CG12-29740.md

identifiantCG12-29740.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1812/01/14 00:00
titreNapoléon au maréchal Berthier, major général de l'armée d'Espagne
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG12</i> - 29740. - </b><span style="font-variant: normal">Au maréchal Berthier, major général de l'armée d'Espagne</span></h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 14 janvier 1812</h2><p style="margin-bottom: 0cm">Mon cousin, préparez les instructions suivantes, que je désire envoyer au maréchal Suchet<sup>[^1]</sup>. Aussitôt que j'aurai approuvé vos dépêches, vous lui manderez qu'immédiatement après la prise de Valence, mon intention est que les généraux, officiers d'état-major polonais, ainsi que les 1<sup>er</sup>, 2<sup>e</sup> et 3<sup>e</sup> régiments de la Vistule, rentrent en France. Vous ferez connaître quelle est la route la plus courte pour la rentrée de ces trois régiments. Le gouvernement de Valence restera au maréchal Suchet avec le commandement du 3<sup>e</sup> corps d'armée d'Espagne, qui sera organisé de la manière suivante : 114<sup>e</sup>, 121<sup>e</sup>, 7<sup>e</sup>, 116<sup>e</sup>, 44<sup>e</sup>, 16<sup>e</sup>, 117<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup> léger : total, 8 régiments. Aussitôt que je saurai que Valence est pris<sup>[^2]</sup>, je donnerai l'ordre au régiment provisoire d'Aragon, qui est à Pampelune, de se rendre à Valence pour être incorporé dans les 8 régiments et les compléter. Vous me ferez connaître quel sera l'effectif, le nombre d'hommes aux hôpitaux et les présents sous les armes de ces 8 régiments, en y supposant le régiment provisoire incorporé.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Ces 8 régiments seront partagés en 3 divisions, en adoptant la combinaison qui paraîtra la plus convenable. Tous les détachements qui sont en Aragon joindront ces régiments. La cavalerie consistera dans le 4<sup>e</sup> de hussards et le 13<sup>e</sup> de cuirassiers. Mon intention est que vous lui prescriviez de m'envoyer toutes les compagnies du train d'artillerie, toutes celles des équipages militaires<sup>[^3]</sup>, toutes les compagnies de mineurs, sapeurs et artilleurs qui lui sont inutiles. À cet effet, vous m'en remettrez l'état dans le plus grand détail, et vous me proposerez l'incorporation des hommes nécessaires pour mettre au complet celles des compagnies qui resteront à l'armée de Valence. Les cadres du train se composeront de tous les hommes à pied qui n'ont pas de chevaux : les cadres des sapeurs, mineurs et pontonniers se composeront des sous-officiers et caporaux, et de vingt soldats au choix du capitaine, de sorte que chaque compagnie me revienne forte au moins de trente hommes, afin qu'elle puisse donner l'esprit et le mouvement aux conscrits que j'y placerai. Je suppose que le besoin d'occuper plusieurs points forts et de défendre les côtes lui rendront nécessaire une partie du personnel qui compose l'équipage du siège. Le corps d'armée du maréchal Suchet se trouverait ainsi composé de 20 à 22 mille hommes : il gardera la division napolitaine, forte de 1 200 hommes.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La division Palombini, qui est forte de 5 à 6 mille hommes et de 400 hommes de cavalerie : la division Severoli, forte de 5 mille hommes et 400 chevaux (ce qui ferait 11 mille hommes d'infanterie italienne et 800 chevaux, avec l'artillerie qui leur est attachée) : la division Reille, forte de 9 mille hommes et 600 chevaux, formeront un corps d'armée de 20 à 21 mille hommes et de 1 500 chevaux. Cette division se rendra à Tortose, et Reille prendra le commandement de la basse Catalogne.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous me ferez ensuite l'organisation de l'artillerie de ces trois divisions : il sera nécessaire de prendre quelques compagnies d'artillerie de l'armée d'Aragon, afin d'organiser le parc.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Vous me ferez une division territoriale de la Catalogne en deux divisions : l'une comprendra Tortose, Mequinenza, Lérida, Tarragone, le Montserrat et Barcelone, en plaçant la limite près Barcelone. Vous consulterez à cet effet le général Guilleminot, qui a été sur les lieux.