien Bülow attaque sur les rives de l’Elster le 12<sup>e</sup> corps d’Oudinot qui, sur instruction de l’empereur, allait à sa rencontre. Malgré une attaque vigoureuse, l’offensive échoue et Bülow est contraint de se retirer.
[^2]: Frédéric VI.
[^3]: <span></span> Composée des départements de l’Ems supérieur, des Bouches-du-Weser et des Bouches-de-l’Elbe. Le siège de la 32<sup>e</sup> division militaire est situé à Hambourg.
[^4]: Voir CG13-34390.
[^5]: Schouvalov et Kleist.
[^6]: La minute rajoute : « Vous ferez connaître que le prince héréditaire de Danemark s'est rendu dans ce pays, et vous demanderez si l'empereur Alexandre ne jugerait pas de sa générosité, pour une nation qui lui a été toujours attachée, que l'armistice s'étendit à la Norvège ».
[^7]: <span></span> Expédition, Archives nationales, fonds Caulaincourt, 95 AP 12.<i>
</i>[<i>C </i>20066]</body> |
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