CG12-31922.md

identifiantCG12-31922.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1812/10/16 00:00
titreNapoléon à Maret, ministre des Relations extérieures
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG12</i> - 31922. - </b>À Maret, ministre des Relations extérieures</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Moscou, 16 octobre 1812</h2><p>Je vous ai fait connaître il y a trois ou quatre jours que mon intention était de quitter Moscou et de me porter entre Smolensk et Vitebsk<sup>[^1]</sup>. En conséquence, j'ai évacué mes blessés et mes malades sur Smolensk au nombre de deux ou trois mille, et je suis dans l'intention de partir le 19 pour me rendre à Kalouga, battre l'armée ennemie si elle veut couvrir, comme elle l'annonce, cette grande place, et selon le temps qu'il fera aller vers Toula et Briansk, ou retourner de suite sur Smolensk, si le temps devient mauvais. J'ai compté que mes quartiers d'hiver seront pris entre Smolensk, Minsk et Moguilev dans la première semaine de novembre. Je fais sauter le Kremlin, l'arsenal et les fortifications, ce qui m'est facile, vu les deux cent mille quintaux de poudre que les Russes m'ont laissés. Ce qui me décide à ce mouvement, c'est que Moscou n'est plus qu'un tas de ruines et qu'il n'y a plus d'habitants ; que Moscou n'est plus pour moi une position militaire, puisque de Moscou à Kiev il y a 215 lieues et que de Smolensk à Kiev il n'y en a que 112 ; puisque de Vitebsk à Saint-Pétersbourg il n'y a que 140 lieues tandis que de Moscou à Saint-Pétersbourg il y en a 190 ; d'ailleurs la marche de Moscou sur Pétersbourg m'obligerait à prendre une ligne d'opérations qui revint par Vitebsk. Ainsi donc ces considérations me portent à évacuer un point qui, n'étant plus une position militaire pour mes opération futures, n'a plus aucune importance, vu l'anéantissement total de la ville. J'entre dans ces détails pour que vous soyez instruit, faire votre langage et le faire à mes ministres. Vous y ajouterez une considération personnelle qui est de me rapprocher dans un pays ami, dans une saison d'hiver et d'inaction, et être à même de préparer mes moyens pour la campagne de Pétersbourg. Comme il est convenable que le ministre de la Police puisse faire son langage, envoyez-lui copie de cette lettre, en lui prescrivant bien de la tenir secrète […]. Vous pourrez même lui dire de préparer quelques articles sur la campagne pour les petits journaux pour développer ces raisons, et faire sentir les avantages de ce plan qui assure la paix et l'abaissement de l'ennemi par la soumission ou la destruction de sa seconde capitale, la campagne prochaine<sup>[^2]</sup>.</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><i>P.S.</i><sup><i>[^3]</i></sup> du 17 octobre : Je répète […] qu'on doit attendre avant de rien publier, ni rien dire, que les événements ayant paru, puisque dans des choses de cette nature les événements peuvent changer […].<sup>[^4]</sup></p> [^1]: <span></span> Voir CG12-31882. Dans les premiers jours d’octobre sans qu’on puisse donner une date plus précise, Napoléon s’était interrogé par écrit, dans une note probablement adressée à Berthier, sur les options qui s’offraient à lui. Nous pensons utile de reproduire ici cette note : <p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Chapitre 1</font></span><span style="font-variant: small-caps"><sup><font size="2" style="font-size: 10pt">er </font></sup></span><font size="2" style="font-size: 10pt">L’ennemi se dirigeant sur la route de Kiev, son but est évident : c’est qu’il attend des renforts de l’armée de Moldavie. Marcher à lui, c’est agir dans le sens de ses secours, et se trouver sans points d’appui pendant les cantonnements de l’hiver, ayant notre droite et notre gauche en l’air, tandis que l’ennemi se trouverait avoir ses flancs et ses derrières assurés. Moscou, se trouvant abandonné de ses habitants et brûlé, n’entre plus pour nous dans aucune considération : cette ville ne peut contenir nos blessés et nos malades. Les ressources qui s’y trouvent, une fois épuisées, elle ne peut en fournir d’autres ; enfin elle n’offre aucun moyen d’organiser le pays. </font> </p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Article 2</font></span><font size="2" style="font-size: 10pt">. Toute opération sur Kalouga n’est raisonnable que dans le cas où elle aurait pour but, arrivé dans cette ville, de se reployer sur Smolensk.