| identifiant | CG12-31659.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1812/09/02 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG12</i> - 31659. - </b>Au général Clarke, ministre de la Guerre</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Gjatsk, 2 septembre 1812</h2><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Monsieur
le duc de Feltre, j'ai reçu le rapport du duc de Raguse<sup>[^1]</sup>
sur la bataille du 22<sup>[^2]</sup>.
Il est impossible de rien lire de plus insignifiant ; il y a
plus de fatras et plus de rouages que dans une horloge, et pas un mot
qui fasse connaître l'état réel des choses. Voici ma manière de
voir sur cette affaire, et la conduite que vous devez tenir. Vous
attendrez que le duc de Raguse soit arrivé, qu'il soit remis de sa
blessure et à peu près entièrement rétabli<sup>[^3]</sup>.
Vous lui demanderez alors de répondre catégoriquement à ces
questions : Pourquoi a-t-il livré bataille sans l’ordre de son
général en chef<sup>[^4]</sup> ?
Placé par les dispositions générales de l'armée à Salamanque, il
était tout simple qu'il se défendît s'il était attaqué ;
mais, puisqu'il avait évacué Salamanque de plusieurs marches,
pourquoi n'en a-t-il pas instruit son général en chef ?
Pourquoi n'a-t-il pas pris ses ordres sur le parti qu'il devait
suivre, subordonné au système général de mes armées d’Espagne ?
Il y a là un crime d'insubordination qui est la cause de tous les
malheurs de cette affaire. Et quand même il n'eût pas été dans
l'obligation de se mettre en communication avec son général en chef
pour exécuter les ordres qu'il en recevrait, comment a-t-il pu
sortir de sa défensive sur le Duero, lorsque, sans un grand effort
d'imagination, il était facile de concevoir qu'il pouvait être
secouru par l'arrivée de la division de dragons, d'une trentaine de
pièces de canon et de plus de 15 000 hommes de troupes
françaises que le Roi avait dans sa main ? Et comment
pouvait-il sortir de la défensive pour prendre l'offensive, sans
attendre la réunion et le secours d'un corps de 15 000 à
17 000 hommes ? Le Roi avait ordonné à l'armée du Nord<sup>[^5]</sup>
d'envoyer sa cavalerie à son secours ; elle était en marche :
le duc de Raguse ne pouvait l'ignorer, puisque cette cavalerie est
arrivée le soir de la bataille. De Salamanque à Burgos il y a bien
des marches : pourquoi n'a-t-il pas retardé de deux jours pour avoir
le secours de cette cavalerie qui lui était si importante ? Il
faudrait avoir une explication sur les raisons qui ont porté le duc
de Raguse à ne pas attendre les ordres de son général en chef pour
livrer bataille, à livrer bataille sans attendre les renforts que le
Roi, comme commandant supérieur de mes armées en Espagne, pouvait
retirer de l'armée du Centre<sup>[^6]</sup>,
de l'armée de Valence<sup>[^7]</sup>,
et de l'Andalousie<sup>[^8]</sup>.
Le seul fonds de l'armée du Centre fournissait 15 000 hommes et
2 500 chevaux, lesquels pouvaient être rendus dans le même
temps que le duc de Raguse faisait battre l'armée française ;
et, en prenant dans les deux autres armées, le Roi pouvait lui
amener 40 000 hommes. Enfin, le duc de Raguse sachant que 1 500
chevaux étaient partis de Burgos pour le rejoindre, comment ne les
a-t-il pas attendus ? En faisant coïncider ces deux
circonstances, d'avoir pris l'offensive sans l’ordre de son général
en chef et de n'avoir pas retardé la bataille de deux jours pour
recevoir 15 000 hommes d'infanterie que lui menait le Roi et
1 500 chevaux de l'armée du Nord, on est fondé à penser que
le duc de Raguse a craint que le Roi ne participât au succès, et
qu'il a sacrifié à la vanité la gloire de la patrie et l'avantage
de mon service.</font></p><p style="text-indent: 1.25cm"><font size="3" style="font-size: 12pt">Donnez
ordre aux généraux des divisions d'envoyer des états de leurs
pertes. Il est intolérable qu'on rende des comptes faux et qu'on me
dissimule la vérité. Donnez ordre au général Clauzel<sup>[^9]</sup>,
qui commande l'armée, d'envoyer sa situation avant et après la
bataille. Demandez également aux chefs de corps leurs situations
exactes. Vous ferez connaître au duc de Raguse, en temps opportun,
combien je suis indigné de la conduite inexplicable qu'il a tenue,
en n'attendant pas deux jours que les secours de l'armée du Centre
et de l'armée du Nord le rejoignissent. J'attends avec impatience
l'arrivée du jeune aide de camp, pour avoir des renseignements
précis. Ce qu'il a écrit ne signifie pas grand-chose.<sup>[^10]</sup></font></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Marmont, commandant l’armée du Portugal.
[^2]: Bataille des Arapiles ou de Salamanque, remportée par les Britanniques. La route de Madrid est quasiment ouverte.
[^3]: Marmont a été blessé au combat et contraint de laisser son commandement, ce qui n’a pas peu contribué à désorganiser son armée.
[^4]: Joseph Bonaparte.
[^5]: Sous les ordres de Caffarelli.
[^6]: Sous les ordres directs de Joseph Bonaparte.
[^7]: Commandée par Suchet.
[^8]: Sous les ordres de Soult.
[^9]: Il a remplacé Marmont à la tête de l’armée du Portugal.
[^10]: Copie d’expédition, S.H.D., département de l’Armée de Terre, 17 C 326. [C 19175]</body> |
|---|
| |