| identifiant | CG1-1818.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1797/07/28 00:00 |
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| titre | Napoléon aux plénipotentiaires autrichiens |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1818. - </b>Aux plénipotentiaires autrichiens</h1><p style="text-align: center"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><span lang="en-GB">Udine, [10] thermidor an V [28
juillet 1797]</span>[^1]</h2><p lang="en-GB"><br/>
</p><p>Les plénipotentiaires de la République française ont reçu les
cinq notes, datées du 18 juillet 1797 (vieux style), qui leur ont
été adressées par Leurs Excellences MM. les plénipotentiaires de
S. M. l’Empereur et Roi, d’après la remise de celle du même
jour, relative à la tenue de deux congrès. Ils continuent à voir
avec douleur que le cabinet de Vienne saisit tous les prétextes pour
faire naître des obstacles et s’opposer à la conclusion de la
paix ; ils ne peuvent se dissimuler que les apparences mêmes ne
sont plus gardées. Le ton qui règne dans les notes remises aux
plénipotentiaires français, les nombreuses protestations qu’elles
contiennent, la nature extraordinaire des demandes qui y sont
présentées, les diverses marches des troupes autrichiennes, tout,
en un mot, annonce la guerre. La reprise des hostilités de la part
de l’Autriche ne semble retardée par elle que pour gagner du temps
et se donner celui de fasciner les yeux de l’Europe par des
protestations du désir de la paix, au moment où le cabinet de
Vienne paraît être dans des intentions absolument contraires à ces
protestations.</p><p>Comment croire à la sincérité de ce cabinet, puisque, lorsqu’il
paraît insister si fortement sur l’exécution des préliminaires
de Leoben, il les viole lui-même de la manière la plus évidente ?
En effet, quoiqu’on ait cherché à donner à ces préliminaires
une interprétation que les plénipotentiaires français refusent
d’admettre, et qui ne peut avoir d’autre but que d’éloigner
encore davantage de la conclusion de la paix, il n’en est pas moins
certain qu’on était convenu de conclure la paix définitive dans
l’espace de trois mois, à dater de leur signature ; et cet
article principal des préliminaires, dont l’Europe entière désire
l’exécution, se trouve manifestement violé.</p><p>Déjà près de quatre mois se sont écoulés depuis cette
époque ; il y en a trois que les soussignés ont fait connaître
aux plénipotentiaires de S. M. l’Empereur et Roi les pleins
pouvoirs qu’ils avaient reçus du Directoire exécutif de la
République française pour conclure et signer la paix définitive ;
tandis que le cabinet de Vienne, loin d’imiter cette conduite,
s’est constamment attaché à ne faire porter les discussions,
entre les négociateurs respectifs, que sur des objets qui ne se
liaient que par des rapports éloignés au but principal de la
négociation.</p><p>L’article des préliminaires par lequel Sa Majesté consentait à
une paix séparée ne se trouve-t-il pas encore violé par la
manifestation, consignée dans les notes précédentes de Leurs
Excellences MM. les plénipotentiaires autrichiens, de l’envie de
S. M. l’Empereur et Roi de ne traiter qu’en commun avec ses
anciens alliés ?</p><p>Mais ce qu’il est impossible de ne pas considérer comme une
violation manifeste de l’article premier des préliminaires
secrets, c’est la protestation remise par Leurs Excellences MM. les
plénipotentiaires autrichiens contre l’indépendance de la
Lombardie, puisque cet article porte textuellement :</p><p> « S. M. l’Empereur renonce (et non pas renoncera) à la partie
de ses États en Italie qui se trouve au-delà de la rive droite de
l’Oglio et de la rive droite du Pô. »
</p><p>S. M. l’Empereur ne devait occuper le territoire vénitien qu’à
la paix définitive, et cependant elle s’empare de la Dalmatie et
de l’Istrie, c’est-à-dire des plus belles provinces de la
République de Venise ; elle en chasse les garnisons, y établit
son gouvernement, et le cabinet de Vienne se plaint du changement du
gouvernement de Venise !</p><p>S. M. l’Empereur ne dissimule pas son impatience d’entrer en
possession des États de cette République : elle les voudrait tous ;
elle n’en excepte ni les débouchés de l’Adige et de la Brenta,
ni la ville de Venise elle-même ; et cependant le cabinet de
Vienne se dit animé d’une grande sollicitude pour cette ancienne
République !</p><p>L’armée française occupe, il est vrai, les États de Venise,
comme elle le faisait avant les préliminaires ; elle occupe de
plus la ville de Venise ; mais elle ne s’y tient que comme
auxiliaire ; ses troupes ne s’y mêlent en aucune manière
d’affaires politiques, et si quelques agents subalternes de S. M.