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Article 3</font></span><font size="2" style="font-size: 10pt">. Si l’armée se reploie sur Smolensk, est-il sage d’aller chercher l’ennemi et de s’exposer à perdre, dans une marche qui aurait l’air d’une retraite, quelques milliers d’hommes devant une armée connaissant bien son pays, ayant beaucoup d’agents secrets et une nombreuse cavalerie légère ? Quoique l’armée française soit victorieuse, le mouvement qu’elle ferait se trouverait tel, qu’elle aurait l’infériorité, puisqu’une troupe d’arrière-garde perd chaque jour des hommes, tandis qu’une avant-garde en acquiert, et qu’enfin l’arrière-garde est destinée à abandonner chaque jour le champ de bataille, perd ses blessés, ses traîneurs et ses maraudeurs.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Article 4.</font></span><font size="2" style="font-size: 10pt"> À ces considérations il faut ajouter celle qu’il est probable que l’ennemi, ayant fortifié quelque bonne position et ayant déjà reçu la tête de ses renforts, peut nous disputer le terrain et nous donner 3 à 4 000 blessés : cela aurait bien l’air d’une défaite. Un mouvement rétrograde de cent lieues avec des blessés et des événements que l’ennemi peindrait à son gré, lui donnerait de l’avantage dans l’opinion, quoique battu.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Article 5.</font></span><font size="2" style="font-size: 10pt"> Voulant se reployer pour passer ses quartiers d’hiver sur la Pologne, vaut-il mieux se reployer directement par la route par laquelle nous sommes venus ; on </font><font size="2" style="font-size: 10pt">n’aurait </font><font size="2" style="font-size: 10pt">pas l’ennemi sur soi ; on connaît bien la route et elle est plus courte de cinq marches : nous pouvons aller aussi vite que nous voudrons ; nous pouvons même recevoir nos convois à mi-chemin venant de Smolensk. L’armée porterait d’ailleurs facilement quinze jours de farine, et on arriverait à Smolensk sans être obligé de marauder. On pourrait même s’arrêter à Viazma le temps que l’on voudrait : on y trouverait des subsistances et des fourrages, en s’étendant de droite et de gauche. Nous sommes vainqueurs, nous sommes organisés, et si nous avions des affaires et des blessés, on serait dans la position où étions en venant, à l’égard des blessés qu’a eus l’avant-garde. À la vérité, on peut prévoir de l’embarras pour les fourrages ; mais on s’en procurerait à 2 ou 3 lieux : ce ne serait donc pas là une difficulté de premier ordre. </font> </p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Titre 2</font></span><span style="font-variant: small-caps"><sup><font size="2" style="font-size: 10pt">nd </font></sup></span><font size="2" style="font-size: 10pt">Il n’y a aucune espèce de doute que, si Smolensk et Vitebsk étaient des pays comme Kœnigsberg et Elbing, le projet le plus sage serait celui dont il vient d’être parlé au chapitre ci-dessus, se rendant dans un beau pays pour y passer ses quartiers d’hiver et y refaire l‘armée.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Article 2</font></span><font size="2" style="font-size: 10pt">.</font><font size="2" style="font-size: 10pt"><b> </b></font><font size="2" style="font-size: 10pt">Dans la situation ci-dessus, on ne pourrait cependant pas se dissimuler que la guerre traînerait en longueur ; mais elle tournerait bien plus en longueur, vers le mauvais pays, tels que Smolensk et Vitebsk, qui offrent si peu de ressources et où on serait si médiocrement établi pour passer huit mois de quartiers d’hiver. </font> </p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">De ce qu’il conviendrait de faire. </font></span><font size="2" style="font-size: 10pt">Quel but a-t-on à remplir ? Placer l’Empereur le plus près possible de France ; de manière que ses estafettes qui portent les secrets de l’État ne puissent être interceptées et donner à l’Empire la confiance que l’Empereur est au milieu d’un peuple ami pendant ses cantonnements d’hiver</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">2° Cantonner l’armée dans un pays ami, la rapprocher de ses ressources d’habillement et d’équipement.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">3° Se mettre dans une position qui appuie les négociations de paix que l’Empereur fait faire, en menaçant Saint-Pétersbourg.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">4° Soutenir l’honneur des armes à la hauteur où l’a élevé cette glorieuse campagne.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <span style="font-variant: small-caps"><font size="2" style="font-size: 10pt">Article 2.