| identifiant | CG1-2105.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/09/29 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph, ambassadeur de la République à Rome |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 2105. - </b>À Joseph, ambassadeur de la République à Rome</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Passariano, 8 vendémiaire an
VI [29 septembre 1797]</h2><p><br/>
</p><p>Je reçois, citoyen Ambassadeur, votre lettre du 3
vendémiaire[^1].</p><p>Vous signifierez sur-le-champ à la cour de Rome
que, si le général Provera[^2]
n’est pas de suite renvoyé de Rome, la République française
regardera cela, de la part de Sa Sainteté, comme un commencement
d’hostilités. Faites sentir combien il est indécent, lorsque le
sort de Rome a dépendu de nous, qu’elle n’a dû son existence
qu’à notre générosité, de voir le Pape renouer encore des
intrigues et se montrer sous des couleurs qui ne peuvent être
agréables à la République française. Dites même dans vos
conversations avec le secrétaire d’État, et, s’il le faut, même
dans votre note : <u>La République française a été généreuse à
Tolentino ; elle ne le sera plus si les circonstances
recommencent</u>.</p><p>Je fais renforcer la garnison d’Ancône d’un
bataillon de Polonais. L’escadre de l’amiral Brueys me répond de
la conduite de la cour de Naples ; vous ne devez avoir aucune
espèce d’inquiétude ; ou, si elle agit, je détruirai
sur-le-champ son commerce, avec l’escadre, et, lorsque les
circonstances le permettront, je ferai marcher une colonne pour leur
répondre. Je verrai dans une heure M. de Gallo, et je m’expliquerai
avec lui en termes si forts, que MM. les Napolitains n’auront pas
la volonté de faire marcher des troupes sur Rome.</p><p>Enfin, s’il n’y a encore aucun changement à
Rome, ne souffrez pas qu’un général aussi connu que M. Provera
prenne le commandement des troupes de Rome. L’intention du
Directoire exécutif n’est pas de laisser renouer les petites
intrigues des princes d’Italie. Pour moi, qui connais bien les
Italiens, j’attache la plus grande importance à ce que les troupes
romaines ne soient pas commandées par un général autrichien.</p><p>Dans la conversation vous devez dire au secrétaire
d’État[^3]
:</p><p>« La République française, continuant ses
sentiments de bienveillance au Pape, était peut-être sur le point
de lui restituer Ancône ; vous gâtez toutes vos affaires ;
vous en serez responsable. Les provinces de Macerata et le duché
d’Urbin se révolteront ; vous demanderez le secours des
Français, et ils ne vous répondront pas. »</p><p>Et effectivement, plutôt que de donner le temps à
la cour de Rome d’ourdir de nouvelles trames, je la préviendrai.</p><p>Enfin, exigez, non-seulement que M. Provera ne
soit point général des troupes romaines, mais que, sous
vingt-quatre heures, il soit hors de Rome. Déployez un grand
caractère ; ce n’est qu’avec la plus grande fermeté, la
plus grande expression dans vos paroles, que vous vous ferez
respecter de ces gens-là ; timides lorsqu’on leur montre les
dents, ils sont fiers lorsqu’on a trop de ménagements pour eux.</p><p>Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a
été deux fois mon prisonnier de guerre dans cette campagne, il ne
tardera pas à l’être une troisième fois. S’il vient vous voir,
refusez de le recevoir. Je connais bien la cour de Rome, et cela
seul, si cela est bien joué, perd cette cour.</p><p>L’aide de camp qui vous portera cette lettre a
ordre de continuer jusqu’à Naples pour voir le citoyen Canclaux[^4].
Il s’assurera par lui-même du mouvement des troupes napolitaines,
auquel je ne puis pas croire, quoique je m’aperçoive qu’il y a
depuis quelque temps une espèce de coalition entre les cours de
Naples, de Rome et même de Florence ; mais c’est la ligue des
rats contre les chats.</p><p>Si vous le jugez à propos, mon aide de camp
présentera une lettre, que vous trouverez ci-jointe, au secrétaire
d’État, et lui dira, d’un ton qui convient aux vainqueurs de
l’Italie, que si, sous vingt-quatre heures, M. Provera n’est
point hors de Rome, ils nous obligeront à une visite.</p><p>Si le Pape était mort, vous devez faire tout ce
qu’il vous est possible pour qu’on n’en nomme pas un autre et
qu’il y ait une révolution.</p><p>Le roi de Naples ne fera aucun mouvement ;
s’il en faisait, lorsque la révolution serait faite et le peuple
déjà constitué, vous déclareriez au roi de Naples, à l’instant
où il franchirait les limites, que le peuple romain est sous la
protection de la République française. Ensuite, en vous rendant de
votre personne auprès du général napolitain, vous lui diriez que
la République française ne voit pas d’inconvénient à entamer
une négociation avec la cour de Naples sur les différentes demandes
qu’elle a faites, et spécialement sur celle qu’a faite à Paris
M. Balbo[^5]
et auprès de moi M. de Gallo ; mais qu’il ne faut pas qu’elle
prenne les armes, la République française regardant cela comme une
hostilité.</p><p>Enfin, vous emploierez en ce double sens beaucoup
de fierté extérieure pour que le roi de Naples n’entre pas dans
Rome, et beaucoup de souplesse particulière pour lui faire
comprendre que c’est son intérêt ; et, si le roi de Naples,
malgré tout ce que vous pourriez faire, ce que je ne saurais penser,
entre dans Rome, vous devez continuer à y rester et affecter de ne
reconnaître d’aucune manière l’autorité qu’y exercerait le
roi de Naples, de protéger le peuple de Rome et faire publiquement
les fonctions de son avocat, mais d’avocat tel qu’il convient à
un représentant de la première nation du monde.</p><p>Vous pensez bien sans doute que je prendrai bien
vite, dans ce cas, les mesures qui seraient nécessaires pour vous
mettre à même de soutenir la déclaration que vous auriez faite de
vous opposer à l’invasion du roi de Naples.</p><p>Si le Pape est mort et qu’il n’y ait aucun
mouvement à Rome, de sorte qu’il n’y ait aucun moyen d’empêcher
le Pape d’être nommé, ne souffrez pas que le cardinal Albani[^6]
soit nommé ; vous devez employer non-seulement l’exclusion,
mais encore les menaces sur l’esprit des cardinaux, en déclarant
qu’à l’instant même je marcherai à Rome, ne vous opposant pas
à ce qu’il soit pape, mais ne voulant pas que celui qui a
assassiné Bassville[^7]
soit prince. Au reste, si l’Espagne lui donne aussi l’exclusion,
je ne vois pas de possibilité qu’il réussisse.[^8]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: 24 septembre.
[^2]: Un des principaux adversaires des Français jusqu’à Arcole,
Provera avait été fait prisonnier, puis libéré sur parole. Il
vient de reprendre du service dans les troupes pontificales.
[^3]: Le cardinal Doria.
[^4]: Ambassadeur à Naples.
[^5]: Prospero Balbo, (1762-1837), ambassadeur du roi de Sardaigne à
Paris, en 1797
[^6]: Albani est doyen du Sacré Collège.
[^7]: Tué en janvier 1793 lors d’une émeute.
[^8]: Expédition, Archive nationales, 400 AP 10.</body> |
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