l’Empereur ont été insultés, on ne doit sans doute l’attribuer
qu’au ressentiment, de la part des Vénitiens, de la violence qu’a
exercée l’armée impériale en rentrant dans l’Istrie et la
Dalmatie. Les plénipotentiaires ne pouvaient qu’interposer leur
médiation entre S. M. l’Empereur et Roi et la République de
Venise : ils l’ont fait.</p><p>C’est cependant en conséquence des préliminaires, sur lesquels
le cabinet de Vienne n’insiste que lorsqu’il les a expliqués
d’une manière désastreuse pour la France et quelquefois pour
l’Empereur lui-même, que cinq provinces autrichiennes ont été
restituées à Sa Majesté, que le port intéressant de Trieste et
avec lui la faculté de reprendre son commerce, lui ont été rendus.</p><p>Quant au changement de gouvernement à Venise et à Gênes, la
République française n’y a pris aucune part : elle ne s’en est
mêlée qu’à la demande des peuples, et pour éloigner les excès
qui s’attachent ordinairement au berceau des révolutions.</p><p>C’est donc aux Gouvernements de ces deux peuples que doivent
s’adresser les plénipotentiaires de Sa Majesté Impériale pour
tout ce qui les concerne. Et comment les plénipotentiaires français
ne seraient-ils pas frappés de l’insincérité apparente du
cabinet de Vienne, lorsqu’il paraît affecté d’un changement
arrivé à Venise, qui rend beaucoup plus facile l’exécution des
préliminaires ? Cette conduite ne semble-t-elle pas offrir une
preuve d’un dessein formel du cabinet de Vienne de ne pas les
exécuter ?</p><p>Pour ce qui est de l’affaire du duc de Modène, elle ne regarde
en aucune manière le Gouvernement français : c’est une affaire de
lui à ses peuples.</p><p>S. M. l’Empereur, sur la seule promesse de conclure sa paix
séparée, a obtenu la restitution de cinq provinces et l’éloignement
de l’armée française de sa capitale ; aujourd’hui que
cette paix n’est pas encore conclue, nonobstant le texte des
préliminaires, le cabinet de Vienne veut avoir cinq ou six
forteresses et une grande partie de l’Italie, et c’est en faisant
également des promesses qu’il croit les obtenir ! Mais, après
avoir vu élever tant d’obstacles qu’il était facile d’écarter,
après que les lenteurs extrêmes du cabinet de Vienne et ses refus
prolongés d’adopter une marche qui convient aux intérêts des
deux puissances ont si considérablement ajouté aux difficultés qui
s’opposent à la paix, les soussignés, se voyant forcés de
recueillir les vœux du cabinet de Vienne pour cette paix plutôt
dans des faits que dans des protestations qui, jusqu’ici, n’ont
rien produit que d’illusoire, doivent à la République, qui les a
honorés de sa confiance, de ne s’écarter aucunement, dans le
dessein de faire quelque chose d’agréable à Sa Majesté
Impériale, du strict sens des préliminaires, d’après lesquels Sa
Majesté ne doit entrer qu’à la paix définitive dans les États
de Venise.</p><p>Si Sa Majesté croit qu’il est de son intérêt d’occuper
sur-le-champ ces États, qu’elle fasse la paix sans délai ;
mais, si le cabinet de Vienne veut continuer à en empêcher la
conclusion, l’intérêt de la République française exige que les
pays de Venise et les forteresses soient entre les mains de son
armée.</p><p>Quelque affligeant qu’il serait pour les plénipotentiaires
français de voir des négociations entamées depuis si longtemps se
terminer par la guerre, ils doivent à l’honneur de leur nation de
demander si l’Autriche la veut, et d’annoncer que la République
française est plutôt disposée à la faire qu’à se laisser jouer
par des subtilités ou des demandes à la fois défavorables aux deux
puissances, et singulièrement éloignées de la bonne foi que les
plénipotentiaires français n’ont cessé d’apporter dans tout le