</font></span><font size="2" style="font-size: 10pt"> Sans contredit, une manoeuvre qui réunirait les quatre conditions ci-dessus serait parfaite. Cette manoeuvre serait la suivante. Le duc de Bellune, avec son corps renforcé de quatre bataillons saxons, de deux bataillons westphaliens, de deux ou trois bataillons d’Illyrie, de deux bataillons du 129</font><sup><font size="2" style="font-size: 10pt">e</font></sup><font size="2" style="font-size: 10pt"> régiment d’infanterie, ce qui doit approcher ce corps d’armée d’une force de 40 000 hommes, partirait de Smolensk le premier jour de l’opération pour se porter sur Velije et Velikié-Louki, où il pourrait arriver le 8</font><sup><font size="2" style="font-size: 10pt">e</font></sup><font size="2" style="font-size: 10pt"> ou le 9</font><sup><font size="2" style="font-size: 10pt">e</font></sup><font size="2" style="font-size: 10pt"> jour. De Velikié-Louki, le duc de Bellune prendrait sa ligne d’opérations sur</font><font size="2" style="font-size: 10pt"><b> </b></font><font size="2" style="font-size: 10pt">Polotsk et Vitebsk. Le maréchal Saint-Cyr, partant de sa position de Polotsk, le rejoindrait en six jours de marche. </font> </p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">Le maréchal duc de Tarente lui enverrait, des environs de Dunabourg, une brigade d’infanterie pour le rejoindre. Le maréchal duc de Bellune, comme le plus ancien, commanderait toutes ces troupes unies à Velikié-Louki, où., le dixième jour à partir du premier où </font><font size="2" style="font-size: 10pt">l’expédition</font><font size="2" style="font-size: 10pt"> serait mise en mouvement, il s’y trouverait réunie une armée de 70 000 hommes. De Velikié-Louki, l’armée du duc de Bellune tirerait ses vivres de Polotsk et de Vitebsk.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">Le jour où le maréchal duc de Bellune commencerait son mouvement, l’Empereur avec l’armée partirait de Moscou pour marcher sur Velije, passant par Voskresensk, Volokolamsk, Zoubtzov, Biéloï, pour arriver à Velije, la tête de l’armée, le dixième jour de marche, et la queue le treizième ou le quatorzième. De Velije, l’armée tirerait ses vivres également de Vitebsk et de Polotsk. Ainsi, pendant que le duc de Bellune menacerait Saint-Pétersbourg de sa position de Velikié-Louki, l’armée se trouverait derrière lui sur la Dvina ; le 3</font><sup><font size="2" style="font-size: 10pt">e</font></sup><font size="2" style="font-size: 10pt"> corps d’armée et le corps du duc d’Abrantès, formant au moins 15 000 hommes</font><font size="2" style="font-size: 10pt">,</font><font size="2" style="font-size: 10pt"><b> </b></font><font size="2" style="font-size: 10pt">se porteraient de Moscou et de Mojaïsk sur Smolensk par Viazma. Tous les régiments de marche d’infanterie et de cavalerie qui sont en marche pour rejoindre l’armée se dirigeraient sur Vitebsk et Velije, pour se rencontrer avec l’armée et s’y incorporer à </font><font size="2" style="font-size: 10pt">son</font><font size="2" style="font-size: 10pt"><b> </b></font><font size="2" style="font-size: 10pt">arrivée. L’Empereur, avec sa Garde à cheval, sa jeune et vieille Garde à pied, marcherait en tête, de sorte à pouvoir se porter sur le duc de Bellune, si, contre toute attente, ce secours lui était nécessaire. Enfin, le douzième jour de l’opération c’est-à-dire du mouvement de l’armée, la position se trouverait ainsi qu’il suit le maréchal duc de Bellune, avec le maréchal Saint-Cyr et une brigade du duc de Tarente, formant un corps de 60 à 70 000 hommes, serait à Velikié-Louki, ayant une avant-garde à plusieurs marches de lui, sur la route de Saint-Pétersbourg.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">L’Empereur avec la Garde et le corps du vice-roi, formant 40 000 hommes, serait à Velije.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">Le roi de Naples avec ses troupes et le corps du prince d’Eckmühl, formeraient une espèce d’arrière-garde ou corps d’observation à trois journées en arrière, sur la direction de Biéloï.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">L’armée ennemie ne pourrait entrer à Moscou que le sixième jour de l’opération, et déjà le générai Wittgenstein serait en retraite. Le duc de Bellune aurait passé la Dvina et menacerait Saint-Pétersbourg.