| identifiant | CG1-1812.md |
|---|
| fait partie de | correspondance |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1797/07/23 00:00 |
|---|
| titre | Napoléon à François II, empereur germanique |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 1812. - </b>À François II, empereur germanique</h1><p><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Quartier général, Milan, 5 thermidor an V [23
juillet 1797]</h2><p style="text-align: center"><br/>
</p><p>Majesté,</p><p>Reconnaissant des choses honnêtes que Votre Majesté a bien voulu
me faire dire dans différentes occasions, je crois y répondre et
lui donner une nouvelle preuve de mes sentiments particuliers à son
égard en lui écrivant la présente lettre.</p><p>Les préliminaires de paix que j’ai signés de la part du
Directoire exécutif de la République française avec les
plénipotentiaires de Votre Majesté lui assurent une paix si
glorieuse et si avantageuse à ses sujets, qu’il est impossible, à
en juger par ce traité, de connaître celle des deux puissances que
les hasards de la guerre ont favorisée.</p><p>La modération de la France, l’évacuation de quatre ou cinq
provinces des états de Votre Majesté, la conduite du Directoire
exécutif à l’égard de Venise est un sûr garant de la droiture
de ses intentions.</p><p>Il s’est empressé, en même temps qu’il ratifiait les
préliminaires, d’envoyer des plénipotentiaires munis de pleins
pouvoirs pour conclure et signer la paix définitive avec Votre
Majesté. M. le marquis de Gallo, qui a le bonheur de jouir de la
confiance particulière de Votre Majesté, entama les négociations à
Mombello. Tout paraissait nous acheminer promptement vers le terme
désiré, lorsque l’arrivée de M. le comte de Merveldt a paru
apporter un changement notable dans la marche des négociations. L’on
espérait que le retour du secrétaire de M. de Gallo lèverait les
obstacles qui l’entravaient et l’on s’était en conséquence
rendu à Udine ; mais il n’a encore apporté que des délais :
ainsi tout espoir pour la conclusion de la paix est presque évanoui.</p><p>Nous sommes dans le quatrième mois de la signature des
préliminaires, et la chancellerie de Votre Majesté n’a pas encore
envoyé des pleins pouvoirs à ses négociateurs.</p><p>Cependant, d’après un article des préliminaires, la
négociation devait être finie dans trois mois.</p><p>Serait-il donc possible que le fléau terrible de la guerre dût
encore recommencer ? et Votre Majesté voudra-t-elle donner le signal
du ravage de l’Allemagne ?</p><p>L’Europe pourra-t-elle être fondée à penser que lorsque Votre
Majesté voyait les armées ennemies à la porte de sa capitale, elle
a, pour les éloigner, accédé à des propositions de paix qu’elle
ne voulait pas tenir. Quant à moi, je ne le penserai jamais : la
loyauté et les vertus de Votre Majesté me sont trop
particulièrement connues ; mais je déplorerai le sort des rois
que maîtrise, malgré leurs vertus, la méchanceté des hommes.</p><p>La République française doit nécessairement, sous un mois, être
en paix ou en guerre, qui serait d’autant plus affreuse que, ne
pouvant plus désormais se fier aux traités, l’on ne saurait en
prévoir le terme.</p><p>Je ne doute point que Votre Majesté ne soit trompée : je me suis
aperçu plusieurs fois qu’elle l’était effectivement, et,
d’après les bruits que je sais qui courent dans l’armée de
Votre Majesté, je ne serais pas étonné que des gens mal
intentionnés et mal instruits n’espérassent un changement, qui
leur serait favorable, dans l’intérieur de la France.</p><p>Je supplie Votre Majesté de prendre en considération la
situation respective des deux puissances. Elle tient la balance de
l’Europe, qui a droit d’attendre de l’équité de Votre Majesté
qu’elle la fera pencher du côté de l’humanité.</p><p>Quels que soient les succès que les armées de Votre Majesté
parvinssent à obtenir dans les campagnes prochaines, je doute qu’il
soit possible, en supposant même tous les succès de la guerre en
leur faveur, qu’elles obtiennent une paix aussi avantageuse que les
préliminaires de Leoben, qui assurent l’affermissement et
l’accroissement de son Empire, et la gloire personnelle de Votre
Majesté.</p><p>Je prie Votre Majesté de ne voir dans la présente lettre que le
désir de faire quelque chose d’avantageux au bonheur des hommes,
et qui la convainque de nouveau des sentiments d’estime et de
respect que j’ai conçus pour Votre Majesté.[^1]</p><p><br/>
</p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Bonaparte</i></h3>
[^1]: Manuscrit original d’un projet de lettre jointe en annexe de la
lettre au Directoire du 28 juillet 1797, Archives du ministère des
Affaires étrangères, Mémoires et documents, France, vol. 1769,
fol. 112. Cette lettre ne fut pas envoyée à l’Empereur (voir
ci-dessous, n° 1826).</body> |
|---|
| |