den-3504

identifiantden-3504
fait partie dedenon
est validéoui
date1815/08/21 00:00
titreVivant Denon à Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse
texte en markdown<body> <h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none">DEN-3504 -</b> A Sa Majesté le Roi de Prusse.</h1> <h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">21 août 1815</h2> Sire, Je prends la respectueuse liberté de m'adresser à Votre Majesté pour la supplier de s'opposer à ce qu'il soit commis au Musée royal un acte de violence qui compromettrait la sûreté du bâtiment et obligerait de fermer cet établissement aux étrangers qui sont maintenant à Paris. Le 1<sup>er</sup> août, je reçus de M. de Ribbentrop un ordre de faire descendre de la galerie des antiques dix colonnes de granit enlevés il y a près de 24 ans d'Aix-la-Chapelle, dont huit supportent la partie de cette galerie où sont les statues des hommes illustres et deux flanquent la niche où est exposée la statue d'Apollon. On me mandait que, si j'étais embarrassé pour ce travail, on m'enverrait des pionniers prussiens se connaissant à des ouvrages de cette nature. Je m'empressai, Sire, de voir M. de Ribbentrop, je lui expliquai les inconvénients qui résulteraient de cette opération. Il les apprécia et ordonna de surseoir à l'ordre qu'il avait donné et que je dus présumer annulé, puisque je n'entendis plus parler de cette affaire jusqu'à son départ. Le sieur de Groote, de Bonn, officier volontaire dans les troupes de Votre Majesté, qui officieusement avait sollicité le premier ordre, jeune homme dont la tête ardente le fait parfois sortir des bornes de la prudence, semble avoir profité de l'absence de M. l'intendant général pour faire renouveler cette demande. [p. 267] Un ordre sans date de M. de Lamprecht, qui m'est arrivé le 15 août, me demande non seule ment ces dix colonnes, mais de plus trente-deux colonnes de marbre de diverses couleurs. M. Schober, commissaire prussien qui vint à ce sujet au musée et à qui je représentai l'impossibilité de remettre ces colonnes, fut voir avec le secrétaire du musée dans le magasin des marbres les colonnes provenant d'Aix-la-Chapelle qui existent encore. Il convint que l'on remettrait huit ou dix de ces colonnes les moins fatiguées et de plus un tombeau antique présumé avoir contenu autrefois les cendres de Charlemagne, il n'insista pas sur l'enlèvement des colonnes employées dans le musée. Aujourd'hui, Sire, je reçois un nouvel ordre où l'on me demande 40 colonnes, dans lesquelles se trouvent comprises celles qui supportent la galerie d'Apollon. J'ai cru qu'il était de mon devoir auparavant de faire entreprendre une opération de cette importance, d'en prévenir Votre Majesté et de lui exposer que cette démolition dans le palais du Roi pourrait être vue défavorablement, qu'elle exigerait une dépense bien au-dessus de la valeur des colonnes employées, dont les gorges et astragales ne sont que de petites pièces de rapport et qui intrinsèquement ne valent pas chacune cent écus. Cette opération aura de plus l'inconvénient de mettre en danger la voûte qu'elles supportent et de m'obliger de fermer aux étrangers le musée. Veuillez, Sire, donner des ordres pour que M. Schober, dont la direction n'a eu qu'à se louer, soit seul chargé de cette affaire et que la proposition qui lui fut faite de lui remettre dix de ces colonnes non employées, les moins fatiguées et les mieux appareillées, ainsi que le tombeau antique soit acceptée. Je suis etc.[^1] Signé : DENON [^1]: Marie-Anne Dupuy, Isabelle le Masne de Chermont, Elaine Williamson, <i>Vivant Denon : Directeur des musées sous le Consulat et l'Empire correspondance (1802-1815)</i>, Editions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, Archives des musées nationaux, registre *AA9 [p. 266], Denon