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">L’armée ennemie, arrivée à Moscou six jours après notre départ, ou suivrait notre mouvement pour nous livrer bataille à Velije, et alors le roi de Naples, le prince d’Eckmühl, le maréchal duc d’Elchingen,</font><font size="2" style="font-size: 10pt"><b> </b></font><font size="2" style="font-size: 10pt">nous auraient jointe, tandis que les secours que l’ennemi attend de Moldavie ne l’auraient pas joint et se perdraient sur les grands chemins : il arriverait donc sur nous avec des forces très inférieures qui diminueraient tous les jours, tandis que les nôtres augmenteraient.</font></p><p style="text-indent: 0cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <font size="2" style="font-size: 10pt">Le duc de Bellune, cinq jours après son arrivée à Velikié-Louki, renforcé du corps qui marcherait avec l’Empereur, pourrait, s’il était nécessaire, se porter sur Novgorod.</font></p><p class="sdfootnote-western">Saint-Pétersbourg ainsi menacé, on doit croire que l’ennemi fera la paix, et, si les circonstances des mouvements de l’ennemi ne portaient pas à avancer, on resterait à Velikié-Louki « (Copie d’expédition, S.H.D., département de l'Armée de Terre, 17 C 113. [C 19237]).</p> [^2]: <span></span> La Correspondance publiée sous le Second Empire a donné, sous le numéro 19275, une dépêche du 26 octobre 1812, adressée par Maret à l’ambassadeur Otto, dont il est dit qu’elle répercutait une dépêche en chiffre de Napoléon à son ministre des Relations extérieures. Sa lecture montre aussi qu’elle tient compte de la lettre que nous publions ici. Voici le texte de la <font size="2" style="font-size: 10pt"><i>Correspondance</i></font><font size="2" style="font-size: 10pt"> : « Les détails qui me parviennent aujourd'hui de Moscou, sous la date des 16 et 17, confirment ces dispositions. Leur exécution produira de la sensation, dans les pays surtout qui sont éloignés du théâtre de la guerre. Il peut en résulter des combinaisons nouvelles, dont l'existence se manifesterait près de vous. Il est donc utile que vous soyez averti d'avance et du fait en lui-même et de l'aspect sous lequel il convient de le présenter. Je vous communique à cet effet le texte même de ma correspondance. Sa Majesté a fait évacuer les blessés et les malades sur Smolensk, au nombre de 2 ou 3 000, et se proposait de partir de Moscou le 19, pour se rendre à Kalouga, battre l'armée ennemie si elle veut, comme on l'annonce, couvrir cette grande place, et, selon la saison, aller sur Toula ou Briansk, ou retourner de suite sur Smolensk si le temps devient rigoureux. L'Empereur compte que ses quartiers d'hiver seront pris entre Smolensk, Minsk et Mohilev, dans les premières semaines de novembre. Il se décide à ce mouvement parce que Moscou, qui a cessé d'exister, n'est pas une position militaire pour ses opérations futures. De Moscou à Kiev il y a deux cent quinze lieues, et de Smolensk à Kiev il n'y en a que cent douze ; de Smolensk à Pétersbourg, il n'y a que cent quarante lieues, tandis que de Moscou à Pétersbourg il y en a cent quatre-vingt-dix, et que cette marche d'ailleurs obligerait toujours à prendre une ligne d'opération qui revînt sur Vitebsk. L'armée se trouvera, à Smolensk, appuyée sur un pays ami qui fournira à tous ses besoins, et l'Empereur sera en mesure de préparer ses moyens pour la campagne de Pétersbourg, et de se porter où sa présence serait nécessaire. Ce simple aperçu vous suggérera des explications convenables, lorsque vous serez dans le cas d'en donner. En attendant, il importe de ne rien laisser pénétrer de ce que je vous écris. Dans des choses de cette nature, l'événement se trouve quelquefois différer beaucoup de ce qui avait été prévu […]. Signé : Duc de Bassano. P. S. Au moment où mon courrier va partir, je reçois de Moscou, 19 octobre, le paragraphe suivant : ‘L'armée est en marche. On se décidera demain à faire sauter le Kremlin et à passer ou par Kalouga ou par Viazma, pour arriver avant les grands froids et prendre les quartiers d'hiver. Tout du reste va bien.’ »</font> [^3]: L’extrait en notre possession précise que le post-scriptum date du 17 octobre 1812. [^4]: <span></span> Extrait [catalogue de vente], Jacques Arnna expert, <i>Pages de l’épopée impériale recueillies par André de Coppet</i>, Tours, 1952, p. 194, n° 252. La lettre est ensuite passée en vente à Londres en 1974 (Sotheby and Co, <i>Catalogue of music, musical manuscripts, russian and continental books, autograph letters and historical documents</i>, Londres, 11 mars 1974, p. 88, n° 315), et à Drouot en 2008 (Tajan, Alain Nicolas expert, <i>Livres et autographes</i>, Drouot, 19 juin 2008, p. 23, n° 64).</body>