| identifiant | CG12-31736.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1812/09/20 00:00 |
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| titre | Napoléon à Alexandre Ier, empereur de Russie |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG12</i> - 31736. - </b>À Alexandre Ier, empereur de Russie</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Moscou, 20 septembre 1812</h2><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur
mon frère, ayant été instruit que le frère du ministre de Votre
Majesté Impériale à Cassel<sup>[^1]</sup>
était à Moscou, je l'ai fait venir et je l'ai entretenu quelque
temps. Je lui ai recommandé de se rendre auprès de Votre Majesté
et de lui faire connaître mes sentiments. La belle et superbe ville
de Moscou n'existe plus : Rostoptchine l'a fait brûler. Quatre
cents incendiaires ont été arrêtés sur le fait ; tous ont
déclaré qu'ils mettaient le feu par les ordres de ce gouverneur et
du directeur de la police : ils ont été fusillés. Le feu paraît
avoir enfin cessé. Les trois quarts des maisons sont brûlées, un
quart reste<sup>[^2]</sup>.
Cette conduite est atroce et sans but. A-t-elle pour objet de priver
de quelques ressources ? Mais ces ressources étaient dans des
caves que le feu n'a pu atteindre. D'ailleurs, comment détruire une
ville des plus belles du monde et l'ouvrage des siècles pour
atteindre un si faible but ? C'est la conduite que l'on a tenue
depuis Smolensk, ce qui a mis six cent mille familles à la
mendicité. Les pompes de la ville de Moscou avaient été brisées
ou emportées, une partie des armes de l'arsenal données à des
malfaiteurs qui ont obligé à tirer quelques coups de canon sur le
Kremlin pour les chasser. L'humanité, les intérêts de Votre
Majesté et de cette grande ville voulaient qu'elle me fût confiée
en dépôt, puisque l'armée russe la découvrait : on devait y
laisser des administrations, des magistrats et des gardes civils.
C'est ainsi que l'on a fait à Vienne, deux fois, à Berlin, à
Madrid ; c'est ainsi que nous-mêmes avons agi à Milan, lors de
l'entrée de Souvarov<sup>[^3]</sup>.
Les incendies autorisent le pillage, auquel le soldat se livre pour
disputer des débris aux flammes. Si je supposais que de pareilles
choses fussent faites par les ordres de Votre Majesté, je ne lui
écrirais pas cette lettre : mais je tiens pour impossible
qu'avec ses principes, son cœur, la justesse de ses idées, elle ait
autorisé de pareils excès, indignes d'un grand souverain et d'une
grande nation. Dans le temps que l'on emportait les pompes de Moscou,
ou laissait 150 pièces de canon de campagne, soixante mille fusils
neufs, seize cent mille cartouches d'infanterie, plus de quatre cents
milliers de poudre, trois cents milliers de salpêtre, autant de
soufre, etc. J'ai fait la guerre à Votre Majesté sans animosité :
un billet d'elle, avant ou après la dernière bataille, eût arrêté
ma marche, et j'eusse voulu être à même de lui sacrifier
l'avantage d'entrer à Moscou. Si Votre Majesté me conserve encore
quelques restes de ses anciens sentiments, elle prendra en bonne part
cette lettre. Toutefois elle ne peut que me savoir gré de lui avoir
rendu compte de ce qui se passe dans Moscou.<sup>[^4]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napol</i></h3>
[^1]: Iakovlev, ami du grand-duc Constantin.
[^2]: Selon le bilan dressé par Rostopchine, 7 000 édifices dont 578 maisons de briques ou de pierres avaient disparu ou avaient été endommagés, sur un total de 9 500 environ. D’autres sources donnent un bilan moins lourd : 2 700 maisons détruites seulement. Les seuls dégâts immobiliers causés par l’incendie allaient être estimés à 3,5 millions de roubles, soit trois années de revenus de tous les habitants. Seuls 100 000 d’entre eux (sur environ 300 000) allaient se réinstaller dans la ville dans l’année qui suivit le désastre. La reconstruction allait prendre plusieurs années.
[^3]: Le 27 avril 1799.
[^4]: Expédition, Archives des Affaires étrangères de l’Empire russe (AVPRI), fonds Chancellerie, inv. 468, année 1812, d. 6259, p. 9. [C 19213]</body> |
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