| identifiant | den-2393 |
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| fait partie de | denon |
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| est validé | oui |
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| date | 1812/04/03 00:00 |
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| titre | Lettre n° 2393: Denon pour le duc de Frioul |
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| texte en markdown | <body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-2393 -</b> Denon pour le duc de Frioul</h1>
<h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"3 avril 1812, </h2>
A Son Excellence le duc de Frioul, grand maréchal du palais.
Monsieur le Duc,
J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire, d'après l'ordre de Sa Majesté, pour m'informer de la proposition que M. Morghen, graveur de Florence, a faite à l'Empereur d'établir à Paris une école de gravure, et me demander d'indiquer la somme à lui accorder pour la dédicace et la présentation qu'il a eu l'honneur de faire de sa gravure de La Transfiguration de Raphaël[^1].
Avant de répondre à Votre Excellence, j'ai pensé, Monsieur le Duc, que je devais connaître quelles pourraient être les prétentions de M. Morghen et, sans le prévenir que vous aviez eu la bonté de me consulter à ce sujet, je lui ai demandé de me dire, dans le cas qu'on daignât me parler de sa proposition, quel\[le\]s seraient ses conditions. Ce matin cet artiste est venu me dire que, pour quitter Florence et venir établir l'école qu'il propose, il demandait qu'on lui assurât un traitement annuel de 30 000 F plus un logement convenable. Quant aux élèves, le gouvernement prendrait les arrangements qui lui conviendraient.
Cette demande, Monsieur le Duc, m'a parue considérable ; elle m'oblige même d'exposer à Votre Excellence qu'en rendant justice au beau talent de M. Morghen comme graveur buriniste, Paris possède deux célèbres artistes en ce genre, M. Bervic, membre de l'Institut, auteur entre autres ouvrages de L'Enlèvement de Déjanire[^2] couronné par le jury décennal, et Desnoyers, auteur de nombre de gravures très belles, notamment le portrait en pied de Sa Majesté d'après le tableau de M. Gérard, et le camée de Ptolémée Philadelphe et Zénobie[^3]. Appeler M. Morghen de Florence pour fonder à Paris une école de gravure, ferait supposer qu'il n'existe point d'artistes dans la capitale de l'Empire qui puissent l'égaler, et les deux que j'ai l'honneur de citer, pour n'être pas aussi célèbres en Europe, lui sont cependant supérieurs comme graveurs dessinateurs, et ne doivent peut-être leur obscurité momentanée qu'à la manie du Français de prodiguer la louange à l'étranger au détriment de ses concitoyens et de vivre à Paris à une époque où tant de gloire militaire, tant de grands événements politiques et tant de talents supérieurs dans les sciences et dans les arts ont épuisé les cent voix de la renommée.
Si donc, Monsieur le Duc, Sa Majesté se déterminait à fonder une école de gravure à Paris, qui déjà en possède puisque MM. Bervic et Desnoyers ont des élèves de plusieurs parties de l'Europe et notamment de la Russie, je vous prie de la supplier de ne point oublier ces deux \[p. 135\] artistes au nombre des professeurs de cette école.
Je crois de même, Monseigneur, que dans cette supposition il serait convenable d'adjoindre cette école à celle de Peinture, Sculpture et Architecture de Paris, et que le traitement fût égal à celui des professeurs de cet établissement, afin de ne point établir de différence entre eux et d'éviter de blesser l'amour-propre toujours si susceptible entre les artistes.
Relativement à la manière de gratifier M. Morghen de l'hommage qu'il a eu l'honneur de faire de sa gravure, comme Sa Majesté a daigné en agréer la dédicace et qu'il est venu de Florence pour obtenir la faveur de la lui présenter, j'estime qu'une tabatière avec le chiffre en diamant de Sa Majesté serait convenable.
Telle est, Monsieur le Duc, mon opinion sur les deux demandes que vous avez eu la bonté de me faire. Je vous prie, après l'avoir fait connaître à Sa Majesté, de vouloir bien garder par devers vous cette lettre, non qu'elle ne contienne toute ma pensée, mais pour éviter que des graveurs de mérite que je n'ai point désignés voyant que j'établis une différence entre eux et leurs confrères.[^4]
[^1]: Ce projet d'Ecole de gravure, sur lequel Denon se montra toujours fort réservé, ne vit pas le jour, cf. Boyer (Ferdinand), " Le graveur Raphaël Morgen ", dans Pro Arte, octobre 1946. La gravure de la Transfiguration ne fut jamais achevée, on en connaît plusieurs états (BNF, dpt. Des Estampes et de la photographie, Aa5 et Aa5 Rés. - Morghen Raphaël). Ces deux projets firent l'objet de longues tractations, menées avec âpreté par Morghen, et dont la correspondance du musée Napoléon conserve de nombreux témoignages.
[^2]: L'Enlèvement de Déjanire, d'après le Guide, Paris, chez l'auteur, 1802.
[^3]: Napoléon le Grand, d'après Gérard, Paris, à la Chalcographie, 1808 et Ptolémée II et Arsinoé, d'après un camée antique dessiné par Ingres, 1804.
[^4]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA8 p. 134, Denon |
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