CG13-33171.md

identifiantCG13-33171.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1813/03/12 00:00
titreNapoléon à Jérôme, roi de Westphalie
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG13</i> - 33171. - </b><span style="font-variant: normal">À Jérôme, roi de Westphalie</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Trianon, 12 mars 1813</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon frère, je vois avec peine que vous perdez un temps précieux en discussions. Il est fâcheux qu’avec l’esprit que vous avez vous ne veuillez pas voir qu’on ne peut approvisionner Magdebourg que par des réquisitions<sup>[^1]</sup> ; que ce sont des moyens que l’état de guerre autorise ; qu’on en a constamment usé ainsi depuis que le monde est monde ; qu’en Italie, dans la campagne de 1809, que même pour Wesel, Strasbourg et Mayence, on use du même expédient. Les mouvements ont été si rapides, qu’on ne peut pas avoir pourvu à ces approvisionnements par des marchés ; il faut avoir bien peu d’expérience en administration pour ne pas savoir que du moment que les fournisseurs voient une concurrence aussi considérable, il ne peut plus y avoir de limites à leurs prix. Bien plus, ces fournisseurs ne pourraient même pas, avec les seuls moyens de commerce, satisfaire à l’urgence des besoins ; alors il faut bien avoir recours aux réquisitions, mais c’est par l’intermédiaire de l’Administration, qui les répartit le plus également possible, et contre des bons qui sont liquidés en temps et lieux. Or, ce que je fais à Mayence même, comment voulez-vous que je ne le fasse pas à Magdebourg ? Au lieu de prendre des mesures énergiques, vous ne faites que contrarier tout ce qui se fait. Vous croyez d’ailleurs qu’il y a des milliards disponibles, tandis que, si vous preniez seulement la plume en ce moment, vous verriez combien 300 000 hommes que j’ai en Espagne, combien toutes les troupes que je lève cette année et les 100 000 chevaux que j’équipe en ce moment me coûtent d’argent.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Si les magasins eussent été formés il y a trois mois, on aurait pu faire faire alors cette fourniture par des marchés. Aujourd’hui il faut la faire par des réquisitions ; mais il faut que ces réquisitions aient lieu par les ordres de vos ministres, par les préfets et par les administrations locales ; qu’on réunisse ainsi une grande quantité d’avoine, de blé, de fourrages, de bestiaux à Magdebourg. Tout cela sera payé par des bons qu’on liquidera le plus tôt qu’on pourra. Voici la différence de la Saxe et de la Westphalie : c’est qu’à peine le vice-roi a-t-il demandé qu’on formât des magasins à Wittenberg, à Torgau, etc., aussitôt les ordres sont partis et les magasins ont été formés. Vous, vous discutez toujours. Quel sera le résultat de cette fausse conduite ? C’est que les militaires feront eux-mêmes les réquisitions dans le pays, et que ce sera partout des sujets d’indiscipline et de désordre. Croyez-vous que si les Russes viennent dans la Westphalie, ils payeront vos sujets argent comptant ? Même les plus petites dépenses, telles que celles des postes, ils les payent partout avec des bons.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Votre pays a l’expérience de la guerre et sait ce que cet état exige : vous seul ne le savez pas et faites miracle des choses les plus simples. Il est honteux qu’une place comme Magdebourg, qui est la clef de votre royaume, ne soit pas encore approvisionnée. Tous vos raisonnements sont des vétilles et vous ne savez pas vous mettre à la hauteur des circonstances. J’ai actuellement 100 000 hommes à Hanau, j’en aurai bientôt 200 000 dans ce pays ; on y fait des magasins et on ne discute point. Les Bavarois font aussi des magasins nombreux pour le passage du corps d’observation d’Italie ; il n’y a que vous qui vous plaigniez et qui ne preniez aucune mesure, parce que vous vous faites des idées fausses. C’est dans le courant de janvier que je vous ai écrit pour l’approvisionnement de Magdebourg : un mois bien précieux a été perdu. Le vice-roi groupe une armée de 100 000 hommes autour de Magdebourg ; faites faire les réquisitions nécessaires, et qu’il y ait une grande affluence de vivres à Magdebourg. Tout cela sera momentané ; mais, si vous ne prenez pas de mesures, ou le soldat aura recours aux réquisitions militaires, ou l’on évacuera le pays, qui deviendra la proie des Russes. </p><p style="margin-bottom: 0cm">Ainsi donc on ne peut pas faire des marchés, car il n’est pas dans la nature des choses de pouvoir faire des marchés quand 100 000 hommes ont des besoins pressants ; mais il faut faire des réquisitions avec le plus d’ordre possible et les payer avec des bons, qu’on liquidera plus ou moins vite. Il n’y a pas d’autre parti à prendre dans des circonstances aussi urgentes que celles où nous nous trouvons. Ces réquisitions bien réparties ne feront tort à aucune partie des localités, n’écraseront aucune province et feront face à tout. Croyez qu’il n’y a pas un Westphalien qui ne sache que, depuis que le monde est monde, cela ne peut pas se faire autrement. Je suis obligé de faire fortifier Magdebourg à mes dépens, de l’armer à mes dépens et de lutte constamment contre les autorités westphaliennes pour toutes les mesures qui n’ont pour objet que d’assurer la défense de la ville et du pays. À quoi donc sert votre esprit, puisque vous voyez si mal ? Et pourquoi mettre votre vanité à contrarier ceux qui vous défendent, lorsque c’est surtout à votre royaume que l’ennemi en veut le plus ?</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napol</i></h3><p style="margin-bottom: 0cm"><i>P.-S. </i><i>Je viendrai du reste à votre secours pour les dépenses que les réquisitions obtenues entraîneront.</i><sup>[^2]</sup></p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p> [^1]: Voir CG13-32998. [^2]: <span></span> Expédition, Archives nationales, 400 AP 95 (copie, Archives nationales, 400 AP 89, n° 177).<i> </i>[<i>C </i>19706]</body>