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le général Reille pourra porter son quartier général à Tarragone, à Lerida ou à Barcelone : son corps d'armée se trouvera augmenté de la garnison de Barcelone, de celle de Tarragone et de Lerida, hormis les détachements qui feraient partie de la garnison de Girone ou de l'armée de Valence, telle que je viens de la désigner.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il sera nécessaire que vous voyiez le ministre de la Guerre<sup>[^4]</sup> pour avoir tous les détails de l'armée de Catalogne et des différentes places, pour que, dans votre travail, vous me proposiez l'organisation de l'armée de Catalogne, qui recevra tous les détachements de la garnison de Barcelone qui lui appartiennent, et renverra tout ce qui doit appartenir à l'armée de Valence.</p><p style="margin-bottom: 0cm">La division Caffarelli fera partie également du corps du général Reille, ce qui portera ce corps d'armée à 30 mille hommes d'infanterie et plus de 2 mille chevaux. Il sera chargé de la défense de tout l'Aragon. Le général de division Labbé prendra le commandement de la division Caffarelli.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le corps d'armée du général Reille portera le titre de corps d'armée de l'Èbre. Vous me soumettrez un projet d'organisation pour toute la Catalogne haute et basse, et sa division en départements, pour son organisation définitive<sup>[^5]</sup>. Maintenir la tranquillité dans le pays, approvisionner fortement Barcelone, seront les principaux objets du général Reille : il maintiendra la communication avec l'armée de Valence, avec celle de Portugal à Valladohd, avec celle du centre à Madrid, et protégera l'Aragon : il aura pour instruction générale d'avoir toujours une ou deux de ses divisions placées de manière à appuyer fortement l'armée de Portugal, si les Anglais faisaient un mouvement offensif sur Valladolid<sup>[^6]</sup>.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le général Dorsenne avec toute ma Garde rentrerait en France. Le général Caffarelli prendrait le commandement de l'armée du nord à Burgos, et se trouverait avoir les 130<sup>e</sup>, 34<sup>e</sup> et 113<sup>e</sup> régiments (le 4<sup>e</sup> de la Vistule, étant polonais, rentrerait en France). Faites-moi connaître en détail quelle serait la force de l'armée du nord : il serait peut-être nécessaire d'y joindre la division italienne Palombini.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Je désire aussi faire un échange : renvoyer à l'armée de Portugal les 4 régiments de marche, et faire venir une division de l'armée de Portugal sur Burgos, de manière que le nombre des hommes s'y compensât. L'armée du nord se trouverait alors suffisamment forte, et composée de bonnes troupes. Vous écrirez au duc de Dalmatie de faire partir sans délai les 3 régiments de la Vistule, le régiment de lanciers de la Vistule, et tous les officiers d'état-major polonais. Cet affaiblissement dans l'armée du midi n'est point de conséquence, et l'ordre sera donné d'exécuter ce mouvement dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception de votre lettre. Vous me remettrez un projet pour le recrutement des cadres à retirer des diverses armées, des cadres des compagnies d'artillerie et des bataillons du train, sapeurs ou mineurs, à faire rentrer.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les trois compagnies d'artillerie et des bataillons du train, sapeurs ou mineurs, à faire rentrer.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Les trois compagnies de mulets de bât qui existent aux 3<sup>e</sup>, 4<sup>e</sup> et 13<sup>e</sup> bataillons, à Pau, seront destinées pour le corps de l'Èbre : en conséquence, elles se dirigeront par Pau sous bonne escorte, en profitant de l'escorte qui conduira les prisonniers de Valence jusqu'à Saragosse. Par ce moyen, le général Reille aura 600 mulets de bât qui lui seront d'une grande utilité. Comme ces trois compagnies appartiennent à trois bataillons différents, vous chargerez le général de l'armée de Portugal de s'entendre avec le général Reille pour l'échange, afin qu'un bataillon complet soit à l'armée de Portugal et un au corps de l'Èbre. Enfin proposez-moi de faire venir pour la grande-armée la compagnie du génie qui était à Bayonne, destinée au corps d'observation, une compagnie de pontonniers, une de mineurs et, je crois, deux compagnies d'artillerie qui étaient destinées au même corps. Il restera un personnel et un matériel assez considérables. Mon intention est d'employer les attelages, lorsque je connaîtrai parfaitement l'organisation de ceux qu'a l'armée de Portugal : cette armée, étant en présence des Anglais, a besoin d'une organisation forte en ce genre. Si vous n'avez point d'état de situation, l'aide de camp du duc de Raguse, qui est officier d'artillerie, pourra vous le donner.