cours de la présente négociation.</p><p>Mais, dans cette situation des choses, les soussignés espèrent
que MM. les plénipotentiaires autrichiens emploieront tous leurs
efforts pour faire adopter par le cabinet de Vienne une marche plus
convenable aux intérêts mutuels, et un système qui rapproche
immédiatement de la paix, que les soussignés ne cessent d’offrir
de conclure.</p><p>Les plénipotentiaires français pourraient répondre par des
contre protestations aux notes qui leur ont été remises par Leurs
Excellences MM. les plénipotentiaires autrichiens ; ils
pourraient retracer, dans des mémoires historiques, les efforts
qu’ils n’ont cessé de faire pour arriver à la conclusion de la
paix définitive ; mais ils écartent ces moyens, parce que leur
intention est d’éloigner tout ce qui pourrait troubler encore
davantage l’harmonie qu’il est si essentiel d’établir dans les
négociations dont ils sont chargés. Ils savent parfaitement que la
paix, qu’il est instant de conclure, doit, pour être solide et
durable, être basée sur les intérêts mutuels ; et l’ensemble
des préliminaires de Leoben a dû témoigner à S. M. l’Empereur
et Roi que l’intention de la République française n’avait
jamais été de priver la Maison d’Autriche d’une puissance égale
à celle qu’elle avait avant la guerre ; les compensations
qu’elle doit recevoir en offrent la preuve ; elle se trouve
encore dans la marche que les négociateurs français n’ont cessé
de suivre, et lorsqu’ils ont demandé quelques avantages pour la
République française, ils en ont toujours proposé d’équivalents
pour la Maison d’Autriche. Si le cabinet de Vienne imitait cet
exemple, les deux puissances verraient bientôt succéder aux
désastres enfantés par la guerre le repos si ardemment désiré par
les peuples. Le Directoire exécutif de la République française a
toujours voulu que la paix fût également avantageuse et à
l’Autriche et à la France, et surtout qu’elle éloignât toute
possibilité d’une guerre future entre elles, tant en Italie qu’en
Allemagne, en déterminant les frontières de telle manière
qu’aucune des deux puissances ne fût, en temps de paix, dans une
situation en quelque sorte offensive ou alarmante vis-à-vis de
l’autre. Ne point se renfermer dans ce cercle raisonnable, faire
dépendre la paix de quelques mille hommes de population de plus, qui
n’ajoutent rien à la puissance d’un grand peuple, c’est
oublier tous les maux dont gémit l’humanité souffrante, c’est
demander une guerre qui ne peut avoir de but utile à aucune des deux
nations.</p><p>En finissant, les soussignés ont l’honneur de prier MM. les
plénipotentiaires de S. M. l’Empereur et Roi de ne pas se servir,
lorsqu’ils parleront des gouvernements démocratiques et des
peuples, de termes qui seraient injurieux pour le Gouvernement que
les plénipotentiaires de la République française représentent.</p><p>Il n’est jamais arrivé aux soussignés, en parlant des
ministres des rois et de leurs cours, de se servir d’aucune
épithète qui pût leur être injurieuse.</p><p>Les citoyens plénipotentiaires de la République française
demandent à Leurs Excellences MM. les plénipotentiaires de S. M.
l’Empereur et Roi de vouloir bien agréer l’assurance réitérée
de leur haute considération.[^2]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonaparte</h3><h3>Clarke</h3>
[^1]: Cette note et la suivante sont antidatées. Rédigées et signées à
Milan par le général en chef, le 8 thermidor (26 juillet), elles
ont été adressées au général Clarke, qui les a signées et
datées des 10 et 11 thermidor.
[^2]: Copie d’expédition, Archives du ministère des Affaires
étrangères, Correspondance politique, Vienne, vol. 367, fol. 389 à
394.</body> |
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