| identifiant | CG1-1815.md |
|---|---|
| fait partie de | correspondance |
| est validé | oui |
| date | 1797/07/26 00:00 |
| titre | Napoléon au général Clarke |
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1815. - </b>Au général Clarke</h1><p style="text-align: center"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Milan, 8 thermidor an V [26 juillet 1797]</h2><p><br/> </p><p>Je suis d’avis de répondre aux cinq notes qui nous ont été remises par les plénipotentiaires de l’Empereur à peu près en ces termes.[^1]</p><p>Les plénipotentiaires français ont reçu les cinq notes de leurs Excellences M. les plénipotentiaires de Sa Majesté l’Empereur.</p><p>Ils voient avec surprise que la chancellerie de Vienne cherche tous les prétextes pour faire naître des obstacles et s’opposer à la conclusion de la paix. L’on a même la maladresse de ne plus ménager les apparences. Veut-on la guerre ? Qu’on le dise, nous la ferons.</p><p>La paix définitive devait être conclue en trois mois et nous sommes dans le 4<sup>e</sup> mois de la signature des préliminaires. Il y a trois mois que les plénipotentiaires soussignés ont fait connaître aux plénipotentiaires de Sa Majetsé l’Empereur les pleins pouvoirs qu’ils avaient reçus pour conclure et signer la paix définitive sans que cela ait été imité par le cabinet de Vienne. Mais il paraît uniquement occupé à divaguer et à gagner du temps.</p><p>Les plénipotentiaires français prient M les plénipotentiaires de Sa Majesté l’Empereur d’engager la chancellerie de Vienne à être plus conséquente.</p><p>L’Empereur s’empare de la Dalmatie et de l’Istrie, les plus belles provinces de la République de Venise, en chasse les garnisons, y établit son gouvernement et se plaint du changement de gouvernement de Venise.</p><p>Sa Majesté l’Empereur convoite les états de la République de Venise. Elle voudrait tout avoir, même les débouchés de l’Adige et de la Brenta, même Venise, et elle est animée d’une tendre sollicitude pour cette République.</p><p>L’armée française occupe les états de Venise comme elle le faisait avant les préliminaires. Elle occupe de plus la belle ville de Venise mais elle ne s’y trouve que comme auxiliaire. Ses troupes ne s’y mêlent en aucune manière d’affaires politiques. Si les agents de Sa Majesté l’Empereur ont été insultés, c’est un contrecoup de la violence qu’a exercée l’armée impériale dans la Dalmatie et l’Istrie. Cependant les plénipotentiaires ont interposé leur médiation entre Sa Majesté l’Empereur et la République de Venise pour remédier à de pareils inconvénients.</p><p>Il y a déjà quelque temps que les plénipotentiaires français s’aperçoivent que Sa Majesté l’Empereur n’entend pas exécuter les articles des préliminaires. En effet nous avons démontré plus haut que des articles principaux portaient que la paix devait être signée dans trois mois. Il est déjà violé.</p><p>Les notes précédentes de M. les plénipotentiaires, en nous manifestant de la part de Sa Majesté l’Empereur l’envie de ne traiter qu’en commun avec ses anciens alliés, viole l’article des préliminaires par lequel Sa Majesté consentait à une paix séparée. Enfin la protestation que nous ont remise les plénipotentiaires de Sa Majesté contre l’indépendance de la Lombardie est une violation de l’article 1<sup>er</sup> des préliminaires, qui s’expriment ainsi :</p><p>"S.M. renonce (et non pas renoncera) à la partie de ses États en Italie qui est située au-delà de la rive droite de l’Oglio et de la rive droite du Po".</p><p>C’est cependant en conséquence des préliminaires que Sa Majesté semble ne plus reconnaître que cinq de ses provinces lui ont été restituées, que le port intéressant de Trieste et avec lui la faculté de reprendre son commerce, lui ont été restitués.</p><p><br/> </p><p>Sa Majesté l’Empereur ne devait occuper le territoire vénitien qu’à la paix définitive, et cependant elle s’est déjà emparée de l’Istrie et de la Dalmatie, c’est-à-dire de la plus belle partie des états de Venise.</p><p>Quant au changement de gouvernement à Venise et à Gênes, la République française n’y a pris aucune part. Elle ne s’en est mêlée qu’à la demande des peuples et pour éloigner les excès qu’entraînaient quelquefois après elles les révolutions. Les plénipotentiaires de Sa Majesté doivent donc s’adresser aux gouvernements de Venise et de Gênes pour tout ce qui concerne ces deux peuples.</p><p>Cependant les plénipotentiaires français ne peuvent pas s’empêcher d’être frappés de la mauvaise foi de la chancellerie de Vienne à peine affectée d’un changement arrivé à Venise qui rend beaucoup plus facile l’exécution des préliminaires. On pourrait encore de là induire que Sa Majesté l’Empereur n’entend pas exécuter les préliminaires.</p><p>L’affaire du Duc de Modène ne regarde en aucune manière le gouvernement français. C’est une affaire de lui à ses peuples[^2].</p><p>Sa Majesté l’Empereur avec la seule promesse de conclure la paix séparée a obtenu la restitution de cinq provinces, l’éloignement de l’armée ennemie de sa capitale. L’on voudrait aujourd’hui avoir cinq ou six forteresses et une partie de l’Italie, également en faisant des promesses.</p><p>Mais les plénipotentiaires soussignés s’aperçoivent trop bien qu’on les joue, pour s’éloigner en rien de ce qui pourrait être agréable à Sa Majesté Impériale des <…> préliminaires d’après lesquels Sa Majesté ne doit entrer qu’à la paix définitive dans les états de Venise.</p><p>Sa Majesté l’Empereur croit-elle qu’il est de son intérêt d’occuper ces états ? qu’elle fasse sa paix sans délai.</p><p>La Chancellerie de Venise veut-elle continuer à s’opposer aux préliminaires et à empêcher la conclusion de la paix ? Il est alors de l’intérêt de la République française que le pays de Venise et les forteresses soient entre les mains de son armée.</p><p>Il ne reste plus aux plénipotentiaires de la République française que de prier M. les plénipotentiaires de Sa Majesté l’Empereur, lorsqu’ils parleront des gouvernements démocratiques et des peuples, de ne pas se servir de termes qui seraient une injure pour le gouvernement que les plénipotentiaires soussignés représentent. Il n’est jamais arrivé aux plénipotentiaires français en parlant des ministres des Rois et de leurs cours de se servir d’aucune épithète qui put leur être injurieuse.[^3]</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3> [^1]: Cette lettre sera effectivement envoyée aux plénipotentiaires autrichiens le 28 juillet (voir lettre n° 1817). [^2]: Le duc de Modène, Hercule III, a été remplacé par un directoire de cinq membres en octobre 1796. [^3]: Expédition, Archives du ministère des Affaires étrangères, acquisitions extraordinaires, octobre 2004 (copie d’expédition certifiée par Clarke, Archives du ministère des Affaires étrangères, C. P., Vienne, vol. 367, fol. 385).</body> |