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'attache la plus grande importance à ce que l'armée du Portugal ait au moins 100 pièces de canon attelées, avec les approvisionnements convenables. La division Souham doit en avoir 22, l'armée de Portugal 80, la division Bonnet 4 ou 5, cela fait 110. J'estime qu'il lui en faut tout autant, et qu'elle a besoin que son artillerie soit bien attelée et d'un beau calibre. Aussitôt que j'aurai l'organisation de l'artillerie de l'armée de Portugal, du corps de l'Èbre, de l'armée de Valence et des corps d'observation, je donnerai une destination aux mille chevaux du train que j'ai à Toulouse.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Le corps de réserve se trouvant ainsi dissous, faites-moi connaître la destination à donner à chacun, soit pour le corps de l'Èbre, soit pour tout autre : faites-moi un travail très détaillé sur cela, avec les états à l'appui. Le résultat de ces mesures sera d'affaiblir les armées d'Espagne des 4 régiments de la Vistule, formant 8 bataillons, de 3 régiments polonais, formant 6 bataillons : total, 7 régiments ou 14 bataillons, qui formeront une division d'un merveilleux effet à la Grande-Armée.</p><p style="margin-bottom: 0cm">J'ai ordonné que le 40<sup>e</sup> et le 34<sup>e</sup> retournassent en France : vous réitérerez les ordres. J'aurai affaibli également les armées d'Espagne du régiment de lanciers polonais, de quelques généraux et officiers d'état-major polonais, et de 22 bataillons de la garde : total, 36 bataillons. Mais j'ai envoyé depuis peu la division Souham, qui est de 14 bataillons : la division Reille, <i>idem</i> : la division Caffarelli, <i>idem :</i> total, 42. Ainsi, au lieu de perdre, les armées d'Espagne se trouveront gagner.</p><p style="margin-bottom: 0cm">Il est bien nécessaire que vous fassiez connaître au duc de Dalmatie qu'aussitôt que le 34<sup>e</sup> et le 40<sup>e</sup> ainsi que les 3 régiments polonais, seront partis, les 9 bataillons de marche qui sont dans le 5<sup>e</sup> gouvernement, et qui appartiennent à son corps d'armée, partiront pour le rejoindre.</p><p style="margin-bottom: 0cm">En voyant chez le ministre de la Guerre l'état des troupes de la Catalogne, je vous prie de me proposer de resserrer les cadres, et de faire rentrer ceux qui sont propres à recevoir la conscription.<sup>[^7]</sup></p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm"><br/> </p> [^1]: Commandant le troisième corps de l’armée d’Espagne (armée d’Aragon). [^2]: Valence est tombée le 10 janvier. [^3]: Le Train. [^4]: Clarke. [^5]: Par un décret du 26 janvier 1812, quatre départements seront « détachés » de l’Espagne pour être administrés par la France, sans être juridiquement annexés : Montserrat (préfecture : Barcelone), Bouches-de-l’Ebre (Lérida), Ter (Gérone), Sègre (Puigcerda). Montserrat et Bouches-de-l’Ebre, d’une part, Ter et Sègre, d’autre part, fusionneront le 13 mars 1813. Cette annexion de fait avait été préparée par un décret du 8 février 1810 qui créait en Catalogne un gouvernement militaire indépendant du gouvernement espagnol. À la tête de ce gouvernement militaire se succédèrent les maréchaux Augereau (février-mai 1810), Macdonald (mai 1810-janvier 1812) et le général Decaen (février 1812-novembre 1813). [^6]: Pas moins de six armées françaises combattent alors en Espagne : Midi (Soult, 80 000 h.), Portugal (Marmont, 50 000 h.), Aragon et Catalogne (Suchet et -sous ses ordres- Decaen, 51 000 et 30 000 h.), Nord (Dorsenne, 100 000 h.) et Centre (Joseph Bonaparte, 25 000 h.). Les effectifs indiqués ici sont théoriques : ces forces sont décimées par la maladie et affaiblies par la désertion. Ceci étant, le début de l’année 1812 est une période de grands succès pour les armes impériales en Espagne. [^7]: <span></span> Albert Du Casse, <i>Mémoires et correspondance politique et militaire du roi Joseph</i>, Perrotin, 1854, t. 8, p. 280.</body>